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Transition énergétique : comment améliorer la qualité paysagère et urbaine

Bertrand Folléa 0921–01b
Bertrand Folléa
directeur de la Chaire Paysage et énergie de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille
En bref
  • Une transition désirable vers les énergies renouvelables passe par une démarche de progrès du paysage, favorisant leur intégration sur le territoire.
  • Cette démarche repose sur cinq principes, parmi lesquels la prise en compte du lien des populations à leur milieu de vie.
  • Les énergies fossiles ont dégradé les entrées des villes (multiplication des parkings) ; la transition énergétique doit viser une amélioration de la qualité paysagère et urbaine.
  • Les Vosges sont pionnières dans l’application de ces orientations, et des plans de paysage ont été élaborés dès les années 1980-1990.
  • La Chaire Paysage et énergie de l’École nationale supérieure de paysage œuvre à favoriser l’interconnexion entre les mondes de l’énergie et du paysage.

Début juillet, le rap­port 2025 du Haut conseil pour le cli­mat1 est cin­glant : « Alors que le pilo­tage de l’action cli­ma­tique s’affaiblit et que les impacts du chan­ge­ment cli­ma­tique s’aggravent, le Haut conseil pour le cli­mat appelle à relan­cer l’action cli­ma­tique en France. » La pro­duc­tion d’énergie repré­sente plus du quart de l’empreinte totale fran­çaise, et la sor­tie des éner­gies fos­siles est indis­pen­sable. La Chaire Pay­sage et éner­gie de l’École natio­nale supé­rieure de pay­sage déve­loppe des méthodes de tra­vail dif­fé­rentes pour favo­ri­ser l’intégration des renou­ve­lables sur le territoire.

Comment améliorer l’acceptabilité sociétale des énergies renouvelables ?

Ber­trand Fol­léa. Je n’aime pas le concept d’acceptabilité. Notre ambi­tion est de mobi­li­ser les popu­la­tions et acteurs de l’aménagement dans une tran­si­tion éner­gé­tique qui soit dési­rable. Plu­tôt qu’une démarche d’aménagement du ter­ri­toire, nous pro­po­sons de mener une démarche de pro­grès du pay­sage. On ne peut pas réduire le pay­sage à une dimen­sion décorative.

Cer­tains pro­pagent le mythe d’un pay­sage figé, à pro­té­ger des éner­gies renou­ve­lables. Cela est illu­soire : notre pay­sage se trans­forme en per­ma­nence, et pas tou­jours en bien. Le déve­lop­pe­ment agro-indus­triel ou encore l’étalement urbain ont bou­le­ver­sé nos milieux de vie. Cela grâce aux éner­gies fos­siles puis­santes et bon mar­ché, qui ont géné­ré des dys­fonc­tion­ne­ments et pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Cette évo­lu­tion n’est pas viable en termes de bio­di­ver­si­té, cli­mat, san­té et lien social. Dès lors, il n’y a pas de sens à vou­loir « pro­té­ger la carte postale ».

Quelle démarche concrète proposez-vous ?

La démarche pay­sa­gère repose sur cinq principes :

  1. prendre en compte la dimen­sion sen­sible, la rela­tion d’une popu­la­tion à son milieu de vie ;
  2. consi­dé­rer tout le vivant, sans sépa­rer l’humain du non humain ;
  3. tra­vailler dans la trans­ver­sa­li­té, car tout le monde fait le paysage ;
  4. mener une démarche par­ti­ci­pa­tive, car cha­cun est expert de son paysage ;
  5. être créa­tif et opé­ra­tion­nel, en sor­tant des pos­tures dog­ma­tiques ou idéologiques.

Ces condi­tions sont néces­saires pour que les éner­gies renou­ve­lables aient du sens par rap­port aux milieux de vie. Nous inver­sons la logique : au lieu de mettre le pay­sage au ser­vice de l’éner­gie, nous met­tons les éner­gies au ser­vice du pay­sage. C’est une démarche concrète et opérationnelle.

Pouvez-vous donner des exemples ?

À cause des éner­gies fos­siles, nous avons dégra­dé les entrées des villes. Elles sont rem­plies de zones d’activités et de par­kings, et ont vidé les centres-villes de leurs com­merces. La tran­si­tion éner­gé­tique ne consiste pas qu’à équi­per les toi­tures et les par­kings par des pan­neaux pho­to­vol­taïques. La dyna­mique de trans­for­ma­tion doit viser une amé­lio­ra­tion de la qua­li­té pay­sa­gère et urbaine. L’ombrière pho­to­vol­taïque sur le par­king est l’occasion de le démi­né­ra­li­ser en par­tie, de refaire des sur­faces végé­tales qui laissent l’eau s’infiltrer, de plan­ter quelques arbres d’ombrage plus agréables et plus frais et de redon­ner une chance à la bio­di­ver­si­té ordi­naire de se redé­ve­lop­per. C’est comme cela que la tran­si­tion sera désirable.

Autre exemple : le pho­to­vol­taïque sur les toi­tures. Dans les sec­teurs patri­mo­niaux sen­sibles, il est pos­sible d’adopter des règles com­munes pour créer un pay­sage de toi­ture contem­po­rain et maî­tri­sé. Dans les Hautes-Alpes, à Rosans, la cen­trale vil­la­geoise a défi­ni des pré­co­ni­sa­tions pay­sa­gères et archi­tec­tu­rales qui orientent le déve­lop­pe­ment pho­to­vol­taïque. Cela guide vers un pay­sage de toi­ture désirable.

Cette méthode est-elle répandue aujourd’hui ?

Nous n’a­vons pas encore géné­ra­li­sé ces approches. Nous man­quons de culture du pay­sage et res­tons dans l’i­ner­tie de la logique amé­na­giste du ter­ri­toire : cela réduit la tran­si­tion éner­gé­tique à l’ajout d’équipements à des équi­pe­ments existants.

Les Vosges sont pion­nières : des plans de pay­sage ont été réa­li­sés dès les années 1980–1990. Depuis, les ter­ri­toires de la val­lée de la Bruche, de la val­lée de Saint-Ama­rin et des Hautes Vosges tra­vaillent en conti­nu sur la trans­for­ma­tion du milieu de vie par le pay­sage. Plus récem­ment, les Vosges cen­trales ont inté­gré cette notion dans un plan de pay­sage pour la tran­si­tion éner­gé­tique et éco­lo­gique sur plus de 150 com­munes. L’ADEME a pro­duit un pre­mier guide métho­do­lo­gique2 sur le sujet en avril dernier.

Comment expliquer les résistances actuelles des populations envers les énergies renouvelables ?

Nous sommes désha­bi­tués du pay­sage de pro­duc­tion éner­gé­tique. Les cartes de Cas­si­ni du XVIIIe siècle montrent des mou­lins par­tout. Mais à la sor­tie de la Seconde Guerre mon­diale, nous avons mas­si­fié les éner­gies bon mar­ché, c’est-à-dire fos­siles. Cela a conduit à une abs­trac­tion de la pro­duc­tion d’énergie, extraite hors de chez nous ou concen­trée en quelques uni­tés nucléaires. Quand les éner­gies sont reve­nues dans notre cadre de vie au début des années 2000 sous forme d’éoliennes, il n’existait pas vrai­ment de cli­vage pour ou contre. Mais nous n’a­vons pas réus­si à ins­tal­ler un cadre de dis­cus­sion clair.

Il y a eu une faillite des poli­tiques publiques, tout a été fait pour que cela vire au conflit. Aucune pla­ni­fi­ca­tion à l’échelle inter­com­mu­nale – la plus favo­rable à une pla­ni­fi­ca­tion concrète – n’a été mise en œuvre. À la place, les pro­jets éoliens à l’échelle de la par­celle ont pros­pé­ré, alors que les implan­ta­tions concernent un ter­ri­toire entier. Le conflit est désor­mais poli­ti­cien : cer­tains ali­mentent la pola­ri­sa­tion extrême. Pour­tant, nous sommes de grands consom­ma­teurs d’énergie, et le mix éner­gé­tique est la seule voie réa­liste possible.

Quel est le rôle de la Chaire Paysage et énergie ?

Ins­tal­lée en 2015 à l’École natio­nale supé­rieure de pay­sage de Ver­sailles par Ségo­lène Royal, alors ministre de l’Environnement, la Chaire favo­rise l’in­ter­con­nexion entre les mondes de l’éner­gie et du pay­sage. Nous sommes par­tis de l’idée que la ren­contre des deux mondes serait plus effi­cace pour la tran­si­tion éner­gé­tique comme pour la qua­li­té pay­sa­gère. La chaire déve­loppe quatre axes : for­ma­tion, recherche, créa­tion et dif­fu­sion des connais­sances. Elle expé­ri­mente ces ques­tions avec RTE, l’ADEME, des col­lec­ti­vi­tés et des déve­lop­peurs depuis 10 ans.

Propos recueillis par Anaïs Marechal
1https://​www​.haut​con​seil​cli​mat​.fr/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​r​a​p​p​o​r​t​-​a​n​n​u​e​l​-​2​0​2​5​-​r​e​l​a​n​c​e​r​-​l​a​c​t​i​o​n​-​c​l​i​m​a​t​i​q​u​e​-​f​a​c​e​-​a​-​l​a​g​g​r​a​v​a​t​i​o​n​-​d​e​s​-​i​m​p​a​c​t​s​-​e​t​-​a​-​l​a​f​f​a​i​b​l​i​s​s​e​m​e​n​t​-​d​u​-​p​i​l​o​tage/
2https://​librai​rie​.ademe​.fr/​u​r​b​a​n​i​s​m​e​-​t​e​r​r​i​t​o​i​r​e​s​-​e​t​-​s​o​l​s​/​7​3​5​2​-​r​e​a​l​i​s​e​r​-​l​a​-​t​r​a​n​s​i​t​i​o​n​-​e​n​e​r​g​e​t​i​q​u​e​-​p​a​r​-​l​e​-​p​a​y​s​a​g​e​-​9​7​9​1​0​2​9​7​2​2​0​4​2​.html

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