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Les 10 choses à savoir sur l’hy​dro​gène dans les transports

Auré​lien Bigo
Aurélien Bigo
chercheur associé de la Chaire Énergie et Prospérité à l'Institut Louis Bachelier
En bref
  • L’hydrogène est un vecteur d’énergie généralement produit à partir d’énergies fossiles, fortement émettrices en CO2: sa décarbonation est un enjeu majeur.
  • Il ne représentait que 0,003 % des consommations d’énergie des transports dans le monde en 2021.
  • L’hydrogène trouve sa pertinence quand il est utilisé en complément de l’électrique, qui est aujourd’hui la source de décarbonation à privilégier.
  • Si les vélos ou voitures à hydrogène sont inefficaces énergétiquement, l’hydrogène pourrait se montrer utile surtout pour les véhicules plus lourds (bus, poids lourds…).
  • Les possibilités de l’hydrogène doivent être étudiées avec prudence au vu des défis qu’il reste à relever.

Cet article fait par­tie du numé­ro de notre maga­zine Le 3,14 dédié à l’hy­dro­gène. Décou­vrez-le ici

#1 : Qu’est​-ce que l’hy​dro​gène ? Est-ce une énergie ?

L’hy​dro​gène est à la fois l’a​tome le plus petit et le plus abon­dant de l’u​ni​vers. Il est notam­ment pré­sent dans l’eau (H2O) et sou­vent asso­cié au car­bone dans les molé­cules orga­niques, et consti­tue ain­si 92 % des atomes de l’u​ni​vers et 63 % des atomes de notre corps (et res­pec­ti­ve­ment 75 % et 10 % en masse)1.

Mais quand on parle d’hy​dro​gène dans la tran­si­tion éner­gé­tique, on parle davan­tage de la molé­cule de dihy­dro­gène (H2)2. À quelques excep­tions près de gise­ments d’hy​dro​gène natif peu connus et peu exploi­tés aujourd’​hui, l’hy​dro​gène ne consti­tue pas une source d’éner​gie qu’on trouve direc­te­ment dans la nature. Il faut donc le pro­duire à par­tir d’autres éner­gies : on parle alors de vec­teur éner­gé­tique (comme l’élec​tri​ci​té), et la ques­tion est notam­ment de savoir si cette pro­duc­tion est for­te­ment émet­trice de CO2 ou non.

#2 : Comment produit-on l’hy​dro​gène ? Est-il bas-carbone ?

Il existe plu­sieurs méthodes de pro­duc­tion d’hy​dro​gène. À ce jour, l’hy​dro​gène est pro­duit prin­ci­pa­le­ment à par­tir d’éner​gies fos­siles, avec une pro­duc­tion for­te­ment émet­trice de CO2. C’est le cas à 99,3 % dans le monde, essen­tiel­le­ment via le vapo­re­for­mage de méthane à par­tir de gaz fos­sile (62 % de la pro­duc­tion), puis à par­tir de la gazéi­fi­ca­tion du char­bon ou en co-pro­duits du raf­fi­nage du pétrole (res­pec­ti­ve­ment 19 et 18 %). La pro­duc­tion bas-car­bone est pos­sible via deux tech­niques prin­ci­pales, qui ne repré­sentent qu’une très faible frac­tion de la pro­duc­tion actuelle. Pour 0,7 %, il s’a​git de la pro­duc­tion à par­tir d’éner​gies fos­siles qui est asso­ciée à du cap­tage et sto­ckage du car­bone, et pour seule­ment 0,04 % en 2021 de la pro­duc­tion à par­tir de l’élec​tro​lyse de l’eau, une filière ame­née à for­te­ment aug­men­ter au vu des annonces récentes3.

Source : RTE (2022)4

En France, c’est 95 % de l’hy​dro​gène qui est éga­le­ment pro­duit à par­tir d’éner​gies fos­siles. Les 5 % res­tants viennent de l’élec​tro​lyse de la sau­mure, prin­ci­pa­le­ment réa­li­sée pour la pro­duc­tion de chlore5. Le choix du plan hydro­gène fran­çais de 2018 pour décar­bo­ner la pro­duc­tion porte sur l’élec​tro​lyse de l’eau, avec pour objec­tif de repré­sen­ter un peu plus de la moi­tié de la pro­duc­tion d’hy​dro​gène en 20306.

#3 : Quels sont les usages de l’hy​dro​gène ?

L’hy​dro​gène peut être uti­li­sé pour deux types d’u​sages : soit comme réac­tif pour pro­duire autre chose, soit comme vec­teur énergétique.

Aujourd’​hui, l’hy​dro​gène est essen­tiel­le­ment uti­li­sé dans l’in​dus​trie comme réac­tif, aus­si bien dans le monde qu’en France. Dans le pays, l’hy​dro​gène sert en par­ti­cu­lier pour le raf­fi­nage des car­bu­rants (60 %), pour pro­duire de l’am​mo​niac essen­tiel­le­ment pour les engrais agri­coles (25 %), et la chi­mie (10 %)7.

Plu­sieurs défis et usages de l’hy​dro​gène sont envi­sa­gés à l’a​ve​nir pour la tran­si­tion éner­gé­tique, à réflé­chir en termes d’ordre de mérite8. Il s’a​git d’a​bord et avant tout de décar­bo­ner les usages actuels de l’hy​dro​gène dans l’in​dus​trie. Il peut s’a​gir aus­si de rem­pla­cer d’autres usages par de l’hy​dro​gène bas-car­bone, que ce soit pour la décar­bo­na­tion de l’in​dus​trie, les trans­ports, ou pour par­ti­ci­per à la décar­bo­na­tion des réseaux gaziers actuels. 

Enfin, l’hy​dro​gène pour­rait contri­buer au sto­ckage d’élec​tri​ci​té, en offrant une solu­tion de flexi­bi­li­té pour assu­rer l’é​qui​libre du réseau électrique9.

#4 : Hydrogène et transports : où en est-on ? Quelles échéances pour sa diffusion ?

L’hy​dro​gène dans les trans­ports en est encore seule­ment à ses bal­bu­tie­ments. Mal­gré la hausse de 60 % des consom­ma­tions par rap­port à 2020, l’hy​dro​gène ne repré­sen­tait que 0,003 % des consom­ma­tions d’éner​gie des trans­ports dans le monde en 2021.

C’est sur les véhi­cules rou­tiers que l’hy​dro​gène est actuel­le­ment le plus déve­lop­pé, bien qu’à un niveau très faible. Fin 2021 en France, on ne comp­tait ain­si que quelques cen­taines de voi­tures à hydro­gène (et il s’en vend envi­ron 1 000 fois moins que de voi­tures élec­triques depuis début 202210), 2 poids lourds, 4 véhi­cules auto­mo­teurs spé­cia­li­sés (VASP : par exemple les bennes à ordures), ou encore 22 bus (soit moins de 0,1 % du parc11).

Cepen­dant, la mobi­li­té lourde consti­tue le deuxième axe du plan hydro­gène fran­çais de 2018 ain­si que de la stra­té­gie natio­nale pour le déve­lop­pe­ment de l’hy​dro​gène décar­bo­né de 202012. L’ob​jec​tif affi­ché en 2018 est d’at​teindre 20 000 à 50 000 véhi­cules uti­li­taires légers, et 800 à 2 000 véhi­cules lourds en 2028 dans le parc. Les bornes hautes cor­res­pondent à l’é​qui​valent de 0,9 % du parc actuel d’u​ti​li​taires et 0,3 % du parc de véhi­cules lourds13.

Pour des rai­sons de ren­de­ment éner­gé­tique et de bilan car­bone, l’élec​trique est à pri­vi­lé­gier quand cela est possible.

Pour le trans­port fer­ro­viaire, des trains à hydro­gène roulent déjà en Alle­magne et les pre­mières cir­cu­la­tions com­mer­ciales sont pré­vues en 2025 en France14. Pour les navires, des expé­ri­men­ta­tions sont en cours pour des navires de faible capa­ci­té de trans­port et sur des dis­tances limi­tées. Mais d’autres solu­tions de décar­bo­na­tion sont géné­ra­le­ment pri­vi­lé­giées à l’hy​dro​gène, notam­ment pour le mari­time (bio­gaz, métha­nol, ammo­niac…). Enfin, Air­bus vise 2035 pour la com­mer­cia­li­sa­tion d’un avion à hydro­gène capable de réa­li­ser des vols court- et moyen-courriers.

#5 : Décarbonation des transports : quel​le(s) tech​no​lo​gie(s) privilégier ?

La sor­tie du pétrole des trans­ports est incon­tour­nable pour atteindre l’ob​jec​tif de neu­tra­li­té car­bone en France d’i​ci 205015. Il existe 4 voies éner­gé­tiques pos­sibles dans les trans­ports : l’élec​tri​ci​té ; l’hy​dro​gène ; les car­bu­rants gazeux (gaz fos­sile ou renou­ve­lable) et les car­bu­rants liquides (pétrole ou bio­car­bu­rants). Des car­bu­rants syn­thé­tiques peuvent aus­si être pro­duits en com­bi­nant de l’hy​dro​gène avec du CO2, une tech­no­lo­gie cepen­dant très peu mature à ce stade.

Par­mi ces dif­fé­rentes tech­no­lo­gies, le vec­teur élec­trique est le plus décar­bo­né, à plus de 90 % en France, quand les autres vec­teurs (hydro­gène, car­bu­rants gazeux et liquides) sont au contraire dépen­dants des éner­gies fos­siles à plus de 90 %. Par ailleurs, les poten­tiels de pro­duc­tion de gaz renou­ve­lable et de bio­car­bu­rants sont for­te­ment limi­tés par les res­sources en bio­masse dis­po­nibles, ce qui néces­site avant tout de réduire for­te­ment les consom­ma­tions de gaz et de car­bu­rants liquides dans l’é​co​no​mie pour les décarboner.

Visuel adap­té du rap­port Trans­port & Envi­ron­ment (2020)16

Sur les vec­teurs élec­triques et hydro­gène, le ren­de­ment éner­gé­tique de l’hy​dro​gène est moins bon que l’u​ti​li​sa​tion directe de l’élec​tri​ci​té dans un véhi­cule élec­trique à batteries17. Il est en effet pos­sible d’u​ti​li​ser l’hy​dro​gène dans un véhi­cule de 2 manières : soit comme com­bus­tible dans un moteur ther­mique à hydro­gène, bien moins effi­cace que les moteurs élec­triques ; soit en retrans­for­mant l’hy​dro​gène en élec­tri­ci­té via une pile à com­bus­tible située dans le véhi­cule, pour ensuite uti­li­ser cette élec­tri­ci­té dans un moteur élec­trique. Dans ce second cas, et au vu des pertes éner­gé­tiques de ces trans­for­ma­tions, il faut envi­ron 2,3 fois plus d’élec​tri​ci​té pour faire rou­ler un véhi­cule à hydro­gène que pour un véhi­cule électrique18,19.

Cette moindre effi­ca­ci­té démul­ti­plie les coûts en élec­tri­ci­té, ain­si que les émis­sions à l’u​sage des véhi­cules si l’élec​tri​ci​té uti­li­sée n’est pas très fai­ble­ment car­bo­née. Elle implique aus­si de plus grands volumes d’élec​tri​ci​té pour décar­bo­ner les trans­ports. Ain­si, décar­bo­ner l’en​semble des trans­ports ter­restres (voi­tures, poids lourds, bus et cars, trains…) en Europe via les véhi­cules élec­triques néces­si­te­rait l’é​qui​valent de 43 % de l’élec​tri​ci​té pro­duite en 2015, et 108 % dans le cas de véhi­cules à hydro­gène. Des chiffres qui aug­mentent encore en consi­dé­rant la navi­ga­tion et l’aé​rien20.

Pour des rai­sons de ren­de­ment éner­gé­tique et de bilan car­bone, l’élec​trique est donc à pri­vi­lé­gier quand cela est pos­sible, comme pour les véhi­cules rou­tiers légers (deux-roues, voi­tures ou encore véhi­cules uti­li­taires). L’hy​dro​gène trou­ve­ra sa per­ti­nence en com­plé­ment de l’élec​trique, notam­ment lors​qu’il y a besoin de forts emports de charge, d’au​to​no​mies éle­vées et/ou de temps de recharge très courts. C’est d’ailleurs par ces avan­tages que l’hy​dro​gène laisse espé­rer ou peut don­ner l’illu​sion qu’il sera pos­sible de gar­der à l’a​ve​nir les com­por­te­ments et usages des trans­ports per­mis par le pétrole actuellement.

#6 : Quel bilan carbone et autres impacts environnementaux dans les transports ?

Lorsque l’hy​dro​gène est pro­duit par élec­tro­lyse avec de l’élec​tri​ci​té renou­ve­lable ou nucléaire, les émis­sions de gaz à effet de serre d’un auto­bus ven­du en 2020 ou d’un poids lourd ven­du en 2030 sont divi­sées par 6 par rap­port au die­sel, sur leur cycle de vie. Cela place alors la tech­no­lo­gie hydro­gène à des niveaux d’é​mis​sions simi­laires aux auto­bus ou poids lourds élec­triques rechar­gés en France, ain­si qu’aux véhi­cules uti­li­sant du bio­gaz. En revanche, si l’hy​dro​gène est pro­duit par élec­tro­lyse avec le mix élec­trique fran­çais moyen, le trac­teur rou­tier à hydro­gène passe de 6 fois moins à 3 fois moins émet­teur que le trac­teur die­sel ; il devient légè­re­ment plus émet­teur avec le mix moyen euro­péen et même 60 % plus émet­teur avec le mix élec­trique allemand21.

Ain­si, la décar­bo­na­tion de la pro­duc­tion de l’hy​dro​gène est une condi­tion indis­pen­sable pour s’as​su​rer de béné­fices cli­ma­tiques signi­fi­ca­tifs au déve­lop­pe­ment de l’hy​dro​gène dans les trans­ports. Cet impact des émis­sions du mix élec­trique est encore plus fort sur les émis­sions des véhi­cules à hydro­gène que les émis­sions des véhi­cules élec­triques, en rai­son du moins bon ren­de­ment de la chaîne hydro­gène et ain­si des quan­ti­tés d’élec​tri​ci​té plus impor­tantes par kilo­mètre parcouru.

MHEV (Véhi­cule Ther­mique à hybri­da­tion légère ; Mild hydrid) ; bio­GNC (bio­gaz ; GNC gaz natu­rel com­pri­mé) ; VHR (Véhi­cule Hybride Rechar­geable) ; VEB (Véhi­cule Elec­trique à Bat­te­ries) ; VEH (Véhi­cule Elec­trique à Hydro­gène ; à Pile à Com­bus­tible). Source : Car­bone 4 (2020)22.

D’un point de vue envi­ron­ne­men­tal, et en com­pa­rai­son du véhi­cule élec­trique à bat­te­ries, le prin­ci­pal avan­tage de l’hy​dro​gène concerne les moindres capa­ci­tés de bat­te­ries néces­saires. Cela réduit la pres­sion sur les res­sources et les pol­lu­tions engen­drées par l’ex​ploi​ta​tion du lithium, du cobalt ou encore du nickel. La filière hydro­gène implique aus­si des consom­ma­tions de métaux, en par­ti­cu­lier de pla­tine pour les piles à com­bus­tibles et les élec­tro­ly­seurs, dont la cri­ti­ci­té dépen­dra du niveau de déve­lop­pe­ment de la filière23. Enfin, les plus forts besoins en élec­tri­ci­té pour les véhi­cules à hydro­gène (lors​qu’il est fabri­qué par élec­tro­lyse) néces­sitent davan­tage de métaux pour les moyens de pro­duc­tion électrique.

#7 : Quels coûts de l’hy​dro​gène ?

Les tech­no­lo­gies hydro­gène sont aujourd’​hui plus chères que celles au pétrole ou à l’élec​tri​ci​té, aus­si bien au niveau du coût des véhi­cules que de l’éner​gie. Cepen­dant, les sur­coûts à l’a​chat varient beau­coup selon les modes de trans­port et la matu­ri­té du mar­ché des véhi­cules. Et les sur­coûts éner­gé­tiques dépendent for­te­ment du mode de pro­duc­tion de l’hy​dro​gène, la pro­duc­tion via l’élec​tro​lyse étant aujourd’​hui envi­ron deux fois plus coû­teuse que le vapo­re­for­mage du gaz fos­sile. Les coûts de trans­port et de dis­tri­bu­tion sont aus­si signi­fi­ca­tifs, d’au​tant plus si les dis­tances entre les lieux de pro­duc­tion et de consom­ma­tion sont importantes.

Au total, le minis­tère esti­mait en 2018 que le coût total de pos­ses­sion est de l’ordre de 20 à 50 % plus éle­vé pour un véhi­cule hydro­gène que pour l’é​qui​valent ther­mique. Avec de l’hy​dro​gène issu de l’élec​tro​lyse, le coût total de pos­ses­sion des poids lourds, bus et cars est de 1,5 à 3 fois plus éle­vé pour l’hy​dro​gène que pour le diesel24. Cepen­dant, les coûts sont pré­vus à la baisse, de l’ordre d’une divi­sion par deux d’i​ci 2030 pour la pro­duc­tion via l’élec​tro​lyse, ce qui chan­ge­ra éga­le­ment les équi­libres actuels25.

Cepen­dant, les pro­jec­tions de coûts entre tech­no­lo­gies et éner­gies sont sou­mises à de fortes incer­ti­tudes. La com­pé­ti­ti­vi­té de l’hy​dro​gène pour­rait ain­si varier for­te­ment selon l’é​vo​lu​tion des pro­grès ou des contraintes tech­niques, géo­po­li­tiques, de res­sources ou de déploie­ment des dif­fé­rentes éner­gies. Elle dépen­dra enfin des éven­tuels sou­tiens ou des niveaux de taxa­tion des éner­gies ou tech­no­lo­gies par les pou­voirs publics.

#8 : Quels défis techniques et organisationnels à l’a​ve​nir ?

Les défis tech­niques de la filière hydro­gène res­tent impor­tants pour per­mettre son déve­lop­pe­ment dans les trans­ports. Ce gaz étant par­ti­cu­liè­re­ment petit, léger et inflam­mable, les risques de fuites ou d’ac​ci​dents se doivent d’être maî­tri­sés pour assu­rer la sécu­ri­té sur les véhi­cules, le sto­ckage ou le trans­port de l’hy​dro​gène. Le sto­ckage dans les véhi­cules demande éga­le­ment de com­pri­mer l’hy​dro​gène, un pro­ces­sus éner­gi­vore, et de dis­po­ser de réser­voirs qui alour­dissent for­te­ment les véhicules.

Les tech­no­lo­gies hydro­gène sont aujourd’​hui plus chères que celles au pétrole ou à l’élec​tri​ci​té, aus­si bien au niveau du coût des véhi­cules que de l’éner​gie.

Aus­si, la faible den­si­té éner­gé­tique volu­mique (quan­ti­té d’éner​gie conte­nue dans un volume don­né) de l’hy​dro​gène demande autant que pos­sible de pen­ser la pro­duc­tion de l’hy​dro​gène au plus près des lieux de consom­ma­tion, afin de limi­ter les coûts éner­gé­tiques et finan­ciers de son trans­port. Cela amène la réflexion de l’or​ga​ni​sa​tion d’é​co​sys​tèmes per­met­tant de mutua­li­ser la pro­duc­tion et les usages entre plu­sieurs modes ou sec­teurs éco­no­miques sur un même lieu. Pour assu­rer la cohé­rence glo­bale de ces plans ter­ri­to­riaux, il fau­dra aus­si assu­rer un maillage pro­gres­sif du ter­ri­toire en infra­struc­tures de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion d’hy​dro​gène pour les modes rou­tiers lourds.

Enfin, selon les modes de trans­port ou les véhi­cules, les défis tech­niques sont plus ou moins forts, ce qui condi­tionne aus­si les échéances de dif­fu­sion du vec­teur hydro­gène. Par exemple, pour l’aé​rien, la faible den­si­té volu­mique demande poten­tiel­le­ment de revoir la forme des avions ou du moins la forme, le poids et la taille des réser­voirs, un des défis tech­niques majeurs du déve­lop­pe­ment d’un avion à hydrogène.

#9 : Quel avenir selon les modes de transport ?

Pour le trans­port rou­tier, l’hy​dro​gène n’au​ra pas de per­ti­nence sur les véhi­cules les plus légers, plus adap­tés pour l’élec​trique à bat­te­ries. Les vélos ou voi­tures à hydro­gène, inef­fi­caces éner­gé­ti­que­ment et bien plus coû­teux finan­ciè­re­ment, sont donc à oublier comme solu­tions de masse et en dehors de quelques usages de niche. En revanche, l’hy​dro​gène pour­rait se mon­trer plus utile pour les modes les plus lourds (poids lourds, bus et cars…) et lorsque les dis­tances sont trop longues pour l’élec​trique à batteries.

Côté fer­ro­viaire, les trains à hydro­gène pour­ront consti­tuer une alter­na­tive per­ti­nente au die­sel et lorsque les tra­fics sont trop faibles pour jus­ti­fier l’élec​tri​fi​ca​tion de la ligne26. Pour les bateaux, l’hy​dro​gène sera trop dif­fi­cile d’u​sage pour décar­bo­ner le trans­port mari­time sur longue dis­tance, qui pour­rait cepen­dant se tour­ner vers des déri­vés de l’hy​dro​gène, à savoir l’am​mo​niac, le métha­nol ou les élec­tro­car­bu­rants. En revanche, l’hy​dro​gène pour­rait être adap­té pour le trans­port flu­vial, qui cor­res­pond à des volumes à trans­por­ter et des dis­tances plus faibles.

Enfin, pour l’aé​rien, le pari tech­no­lo­gique est lan­cé et jus­ti­fié par les limites des autres options alter­na­tives au pétrole, notam­ment la concur­rence d’u​sage de la bio­masse pour les bio­car­bu­rants, ain­si que la matu­ri­té extrê­me­ment faible à ce jour des car­bu­rants de syn­thèse, des déri­vés de l’hy​dro​gène. En revanche, ce pari est encore sou­mis à de fortes incer­ti­tudes. Aus­si d’i​ci 2050, l’hy​dro​gène ne pour­ra repré­sen­ter qu’une faible part des consom­ma­tions du sec­teur, jus​qu’à 7 % maxi­mum des vols au départ et à l’ar​ri​vée de la France, par­mi les 3 scé­na­rios de tran­si­tion éco­lo­gique du sec­teur aérien de l’A​DEME. Les élec­tro­car­bu­rants, des déri­vés de l’hy​dro​gène, repré­sentent un poten­tiel de décar­bo­na­tion plus impor­tant, jus​qu’à 38 % du mix éner­gé­tique en 2050. Ils ne deviennent cepen­dant signi­fi­ca­tifs qu’au cours de la décen­nie 2030, avec de forts défis de pas­sage à l’é​chelle et l’exi​gence d’être pro­duits avec de l’élec​tri​ci​té très peu car­bo­née pour être avan­ta­geux d’un point de vue climatique27.

#10 : Que faut-il en retenir en définitive ?

L’hy​dro​gène ne doit pas être vu comme une solu­tion miracle pour décar­bo­ner les trans­ports, car il ne l’est pas. Il est ain­si moins effi­cace éner­gé­ti­que­ment, lar­ge­ment car­bo­né et plus coû­teux que l’élec​trique aujourd’​hui, et la pro­duc­tion d’hy​dro​gène bas-car­bone risque aus­si de ne pas être à l’é​chelle pen­dant encore plu­sieurs années, ce qui limite ses capa­ci­tés à par­ti­ci­per aux néces­saires baisses d’é​mis​sions du sec­teur à court terme28.

Au niveau fran­çais et tous sec­teurs confon­dus, le plan hydro­gène pré­voit une baisse d’é​mis​sions de l’ordre de 6 MtCO2d’i​ci 203029, soit une réduc­tion équi­va­lente à 1,4 % des émis­sions natio­nales actuelles (418 MtCO2e en 202130). Si le poten­tiel est loin d’être négli­geable, il reste limi­té alors que l’ob​jec​tif euro­péen est désor­mais de bais­ser les émis­sions de 55 % d’i​ci 2030 par rap­port à 199031.

L’hy​dro​gène ne doit pas être vu comme une solu­tion miracle pour décar­bo­ner les trans­ports, car il ne l’est pas.

Pour autant, il ne fau­drait pas dis­cré­di­ter tota­le­ment les pos­si­bi­li­tés que l’hy​dro​gène bas-car­bone peut offrir, sur­tout pour l’in​dus​trie ou comme solu­tion com­plé­men­taire pour les trans­ports à plus long terme – qui néces­sitent des inves­tis­se­ments et un amor­çage de la filière dès aujourd’​hui32. Un cer­tain sou­tien public au déve­lop­pe­ment de la filière est donc néces­saire, avec cepen­dant 3 précautions :

  • Les pos­si­bi­li­tés doivent être étu­diées avec pru­dence et déve­lop­pées sans pré­ci­pi­ta­tion, au vu des nom­breux défis (tech­niques, éco­no­miques, de pro­duc­tion bas-car­bone…) qu’il reste à rele­ver pour la filière. Sans cette néces­saire vigi­lance, le risque serait grand de déve­lop­per trop vite des usages qui res­te­raient car­bo­nés à l’a​ve​nir33.
  • Le déve­lop­pe­ment de l’hy​dro​gène dans les trans­ports doit avant tout être déve­lop­pé de manière prag­ma­tique, plu­tôt que sur des fausses croyances et illu­sions tech­no­lo­giques, ce qui est encore trop sou­vent le cas.
  • Sur­tout, comme pour les autres tech­no­lo­gies de décar­bo­na­tion, l’hy​dro​gène ne doit pas être uti­li­sé comme un pré­texte pour cacher l’ur​gence de la sobrié­té dans les trans­ports afin de réduire rapi­de­ment ses émis­sions… un argu­ment abon­dam­ment uti­li­sé par exemple par le sec­teur aérien avec l’a​vion à hydro­gène, afin de faire diver­sion à la néces­saire modé­ra­tion de son trafic.

Sans ces pré­cau­tions, l’hy​dro​gène pour­rait faire plus de mal que de bien à la tran­si­tion éner­gé­tique des transports…

1Rodolphe Meyer, Le Réveilleur, 2020. Hydro­gène : com­ment le pro­duire ? https://​www​.you​tube​.com/watch​?v=_sqYx8K_m9c&ab_channel=LeRéveilleur↑
2Dans la suite de l’ar​ticle, le terme d’hy​dro​gène sera uti­li­sé par sim­pli­fi­ca­tion pour dési­gner l’H2.↑
3IEA, 2022. Glo­bal Hydro­gen Review 2022. https://​www​.iea​.org/reports​/global-hydrogen-review-2022↑
4https://​assets​.rte​-france​.com/prod​/public​/2020–07​/rapport%20hydrogene.pdf↑
5RTE, 2020. La tran­si­tion vers un hydro­gène bas car­bone. Atouts et enjeux pour le sys­tème élec­trique à l’ho​ri​zon 2030–2035. https://​assets​.rte​-france​.com/prod​/public​/2020–07​/rapport%20hydrogene.pdf↑
6France Hydro­gène, site Vig’​Hy, Chiffres clés. https://​vighy​.france​-hydro​gene​.org/chiffres-cles/↑
7MTES, 2018. Plan de déploie­ment de l’hy­dro­gène pour la tran­si­tion éner­gé­tique. https://​www​.eco​lo​gie​.gouv​.fr/sites​/default​/files​/Plan_deploiement_hydrogene.pdf↑
8Ueckerdt, et al, 2021. Poten­tial and risks of hydro­gen-based e‑fuels in cli­mate change miti­ga­tion. Nature Cli­mate Change. https://​dx​.doi​.org/10.1038​/s41558-021–01032‑7↑
9RTE, ibid. Voir aus­si le dos­sier sur la pro­duc­tion et les usages de l’hy​dro​gène, le dos­sier dans Poly­tech­nique Insights (https://​www​.poly​tech​nique​-insights​.com/dossiers​/energie​/lhydrogene-vert-doit-encore-faire-ses-preuves/) ou les fiches péda­go­giques sur Connais­sance des Éner­gies (https://​www​.connais​san​ce​de​se​ner​gies​.org/classement​/electricite-et-hydrogene​#fiche_pedagogique)↑
10CCFA, dos­sier de presse octobre 2022. https://​ccfa​.fr/dossiers-de-presse/↑
11CGDD, 2021, Bilan annuel des trans­ports. https://​www​.sta​tis​tiques​.deve​lop​pe​ment​-durable​.gouv​.fr/bilan-annuel-des-transports-en-2020↑
12Minis­tère de l’É​co​no​mie, 9 sep­tembre 2020. https://​www​.eco​no​mie​.gouv​.fr/presentation-strategie-nationale-developpement-hydrogene-decarbone-france↑
13Parc de véhi­cules pro­ve­nant du CGDD, bilans annuels des trans­ports : https://​www​.sta​tis​tiques​.deve​lop​pe​ment​-durable​.gouv​.fr/bilan-annuel-des-transports-en-2020↑
14SNCF, 2022. Trains hydro­gène : pre­mière com­mande lan­cée. https://​www​.sncf​.com/fr​/engagements​/enjeux-rse​/sncf-accelere-train-a-hydrogene↑
15Minis­tère de la tran­si­tion éco­lo­gique, Stra­té­gie natio­nale bas-car­bone (SNBC). https://​www​.eco​lo​gie​.gouv​.fr/strategie-nationale-bas-carbone-snbc↑
16https://​www​.trans​por​ten​vi​ron​ment​.org/wp-content​/uploads​/2021​/07​/2020_05_TE_comment_decarboner_le_fret_francais_d_ici_2050_FR_final.pdf↑
17Le terme de véhi­cule élec­trique dési­gne­ra sauf men­tion contraire le véhi­cule élec­trique à bat­te­rie (les véhi­cules à hydro­gène uti­li­sant une pile à com­bus­tible sont aus­si des véhi­cules élec­triques, mais moins cou­ram­ment appe­lés comme tels dans le lan­gage com­mun).↑
18https://​www​.trans​por​ten​vi​ron​ment​.org/wp-content​/uploads​/2020​/12​/2020_12_Briefing_feasibility_study_renewables_decarbonisation.pdf.↑
19https://​librai​rie​.ademe​.fr/changement-climatique-et-energie​/4213-analyse-de-cycle-de-vie-relative-a-l-hydrogene.html↑
20Dans cette étude, le rap­port de ren­de­ment entre élec­trique et hydro­gène était de 2,5. T&E, 2018. How to decar­bo­nise Euro­pean trans­port by 2050. https://​www​.trans​por​ten​vi​ron​ment​.org/publications​/how-decarbonise-european-transport-2050↑
21Car­bone 4, 2020. Trans­port rou­tier : quelles moto­ri­sa­tions alter­na­tives pour le cli­mat ? http://​www.carbone4.com/publication-transport-routier-motorisation-alternatives/ ; ADEME, 2022. « TRANPLHYN » Trans­ports lourds fonc­tion­nant à l’hy­dro­gène. https://​librai​rie​.ademe​.fr/mobilite-et-transport​/5722–tranplhyn-transports-lourds-fonctionnant-a-l-hydrogene.html↑
22https://​www.carbone4.com/files​/wp-content​/uploads​/2020​/12​/Transport-Routier-Motorisations-Alternatives-Publication-Carbone‑4.pdf↑
23IEA, 2021. The Role of Cri­ti­cal Mine­rals in Clean Ener­gy Tran­si­tions. https://​www​.iea​.org/reports​/the-role-of-critical-minerals-in-clean-energy-transitions↑
24ADEME, 2022, ibid.↑
25MTES, 2018, ibid.↑
26ADEME, 2021. Etude sur les pers­pec­tives du train hydro­gène en France. https://​librai​rie​.ademe​.fr/mobilite-et-transport​/4171-etude-sur-les-perspectives-du-train-hydrogene-en-france.htmlhttps://​www​.connais​san​ce​de​se​ner​gies​.org/classement​/electricite-et-hydrogene​#fiche_pedagogique↑
27Part de l’hy​dro​gène de 1 %, 4 % et 7 % dans les mix éner­gé­tiques du trans­port aérien en 2050, dans ADEME, 2022. Éla­bo­ra­tion de scé­na­rios de tran­si­tion éco­lo­gique du sec­teur aérien. https://​librai​rie​.ademe​.fr/mobilite-et-transport​/5815-elaboration-de-scenarios-de-transition-ecologique-du-secteur-aerien.html↑
28Car­bone 4, 2022. Hydro­gène bas-car­bone : quels usages per­ti­nents à moyen terme dans un monde décar­bo­né ? https://​www.carbone4.com/publication-hydrogene-bas-carbone↑
29France Hydro­gène, ibid.↑
30Chiffres Cite­pa 2022. https://​www​.cite​pa​.org/fr​/secten/↑
31https://​www​.haut​con​seil​cli​mat​.fr/publications​/rapport-annuel-2022-depasser-les-constats-mettre-en-oeuvre-les-solutions/↑
32I4CE, 2020. Hydro­gène : la France a encore de nom­breux défis à rele­ver. Billet d’a​na​lyse, Jean-Pierre Pons­sard et Guy Meu­nier. https://​www.i4ce.org/hydrogene-en-france-climat/↑
33L’E​ner​geek, Maxence Cor­diez, 2020. Décar­bo­ner l’hy​dro​gène avant d’en pro­mou­voir les usages https://​lener​geek​.com/2020​/07​/29​/decarbonons-lhydrogene/↑

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