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La géopolitique des matières agricoles à l'épreuve des crises mondiales

Le riz : une denrée essentielle pour se nourrir

avec Thierry Pouch, docteur en sciences économiques et chef économiste à Chambres d’agriculture France
Le 11 mars 2026 |
3 min. de lecture
Thierry Pouch_VF
Thierry Pouch
docteur en sciences économiques et chef économiste à Chambres d’agriculture France
En bref
  • En 2021, la barre des 500 millions de tonnes produites est atteinte et l’estimation pour 2026 est d’environ 542 millions de tonnes.
  • L’Asie et l’Afrique forment les deux grandes zones importatrices dans le monde, avec près de 80 % des flux mondiaux, tandis que l’UE ne représente qu’une part marginale dans l’importation mondiale.
  • Les échanges internationaux du riz ne sont pas aussi élevés que pour le blé, car la céréale est principalement consommée à l’intérieur du pays producteur.
  • L’Inde se positionne comme le leader mondial avec 14,4 millions de tonnes expédiées en 2024, soit un quart des exportations mondiales totales
  • Les projections 2026 du Conseil International des Céréales indiquent que les exportations indiennes pourraient retrouver leur niveau antérieur, avec 22 à 23 millions de tonnes.

Dans les assiettes, le riz figure en bonne pro­por­tion. Elle est la pre­mière des céréales culti­vées à pou­voir répondre aux besoins de l’alimentation humaine et la troi­sième récol­tée après le blé tendre et le maïs. À l’échelle mon­diale, ce ne sont pas moins de 523 mil­lions de tonnes qui ont été consom­mées en 2024, soit les trois quarts des dis­po­ni­bi­li­tés, selon les don­nées du Conseil Inter­na­tio­nal des Céréales (CIC). Par­mi les pays les plus consom­ma­teurs, on retrouve la Chine et l’Inde, qui tota­lisent un total de 143 et 115 mil­lions de tonnes par an. 

Sur le registre de la pro­duc­tion, on observe une pro­gres­sion régu­lière des volumes récol­tés, depuis une décen­nie envi­ron, avec des records régu­liers. En 2021, la barre des 500 mil­lions de tonnes est atteinte. Puis, en 2024, 524 mil­lions de tonnes sont pro­duites. Les pré­vi­sions du CIC font état d’une pro­duc­tion de 541 mil­lions de tonnes en 2025 et pro­jettent une esti­ma­tion d’environ 542 en 2026. 

Néan­moins, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique n’est pas sans consé­quence sur les récoltes. Les réper­cus­sions du phé­no­mène El Niño ont per­tur­bé la pro­duc­tion chez les prin­ci­paux pro­duc­teurs que sont la Chine, la Thaï­lande et l’Indonésie. Le repli de leur pro­duc­tion natio­nale a été com­pen­sé par un accrois­se­ment des sur­faces en Afrique, en Amé­riques du Nord et du Sud, en par­ti­cu­lier au Brésil. 

Une consommation en hausse

La consom­ma­tion mon­diale de riz aug­mente. Entre 2017 et 2024, elle est pas­sée de 484 à 524 mil­lions de tonnes. L’Afrique repré­sente plus de 8% de la consom­ma­tion mon­diale de riz, en pro­gres­sion régu­lière depuis 2017, tirée par le Nigé­ria (7,7 mil­lions de tonnes), l’Égypte (4,1), la Gui­née (3,2) et Mada­gas­car (3,1). Plus glo­ba­le­ment, l’Asie et l’Afrique forment les deux grandes zones impor­ta­trices dans le monde, puisqu’elles absorbent près de 80% des flux mon­diaux de riz. Quant à l’UE, elle ne repré­sente qu’une part mar­gi­nale dans la consom­ma­tion mon­diale, avec seule­ment 3,2 mil­lions de tonnes, dont 2,2 font l’objet d’une importation.

Dans la mesure où le riz consti­tue l’une des prin­ci­pales sources de la consom­ma­tion humaine de pro­duits végé­taux, les échanges inter­na­tio­naux ne sont pas aus­si éle­vés que pour le blé. Il est prin­ci­pa­le­ment consom­mé à l’intérieur même du pays pro­duc­teur. À titre d’exemple, la Chine qui, mal­gré son rang de pre­mier pro­duc­teur mon­dial de riz, en exporte qu’une très faible quan­ti­té de l’ordre de 1 à 2 mil­lions de tonnes en moyenne. En com­pa­rai­son, les États-Unis, dont la pro­duc­tion se situe en moyenne annuelle aux alen­tours des 5 mil­lions de tonnes, exportent davan­tage de riz avec 2 à 3 mil­lions de tonnes chaque année.

Ain­si, en 2024, avec 57 mil­lions de tonnes échan­gées, ce sont seule­ment 10% de la pro­duc­tion qui ont fait l’objet d’exportations, contre 27% pour le blé tendre. 

Le cours du riz en proie aux turbulences mondiales

Après avoir atteint des som­mets lors de la crise finan­cière de 2007–2013, puis subi des secousses géo­po­li­tiques, le cours de ce grain blanc était retom­bé à 360 dol­lars en décembre 2025, une chute de 35% en une seule année (figure 1. Les pays for­te­ment dépen­dants du riz pour se nour­rir subissent ces fluc­tua­tions depuis une quin­zaine d’années, remet­tant ain­si en jeu les quan­ti­tés de riz impor­tés. Désor­mais, les mar­chés des den­rées agri­coles doivent être appré­hen­dés par le tru­che­ment de para­mètres extra-éco­no­miques, que ce soit le cli­mat, et plus encore, la géopolitique. 

Figure 1 : Prix du riz blanc à la tonne de jan­vier 2000 à jan­vier 2026.  Source : Insee et Banque mon­diale1

À obser­ver la hié­rar­chie des expor­ta­teurs, l’Inde se posi­tionne comme le lea­der mon­dial, très loin devant la Thaï­lande, le Viet­nam et le Pakis­tan. En 2024, New Del­hi a expé­dié 14,4 mil­lions de tonnes, soit un quart des expor­ta­tions mon­diales totales, une posi­tion qui lui confère un rôle déci­sif sur l’évolution de ce mar­ché mondial. 

For­te­ment atta­ché à sa sécu­ri­té ali­men­taire, New Del­hi a fait usage de plu­sieurs outils de poli­tique publique pour la pro­té­ger, dont la stra­té­gie de res­tric­tion volon­taire aux expor­ta­tions. La com­bi­nai­son des chocs cli­ma­tiques et de la guerre en Ukraine l’a, en effet, conduit à res­treindre ses expor­ta­tions de riz. D’une moyenne de 21 mil­lions de tonnes entre 2021 et 2023, elles retombent à 14 mil­lions en 2024. En vou­lant conte­nir les réper­cus­sions de la flam­bée des prix sur son mar­ché inté­rieur, l’Inde a fina­le­ment exa­cer­bé les ten­sions sur le mar­ché mon­dial. Mais les pro­jec­tions 2026 du CIC indiquent que les expor­ta­tions indiennes de riz pour­raient retrou­ver leur niveau anté­rieur, avec 22 à 23 mil­lions de tonnes.

Cette déci­sion poli­tique, visant certes à pro­té­ger les consom­ma­teurs indiens, est indis­so­ciable des tur­bu­lences géo­po­li­tiques. La guerre en Ukraine, mais aus­si les escar­mouches régu­lières aux fron­tières avec la Chine sont ins­crites à l’agenda poli­tique et éco­no­mique d’une Inde qui, bien qu’elle soit auto­suf­fi­sante, n’est pas com­plè­te­ment à l’abri du risque alimentaire.

Propos recueillis par Alicia Piveteau

1https://​www​.insee​.fr/​f​r​/​s​t​a​t​i​s​t​i​q​u​e​s​/​s​e​r​i​e​/​0​1​0​0​0​2​0​6​5​#​G​r​a​p​hique

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