Comment le télescope spatial James Webb a‑t-il découvert sa première exoplanète ?
- En juin 2025, le James Webb Space Telescope découvre sa première exoplanète, TWA 7 b, la planète extrasolaire la plus légère observée par imagerie directe.
- Aujourd’hui, grâce à la technique de la coronographie, nous possédons une imagerie directe de quelques dizaines d’exoplanètes sur les 6 000 identifiées à ce jour.
- Jusqu’à 2025, la coronarographie n’avait permis de voir que des super-Jupiter, des planètes d’une masse supérieure à celle de Jupiter.
- La découverte de TWA 7 b confirme les théories sur la structuration des disques de débris, et permet de comprendre la formation et la variété des systèmes planétaires.
- La future génération d’instruments se prépare : l’Extremely Large Telescope devrait entrer en service vers 2030, et le Habitable Worlds Observatory vers 2040.
C’est une première et un record : en juin 2025, l’équipe d’Anne-Marie Lagrange, de l’Observatoire de Paris, annonçait que le James Webb Space Telescope (JWST) venait de découvrir sa première exoplanète, TWA 7 b. De la taille de Saturne, la nouvelle venue devient la planète extrasolaire la plus légère jamais observée par imagerie directe. Une découverte qui illustre les performances exceptionnelles du télescope, et marque un jalon important dans la recherche de nouveaux mondes.
Pour comprendre les perspectives qu’ouvre ce résultat, revenons au milieu des années 1980, dix ans avant la découverte de la première exoplanète. À cette époque, les disques de débris, ces couronnes de poussières et de corpuscules entourant certaines étoiles, passionnent quelques astrophysiciens. « Nous commencions seulement à être capables de les voir. La première image d’un système de ce type, le disque entourant Beta Pictoris, date de 1984, se souvient Anne-Marie Lagrange. Rapidement, d’autres ont été observés – une centaine sont recensés à ce jour – révélant une fascinante diversité de structures. »
Au tournant des années 2000, les chercheurs postulent que certaines « anomalies » pourraient, en théorie, être dues à la présence de planètes
Au tournant des années 2000, les chercheurs postulent que certaines « anomalies », comme les fines lacunes creusant certains disques, pourraient en théorie être dues à la présence de planètes. Mais celles-ci, des millions voire des milliards de fois moins brillantes que leurs étoiles, restent invisibles. Pour tenter de contourner la difficulté, les chercheurs décident d’appliquer à la recherche de planètes lointaines une vieille technique apparue dans les années 1930 pour observer les alentours de notre soleil : la coronographie. Elle consiste à réaliser une éclipse artificielle de l’étoile – hier par occultation, aujourd’hui par interférences destructives. Ainsi, nous disposons aujourd’hui d’une image directe pour quelques dizaines d’exoplanètes – sur les quelque 6 000 identifiées à ce jour. Mais cette méthode a ses limites, et jusqu’en 2025, elle n’avait permis de voir que des super-Jupiter [N.D.LR. : des planètes avec une masse supérieure à celle de Jupiter], beaucoup plus massifs et brillants que les astres supposés créer les fines lacunes des disques de débris.
Changement d’échelle avec le JWST
Il a donc fallu attendre le JWST – et ses instruments taillés pour les records – pour espérer aller plus loin. Car l’une des innovations du télescope tient aux coronographes intégrés à l’instrument MIRI (Mid-Infrared Instrument). Optimisés pour renforcer le contraste entre l’étoile et la planète dans l’infrarouge moyen, et donc bien plus sensibles que leurs prédécesseurs, ils ont notamment été développés par des équipes du CNRS et du CEA. « Il y a en France une filière d’expertise remarquable en instrumentation optique. Le premier coronographe a été inventé en 1931 par un Français, Bernard Lyot. C’est également un Français, Pierre Léna, qui a joué un rôle central dans le développement de l’optique adaptative, aujourd’hui utilisée dans tous les télescopes terrestres. Ces compétences remarquables s’expliquent notamment par la présence en France d’une école d’ingénieur d’excellence dans ce domaine, l’Institut d’Optique, créé en 1917 », explique Anne-Marie Lagrange.
Choisir la bonne étoile
Mais encore fallait-il trouver une candidate à la mesure des performances du télescope. TWA 7, une petite étoile située à 111 années-lumière de la Terre, a ainsi été soigneusement sélectionnée parmi les centaines de milliers d’astres accessibles au JWST. Non seulement son disque de débris, très visible, présentait sans ambiguïté les lacunes recherchées, mais celles-ci étaient assez éloignées de l’étoile pour que le télescope puisse distinguer une planète cachée à l’intérieur, sans être aveuglé par la lumière de l’astre. Mieux encore : TWA 7 ne dépasse pas 6,5 millions d’années, et cette grande jeunesse garantissait que ses éventuelles planètes, encore chaudes, émettraient massivement dans l’infrarouge, domaine de prédilection du JWST.

Pari réussi : à 50 unités astronomiques de TWA 7, à l’intérieur d’une étroite lacune creusant le disque de débris, MIRI immortalise TWA 7 b, dix fois plus légère que la moins massive des exoplanètes directement observées jusqu’alors. « Elle se trouvait exactement là où le prévoyaient nos simulations », souligne Anne-Marie Lagrange avec le sourire.
Mieux comprendre la formation des planètes
Au-delà de la prouesse technique, que nous apprend la découverte de TWA 7 b ? « En premier lieu, elle confirme nos théories sur la structuration des disques de débris, et ouvre la voie à de nombreuses modélisations plus avancées, pour mieux rendre compte de la formation et de l’évolution de ces disques », commente la chercheuse.
« Mais cette observation constitue aussi un apport important pour la compréhension de la formation et de la variété des systèmes planétaires. » En effet, plus une planète est riche en gaz, plus sa formation est supposée intervenir rapidement après la naissance de son étoile, car l’hydrogène et l’hélium non utilisés pour former l’étoile s’échappent très vite dans le vide interstellaire. « TWA 7 b prouve qu’un système très jeune peut déjà abriter une planète de masse sub-jovienne, et c’est une information précieuse pour affiner nos modèles. »
« Enfin, la découverte de l’exoplanète donne aussi une occasion d’étudier, peut-être même avec le JWST, l’atmosphère primitive d’une planète ressemblant à Saturne. »Et c’est précieux, car il s’avère très difficile de « remonter » le temps à partir des seules observations des planètes du système solaire, vieilles de plus de 4,5 milliards d’années.
Et après ?
Le JWST ira-t-il plus loin ? Débusquera-t-il des exoplanètes encore plus légères ? Sera-t-il capable, surtout, de voir des analogues de la Terre, ces planètes telluriques situées dans la zone habitable de leur étoile, sur lesquelles les chercheurs espèrent trouver des traces de vie ? « Il faudrait encore gagner un facteur 10 à 30 sur la masse de la planète », rappelle Anne-Marie Lagrange. « Le JWST ne pourra pas faire ce saut. »
Mais la future génération d’instruments, déjà, se prépare : l’Extremely Large Telescope (ELT), d’un diamètre de 39 mètres (près de 4 fois plus large que les plus grands aujourd’hui en service), en cours de construction par l’Europe au Chili devrait entrer en service d’ici à 2030. De même, le télescope spatial américain Habitable Worlds Observatory, doté de coronographes encore plus sensibles que le James-Webb, pourrait être lancé vers 2040. C’est à eux qu’il reviendra de franchir le pas vers ces mondes habitables.

