Dans les assiettes, le riz figure en bonne proportion. Elle est la première des céréales cultivées à pouvoir répondre aux besoins de l’alimentation humaine et la troisième récoltée après le blé tendre et le maïs. À l’échelle mondiale, ce ne sont pas moins de 523 millions de tonnes qui ont été consommées en 2024, soit les trois quarts des disponibilités, selon les données du Conseil International des Céréales (CIC). Parmi les pays les plus consommateurs, on retrouve la Chine et l’Inde, qui totalisent un total de 143 et 115 millions de tonnes par an.
Sur le registre de la production, on observe une progression régulière des volumes récoltés, depuis une décennie environ, avec des records réguliers. En 2021, la barre des 500 millions de tonnes est atteinte. Puis, en 2024, 524 millions de tonnes sont produites. Les prévisions du CIC font état d’une production de 541 millions de tonnes en 2025 et projettent une estimation d’environ 542 en 2026.
Néanmoins, le réchauffement climatique n’est pas sans conséquence sur les récoltes. Les répercussions du phénomène El Niño ont perturbé la production chez les principaux producteurs que sont la Chine, la Thaïlande et l’Indonésie. Le repli de leur production nationale a été compensé par un accroissement des surfaces en Afrique, en Amériques du Nord et du Sud, en particulier au Brésil.
Une consommation en hausse
La consommation mondiale de riz augmente. Entre 2017 et 2024, elle est passée de 484 à 524 millions de tonnes. L’Afrique représente plus de 8% de la consommation mondiale de riz, en progression régulière depuis 2017, tirée par le Nigéria (7,7 millions de tonnes), l’Égypte (4,1), la Guinée (3,2) et Madagascar (3,1). Plus globalement, l’Asie et l’Afrique forment les deux grandes zones importatrices dans le monde, puisqu’elles absorbent près de 80% des flux mondiaux de riz. Quant à l’UE, elle ne représente qu’une part marginale dans la consommation mondiale, avec seulement 3,2 millions de tonnes, dont 2,2 font l’objet d’une importation.
Dans la mesure où le riz constitue l’une des principales sources de la consommation humaine de produits végétaux, les échanges internationaux ne sont pas aussi élevés que pour le blé. Il est principalement consommé à l’intérieur même du pays producteur. À titre d’exemple, la Chine qui, malgré son rang de premier producteur mondial de riz, en exporte qu’une très faible quantité de l’ordre de 1 à 2 millions de tonnes en moyenne. En comparaison, les États-Unis, dont la production se situe en moyenne annuelle aux alentours des 5 millions de tonnes, exportent davantage de riz avec 2 à 3 millions de tonnes chaque année.
Ainsi, en 2024, avec 57 millions de tonnes échangées, ce sont seulement 10% de la production qui ont fait l’objet d’exportations, contre 27% pour le blé tendre.
Le cours du riz en proie aux turbulences mondiales
Après avoir atteint des sommets lors de la crise financière de 2007–2013, puis subi des secousses géopolitiques, le cours de ce grain blanc était retombé à 360 dollars en décembre 2025, une chute de 35% en une seule année (figure 1. Les pays fortement dépendants du riz pour se nourrir subissent ces fluctuations depuis une quinzaine d’années, remettant ainsi en jeu les quantités de riz importés. Désormais, les marchés des denrées agricoles doivent être appréhendés par le truchement de paramètres extra-économiques, que ce soit le climat, et plus encore, la géopolitique.

À observer la hiérarchie des exportateurs, l’Inde se positionne comme le leader mondial, très loin devant la Thaïlande, le Vietnam et le Pakistan. En 2024, New Delhi a expédié 14,4 millions de tonnes, soit un quart des exportations mondiales totales, une position qui lui confère un rôle décisif sur l’évolution de ce marché mondial.
Fortement attaché à sa sécurité alimentaire, New Delhi a fait usage de plusieurs outils de politique publique pour la protéger, dont la stratégie de restriction volontaire aux exportations. La combinaison des chocs climatiques et de la guerre en Ukraine l’a, en effet, conduit à restreindre ses exportations de riz. D’une moyenne de 21 millions de tonnes entre 2021 et 2023, elles retombent à 14 millions en 2024. En voulant contenir les répercussions de la flambée des prix sur son marché intérieur, l’Inde a finalement exacerbé les tensions sur le marché mondial. Mais les projections 2026 du CIC indiquent que les exportations indiennes de riz pourraient retrouver leur niveau antérieur, avec 22 à 23 millions de tonnes.
Cette décision politique, visant certes à protéger les consommateurs indiens, est indissociable des turbulences géopolitiques. La guerre en Ukraine, mais aussi les escarmouches régulières aux frontières avec la Chine sont inscrites à l’agenda politique et économique d’une Inde qui, bien qu’elle soit autosuffisante, n’est pas complètement à l’abri du risque alimentaire.