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Les bioplastiques sont-ils si fantastiques ?

Bioplastiques : quels enjeux pour la production industrielle ?

avec Richard Robert, journaliste et auteur
Le 2 février 2021 |
4min. de lecture
Patrick Pinenq
Patrick Pinenq
chargé d’affaires (biopolymères) chez Total
Dimitri Rousseaux
Dimitri Rousseaux
docteur-ingénieur en science des matériaux chez Total
En bref
  • 360 millions de tonnes de plastiques sont produites chaque année. Les bioplastiques cherchent encore leur mise à l’échelle industrielle.
  • Total se tourne aujourd’hui vers des matières premières abondantes comme les huiles végétales, l’amidon et le sucre de canne.
  • Avec deux usines en France et en Thaïlande, Total pourrait bientôt produire 175kT de PLA par an.
  • Du point de vue du Total, il faut que les démarches soient inscrites dans une vision environnementale plus globale prenant en compte, par exemple, les analyses de cycle de vie et le recyclage du plastique.

Les bio­plas­tiques ne sont pas de simples pro­duits inno­vants. Leur déve­lop­pe­ment tra­duit des échanges nou­veaux entre les grands don­neurs d’ordres et les poly­mé­ristes. La ges­tion de nou­velles matières pre­mières et l’imbrication crois­sante entre chi­mie et bio­chi­mie conduisent les indus­triels à nouer des alliances. Total s’intéresse à cette réin­ven­tion d’un métier industriel. 

Patrick Pinenq et Dimi­tri Rous­seaux tra­vaillent chez Total au déve­lop­pe­ment des bio­plas­tiques. Ils sont à l’interface de la R&D et des mar­chés, là où dans le dia­logue avec les grands don­neurs d’ordre et les alliances avec des par­te­naires spé­cia­li­sés se réin­vente un métier industriel.

On voit appa­raître des plas­tiques à base de noix de coco, de cara­paces de cre­vettes. Com­ment un indus­triel les considère-t-il ?

Patrick Pinenq. En termes scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques, cela peut être inté­res­sant, mais d’un point de vue indus­triel ce sont la plu­part du temps des voies de niche, pour une rai­son très simple : les gise­ments de matières pre­mières néces­saires ne sont pas suffisants.

Or cette ques­tion du volume est capi­tale dans l’industrie. La pro­duc­tion mon­diale de plas­tiques, c’est plus de 360 mil­lions de tonnes par an, ce qui demande des matières pre­mières abon­dantes et abor­dables. C’est ce qui a fait la force du pétrole.

Dimi­tri Rous­seaux. Dès lors que l’on bas­cule sur des solu­tions bio­sour­cées ou bio­dé­gra­dables, si l’on veut qu’elles aient un impact il faut leur assu­rer des volumes suf­fi­sants, sans quoi la pro­duc­tion res­te­ra mar­gi­nale. Il est vrai que la pro­duc­tion de bio­plas­tique nous amène à tra­vailler avec des pro­cé­dés du sec­teur des bio­tech­no­lo­gies, et donc à repen­ser les tailles d’unité de pro­duc­tion : des clus­ters peuvent être plus per­ti­nents qu’une usine géante.

Mais l’enjeu reste d’insérer ces nou­veaux poly­mères dans l’économie réelle. C’est pour­quoi les prin­ci­pales matières pre­mières envi­sa­gées aujourd’hui sont celles dis­po­nibles dans des volumes suf­fi­sants comme les huiles végé­tales, le sucre et l’amidon. Le but est d’assurer une pro­duc­tion à l’échelle indus­trielle de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de tonnes. C’est ce que fait Total en déve­lop­pant une 2ème usine de PLA à Grand­puits en Seine-et-Marne, dont les 100kT de capa­ci­té s’ajouteront aux 75kT de son uni­té en Thai­lande, per­met­tant ain­si à Total Cor­bion PLA de deve­nir le pre­mier pro­duc­teur mon­dial de PLA. 

Est-ce que cela repré­sente un sur­coût signi­fi­ca­tif par rap­port au pétrole ? 

Patrick Pinenq. Oui, ce sont des matières pre­mières qui coûtent plus cher. Mais ici il y a deux élé­ments à prendre en compte. Tout d’abord, dans un pro­duit final (conte­nant et conte­nu), comme un pot de yaourt par exemple, les matières pre­mières plas­tiques ne repré­sentent que quelques pour­cents des coûts com­plets. La ques­tion du sur­coût ne se résume pas à celui des intrants. Il y a aus­si des tech­no­lo­gies nou­velles, des com­pé­tences, des inves­tis­se­ments qui rendent le bio­plas­tique plus cher. Ces pro­jets doivent se construire avec une écoute atten­tive des clients finaux qui devront en sup­por­ter le surcoût.

Le déve­lop­pe­ment de nou­veaux poly­mères doit s’accompagner d’un impact réduit des plas­tiques sur l’environnement. Cette ques­tion est por­tée par l’ensemble des acteurs de la chaîne. Elle exige une concer­ta­tion entre l’aval et l’amont de la chaîne de valeur plas­tique. Dès lors que les clients finaux sont obli­gés de s’intéresser de près à la fin de vie, ils s’intéressent aus­si davan­tage aux per­for­mances et à l’origine des plas­tiques que nous déve­lop­pons pour eux.

En 2019, Total s’associait entre autres avec Mars et Nest­lé pour déve­lop­per le recy­clage chi­mique en France. Et en octobre 2020, Total a annon­cé la construc­tion de la pre­mière usine de recy­clage chi­mique en France avec Plas­tic Ener­gy. Usine dont la mise en ser­vice est pré­vue en 2023 avec une capa­ci­té de trai­te­ment de 15 000 T/an de déchets plas­tiques. Total, L’Oréal et Lan­za­tech viennent éga­le­ment de rendre publique une pre­mière mon­diale : la pro­duc­tion d’un fla­con cos­mé­tique plas­tique conçu à par­tir d’émissions indus­trielles de car­bone (rejets gazeux d’aciéries dans le cas pré­sent). C’est emblé­ma­tique du sou­ci pour l’amont et l’aval qui marque désor­mais tous les acteurs de la chaîne. 

Le métier des poly­mé­ristes évo­lue donc de façon significative ? 

Dimi­tri Rous­seaux. D’une part nous sommes ame­nés, dès la phase de déve­lop­pe­ment, à consi­dé­rer une gamme plus large de per­for­mances de nos pro­duits en y inté­grant la notion de dura­bi­li­té dont fait par­tie leur bilan car­bone. Toute solu­tion doit donc faire l’objet d’une ana­lyse de cycle de vie afin de pou­voir garan­tir sa per­ti­nence envi­ron­ne­men­tale et évi­ter les fausses bonnes idées. 

Nous avons pour cela dans nos équipes des spé­cia­listes de l’analyse du cycle de vie. D’autre part, notre indus­trie est aus­si ame­née à pas­ser des alliances avec divers acteurs de la chaîne de valeur pour déve­lop­per des syner­gies. Nous élar­gis­sons nos domaines de com­pé­tences R&D au-delà des acti­vi­tés his­to­riques puisque nous avons main­te­nant acquis une cer­taine exper­tise en bio­tech­no­lo­gie. Nous avons éga­le­ment des labo­ra­toires et des col­la­bo­ra­tions stra­té­giques dans ce domaine. La R&D est au cœur des trans­for­ma­tions en cours.

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