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Comment les télescopes spatiaux dévoilent les mystères du cosmos

Télescope spatial James-Webb : à quoi sert le nouveau « Hubble » ?

avec Isabelle Dumé, journaliste scientifique
Le 17 novembre 2021 |
4min. de lecture
Philippe Laudet
Philippe Laudet
responsable des programmes astronomie et astrophysique du CNES
En bref
  • Un nouveau télescope spatial, nommé James Webb (JWST), s’apprête à décoller à bord de la fusée Ariane 5 — Décrit comme étant le successeur du renommé télescope spatial Hubble.
  • Il utilise les ondes de l’infrarouge, ce qui permet de remonter à la naissance des étoiles, et donc à l’ère de la « réionisation », 200 millions d’années après le Big Bang.
  • Avec un miroir segmenté de 6,5 mètres de diamètre, trois fois plus que celui de Hubble, il est 400 fois plus sensible que nos télescopes actuels, terrestres comme spatiaux, utilisant également l’observation de l’infrarouge.
  • Les données récoltées par le JWST vont permettre l’étude en profondeur de l’atmosphère d’une dizaine d’exoplanètes découvertes lors de la dernière décennie.

Un nou­veau téles­cope de grande enver­gure, le téles­cope spa­tial James Webb (JWST)1, doit être lan­cé cette année, quelques jours avant Noël. À bord d’une fusée Ariane 5, il quit­te­ra la terre depuis le port de l’Agence spa­tiale euro­péenne (ESA), à Kou­rou en Guyane fran­çaise. Cette mis­sion tant atten­due est sou­vent décrite comme étant la mise en fonc­tion du suc­ces­seur du téles­cope spa­tial Hubble.

Exploration lointaine

Cet obser­va­toire spa­tial, le plus avan­cé jamais construit, fonc­tion­ne­ra prin­ci­pa­le­ment dans les lon­gueurs d’onde de l’infrarouge proche et moyen plu­tôt que dans le visible comme Hubble. Cela per­met­tra l’exploration la plus détaillée à ce jour des galaxies et des étoiles les plus loin­taines et les plus anciennes. Le JWST étu­die­ra aus­si des corps célestes proches, des pla­nètes extra­so­laires et notre propre sys­tème solaire. Ce téles­cope pour­rait révo­lu­tion­ner notre com­pré­hen­sion des exo­pla­nètes et de la façon dont les pre­mières étoiles et galaxies se seraient for­mées dans l’univers.

Le JWST est le pro­jet phare com­mun de la NASA, de l’ESA et de l’Agence spa­tiale cana­dienne. Il est doté d’un miroir seg­men­té de 6,5 mètres de dia­mètre — trois fois la taille de celui de Hubble —, ce qui le rend plus de 400 fois plus sen­sible que les téles­copes infra­rouges ter­restres ou spa­tiaux actuels. Le miroir est si grand qu’il doit être plié en trois. Il sera déplié une fois que le téles­cope aura atteint sa destination.

Le nou­veau téles­cope cou­vri­ra le spectre visible à ondes longues et les lon­gueurs d’onde de l’in­fra­rouge allant de 0,6 à 28 microns et embar­que­ra quatre ins­tru­ments scien­ti­fiques*. Il sera exploi­té pen­dant cinq à dix ans, plus si pos­sible, et sera envoyé au point de Lagrange L2, qui se trouve der­rière l’orbite de la Lune, à 1,5 mil­lion de kilo­mètres de la Terre. Là encore, il est très dif­fé­rent de Hubble, qui est res­té sur l’orbite ter­restre. Le JWST est éga­le­ment équi­pé d’un très grand pare-soleil de 22 x 10 m pour le refroi­dir et le pro­té­ger des radia­tions infra­rouges du soleil.

Les quatre instruments scientifiques à bord du Integrated Science Instrument Module (ISIM) du JWST :

- Camé­ra visible/proche infra­rouge (NIRCAM),

- Spec­tro­graphe proche infra­rouge (NIRSPEC),

- Ins­tru­ment pour infra­rouge moyen (MIRI),

- Fine Gui­dance Sensor/Near Infra­Red Ima­ger and Slit­less Spec­tro­graph (FGS/NIRISS).

Les prin­ci­paux objec­tifs scien­ti­fiques du JWST seront les sui­vants : « Pre­mière lumière et réio­ni­sa­tion dans l’u­ni­vers pri­mi­tive », « Assem­blage des galaxies », « Nais­sance des étoiles et des sys­tèmes pro­to­pla­né­taires » et « Sys­tèmes pla­né­taires et ori­gines de la vie ». 

Étudier l’époque de la « réionisation»

Au cours de sa pre­mière année de fonc­tion­ne­ment, ou Cycle 1, le JWST cher­che­ra les atmo­sphères des exo­pla­nètes rocheuses proches et son­de­ra les galaxies les plus anciennes de l’Univers, c’est-à-dire celles qui se sont for­mées moins d’un mil­liard d’années après le Big Bang. Ces galaxies sont si peu lumi­neuses qu’elles n’ont pu être détec­tées par les téles­copes pré­cé­dents, à l’exception d’une poi­gnée d’entre elles — décou­vertes par Hubble. Ces nou­velles obser­va­tions nous aide­ront à com­prendre une par­tie impor­tante de l’histoire de l’Univers, connue sous le nom d’époque de réio­ni­sa­tion (ou pre­mière lumière) — une période allant d’environ 400 000 à un mil­liard d’années après le Big Bang, lorsque les pre­mières étoiles et galaxies sont appa­rues. Il se pour­rait que la réio­ni­sa­tion ne se soit pas pro­duite par­tout en même temps, mais par poches et bulles. Ces bulles sont liées à la struc­ture ini­tiale à grande échelle de l’Univers, et le JWST espère pou­voir car­to­gra­phier cette structure.

Le JWST sera capable de voir beau­coup plus loin dans le temps, jusqu’à seule­ment 200 mil­lions d’années après le Big Bang, qui s’est pro­duit il y a 13,8 mil­liards d’années. Jusqu’à pré­sent, nous pou­vions remon­ter jusqu’à 400 ou 500 mil­lions d’années après le Big Bang avec les ins­tru­ments exis­tants, mais le JWST pour­rait voir « la pre­mière lumière » de l’Univers.

Le temps total d’observation pen­dant le Cycle 1 sera répar­ti entre plu­sieurs sous-caté­go­ries : 32 % pour l’observation des galaxies, 23 % pour les exo­pla­nètes, 12 % pour la phy­sique stel­laire et 6 % pour notre propre sys­tème solaire. Au sein de ces pro­grammes, il existe des pro­grammes de petite, moyenne et grande ampleur, dont cer­tains sont consi­dé­rés comme des « tré­so­re­ries », cen­sés four­nir d’énormes quan­ti­tés de don­nées qui occu­pe­ront les futures géné­ra­tions de cher­cheurs pen­dant des décennies.

Étudier l’atmosphère des exoplanètes cibles

Le JWST étu­die­ra éga­le­ment l’atmosphère d’une dizaine d’exoplanètes, par­mi les mil­liers décou­vertes ces der­nières années, et obser­ve­ra ces mondes lors de leur « tran­sit » devant leur étoile hôte. Ces obser­va­tions per­met­tront aux astro­phy­si­ciens de déter­mi­ner si elles ont une atmo­sphère et d’analyser par spec­tro­sco­pie la com­po­si­tion et la struc­ture de base de toute atmo­sphère présente.

Les exo­pla­nètes ciblées auront une taille com­prise entre une et trois fois celle de la Terre, et sont connues sous le nom de « super-Terres » et de « sub-Nep­tunes ». Le JWST pour­rait trans­for­mer notre com­pré­hen­sion de ces pla­nètes. Pour en arri­ver à déce­ler des bio­si­gna­tures sur des pla­nètes poten­tiel­le­ment habi­tables, nous devons d’abord com­prendre toute la diver­si­té des pla­nètes qui ont été décou­vertes à ce jour. Les super-Terres et les sub-Nep­tunes semblent être les types de pla­nètes les plus cou­rants dans la galaxie, même si nous ne savons tou­jours pas de quoi elles retournent réellement. 

Le JWST est un « monstre », construit pour trans­for­mer notre vision de l’Univers et pour réa­li­ser des tra­vaux d’astronomie révo­lu­tion­naires. Il révé­le­ra à l’humanité les zones les plus éloi­gnées de l’espace, jamais vues à ce jour. Mais il y aura éga­le­ment des images que l’on fera pour avoir de très belles choses à mon­trer au monde entier sans lien direct avec la science, qui nour­ri­ra l’imaginaire et inci­te­ra à la réflexion.

1https://​www​.jwst​.fr/

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