professeur émérite de sciences cognitives à l’Institut polytechnique de Bordeaux (INP)
En bref
La guerre cognitive met en lumière les possibilités de manipulation offertes par les sciences de la cognition à des acteurs hostiles (propagande, désinformation, etc.).
Elle englobe les opérations visant à corrompre les mécanismes de pensée de l'adversaire et à altérer sa capacité de décision grâce à une approche scientifique.
Elle affecte les capacités cognitives des individus par le biais des technologies, pouvant influencer à court terme leur attention et leurs réactions, et à long terme leur structure cognitive.
Pour y faire face, il s’agit notamment de protéger physiquement les individus en situation stratégique et de promouvoir un usage raisonné du numérique, malgré les défis.
Le projet Gecko vise à développer des dispositifs d’exploration de la guerre cognitive dans le cadre de crises fictives, pour préparer les acteurs d’opérations liées à la sécurité nationale.
docteur en neurosciences, ancien référent IA et Sciences Cognitives de l'Agence Innovation Défense
Paul Janin
doctorant en sciences cognitives au CEA Paris-Saclay
En bref
Le terme de « guerre cognitive » est employé pour la première fois durant l’année 2017, sans être spécifiquement défini, par Vincent Stewart.
Quelques années plus tard apparaît le concept de Net Assessment Cognitif (NAC) cherchant à comprendre les mécanismes de stabilité et de déséquilibre des environnements cognitifs contemporains.
Trois notions structurent alors le NAC : la superposition décisionnelle, l'effondrement cognitif et l'entropie cognitive.
Dès l’année 2022, l’utilisation de l’IA grand public permet à la guerre cognitive de sortir du concept artisanal et d'entrer dans l'ère de la « production de masse ».
Enfin, le modèle de Langlois-Berthelot et Gaie est articulé autour des récits collectifs, des médiations institutionnelles ainsi que des régulations politiques dans un objectif de stabilité cognitive.
général de brigade au commandement du Centre de l’Enseignement Militaire Supérieur-Terre (CEMS-T)
Jean Langlois-Berthelot
docteur en mathématiques appliquées et chef de division au sein de l'armée de Terre
En bref
En 1993, le modèle de « décision naturalistique » de Gary Klein démontre que les décideurs expérimentés reconnaissent des schémas familiers dans une situation.
Trois ans après, les travaux de Kaempf démontrent que les officiers font confiance à leur intuition forgée par l'expérience plutôt qu'à l'analyse exhaustive.
En 2024, en France, la chaire d’enseignement du CEMS-T – une structure de référence pour la formation des officiers supérieurs de l’armée de Terre a été instaurée.
Son objectif est d’accompagner les officiers dans une formation axée sur la décision dans des environnements instables, sur la compréhension des interactions entre le politique, l’économique et le militaire, etc.
Au CEMS-T, la coopération et la confrontation des idées sont privilégiées entre officiers d’armes différentes, civils, réservistes et étrangers.
docteur en neurosciences, ancien référent IA et Sciences Cognitives de l'Agence Innovation Défense
Paul Janin
doctorant en sciences cognitives au CEA Paris-Saclay
En bref
La scénarisation spéculative mobilise la fiction comme un instrument de réflexion et questionne les effets sociaux, politiques ou technologiques de la guerre.
Les analyses de la RAND Corporation (2020-2022) et du groupe OTAN MSG-190 (2021) ont établi qu’il faut augmenter la capacité d’adaptation des armées.
Seulement, à l’inverse de son effet dans la culture, les progrès sur le plan cognitif ne sont pas mesurables en matière de préparation, de mécanisme, de réaction.
Trois limitations récurrentes existent dans ces formats fictifs : la temporalité linéaire, une rétroaction différée et l’absence de métriques comportementales.
La scénarisation explique et s’appuie sur la cohérence du discours tandis que l’expérimentation, quant à elle, vérifie et mesure.