Quelques mois après son lancement en 2022, le satellite Surface Water and Ocean Topography (SWOT) a surpris les scientifiques. Alors que sa mission initiale est de fournir des mesures de hauteur d’eau aux hydrologues et océanographes, il détecte en 2023 un tsunami dans le Pacifique1. En mai 2025, un autre tsunami est capturé par SWOT à la suite d’un séisme survenu dans le détroit de Drake, situé entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique. « Dans cette partie reculée du globe […], les mesures sismologiques et de tsunamis in situ restent extrêmement rares. […] SWOT pourrait aider à mieux comprendre les particularités tectoniques d’une zone mal connue […] », écrit le Centre national d’études spatiales (CNES)2.
Jusqu’ici, le sismomètre était l’instrument principal des sismologues, mais, depuis peu, les satellites sont devenus de précieux alliés pour l’étude des tremblements de terre. En 2001, c’est grâce aux satellites, notamment aux mesures GPS en continu, qu’un tout nouveau type de séisme a été découvert dans les zones de subduction : les séismes lents. Ce sont des tremblements de terre qui durent quelques jours, voire des mois, et sont complètement imperceptibles par les sismomètres et les populations3.
Des cartes plus détaillées
« La quantité et la qualité des mesures satellites de la déformation tectonique ont considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies, améliorant ainsi notre capacité à observer les processus tectoniques actifs », écrit une équipe de recherche anglaise dans un article publié dans nature communication en 20164. Deux types de satellites sont utilisés pour l’étude des séismes : les satellites d’observation de la Terre et les satellites de positionnement, comme les GPS.

« Lancée en 1972, la mission Landsat offre pour la première fois une vue des grandes zones de failles [N.D.L.R. : là où naissent les séismes] à l’échelle régionale, raconte Cécile Lasserre, directrice de recherche en géodésie au CNRS. Une des premières études phares5 est publiée en 1977. Grâce à ces images, les grandes failles de la zone de collision entre l’Inde et l’Asie (de l’Himalaya jusqu’au lac Baïkal) sont cartographiées pour la première fois. » À mesure que la résolution des instruments augmente avec les missions spatiales, ces satellites optiques – qui capturent des images de la Terre à la manière d’un appareil photo – offrent aux géologues la possibilité de faire des cartes de plus en plus détaillées des failles, là où surviennent les séismes.
Les scientifiques cherchent rapidement à exploiter différemment ces données spatiales. La vie d’une faille suit un cycle marqué par des périodes calmes entrecoupées de séismes dont le déplacement du sol se cumule au fil du temps. Les éléments naturels, comme des vallées ou des versants montagneux, peuvent être décalés de plusieurs kilomètres de part et d’autre de la faille. Les scientifiques mesurent ces décalages et déterminent la durée pendant laquelle ces éléments sont déplacés. Il devient alors possible de mesurer la vitesse de déplacement des failles au cours des derniers millénaires permettant d’évaluer le risque sismique.
Une résolution inférieure au mètre
Dès les années 2000, les instruments des satellites entrent dans une nouvelle ère : ils deviennent capables d’enregistrer des images à une résolution inférieure au mètre. « Atteindre une telle résolution permet pour la première fois de mesurer les déplacements du sol lors d’un seul séisme depuis l’espace, puisque c’est l’ordre de grandeur des déplacements engendrés lors des séismes importants », commente Cécile Lasserre. Il suffit de comparer les images satellite avant et après le séisme pour non seulement cartographier la rupture, mais aussi quantifier le déplacement. En 2004, une équipe française6 fournit pour la première fois une carte des déplacements survenus tout au long d’une faille lors d’un séisme majeur en 2001 au Tibet. « Il est très difficile de réaliser le même travail sur le terrain, la rupture s’est étendue sur une longueur de 450 km ! analyse Cécile Lasserre. Ces données ont révélé des complexités méconnues et nous ont permis d’avancer dans la compréhension des séismes. »
Avant, nous installions des stations pendant quelques jours chaque année, désormais des réseaux très denses ont été déployés de façon permanente dans certains pays.
Pour compléter la panoplie des instruments satellites utiles à l’étude des séismes, il faut également citer les satellites radars. En 1992, les images radars permettent pour la première fois de mesurer la déformation d’un séisme, celui de Landers en Californie7. À la différence des satellites optiques comme Landsat ou Spot, les satellites radar émettent une onde radar réfléchie à la surface de la Terre. En comparant ces images avant et après un séisme, il est possible de mesurer la déformation du sol. « Les dernières générations de satellites radar permettent de mesurer des vitesses de déplacement de l’ordre du millimètre par an, détaille Cécile Lasserre. Avec une telle précision, il est possible d’étudier les différentes phases du cycle sismique : pendant, juste après et entre les séismes. »
Une meilleure compréhension
« En parallèle, les mesures GNSS se sont développées : elles sont très complémentaires aux mesures par imagerie optique et radar », pointe Cécile Lasserre. Comme expliqué précédemment, c’est grâce à des mesures GPS en continu que les séismes lents ont été découverts. Le principe est simple : la position géographique précise d’un instrument au sol est mesurée à l’aide des satellites GNSS dédiés (GPS et Galileo par exemple). Cela permet d’enregistrer les mouvements du sol très précisément, d’année en année. « Avant, nous installions des stations pendant quelques jours, chaque année, se souvient Cécile Lasserre. Désormais, des réseaux très denses ont été déployés de façon permanente dans certains pays. » Toutes ces données spatiales – combinées aux mesures de terrain – offrent aux scientifiques une meilleure compréhension des processus de déformation de la Terre, indispensable pour réduire les risques lors de ces catastrophes naturelles8.
Au-delà de l’aspect purement scientifique, les satellites sont aussi précieux pour les secours lors de séismes dévastateurs. En 2000, certaines agences spatiales (européenne, française et canadienne) créent et rejoignent la Charte internationale espace et catastrophes majeures9. « Le rôle de la Charte est de fournir gratuitement des données satellites lors d’importantes catastrophes, partout sur le globe, explique Claire Huber, ingénieure responsable risques au SERTIT Université de Strasbourg. En tant qu’opérateur, notre rôle est de transformer les informations satellites en cartes lisibles par tout le monde et offrant une vue globale de l’évènement. » Lorsqu’un organisme sollicite l’aide de la Charte, les opérateurs programment les satellites en mode « urgent » pour obtenir le plus rapidement possible des images de la zone touchée par la catastrophe. « Nous cartographions ainsi les dégâts visibles aux bâtiments, les routes obstruées, les rassemblements de population, détaille Claire Huber. Ces données sont très importantes pour déployer au mieux et le plus rapidement possible les secours dans les zones les plus affectées. » Même s’ils ne remplacent jamais complètement les mesures de terrain, les satellites sont devenus indispensables au suivi de la planète.