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Adaptation climatique : pourquoi a‑t-on besoin d’investissements privés

Manuela Dupre
Manuela Dupré
étudiante en Master "Economics for smart cities and climate policy" à l'École polytechnique (IP Paris)
Patricia Crifo
Patricia Crifo
Professeure d’économie à l’École polytechnique (IP Paris)
En bref
  • Les effets du changement climatique s’amplifient, il est essentiel d'intensifier les mesures d'adaptation pour limiter les dégâts et d'exploiter les opportunités potentielles.
  • La COP28 a marqué un changement significatif dans l'orientation du financement du climat, en particulier dans le domaine des mesures d'Adaptation.
  • Les financements de l’Adaptation par les pays développés doivent nécessairement doubler d’ici 2025.
  • Diverses solutions ont été proposées, telles qu’un financement mixte, des garanties et des co-financements pour mobiliser davantage de capitaux privés.

Lors de la COP28, un agen­da cri­tique et de plus en plus pres­sant a été mis sous les pro­jec­teurs : le finan­ce­ment du cli­mat et les besoins finan­ciers crois­sants pour les mesures d’A­dap­ta­tion. La lettre de la pré­si­dence de la COP28 aux par­ties l’in­dique clai­re­ment. L’ac­cent y est mis à la fois sur le res­pect des anciennes pro­messes et sur la mise en place d’un cadre pour un accord sur le finan­ce­ment. « Nous deman­dons ins­tam­ment aux pays déve­lop­pés de veiller à ce que l’ob­jec­tif de dou­bler le finan­ce­ment de l’A­dap­ta­tion d’i­ci 2025 soit en bonne voie, comme conve­nu lors de la COP26 (…) De plus, nous avons reçu un fort sou­tien à l’i­dée que le cadre de l’AGC doive conduire à une action col­lec­tive plus pro­fonde sur le finan­ce­ment de l’A­dap­ta­tion »1.

La confé­rence s’est ouverte sur l’a­dop­tion du fond « loss and damage » (perte et dom­mage), sui­vie d’un finan­ce­ment ini­tial annon­cé par plu­sieurs pays, dont l’Al­le­magne, la France et les Émi­rats arabes unis. Cela témoigne de l’im­por­tance crois­sante accor­dée à la mobi­li­sa­tion de capi­taux en faveur des pays les plus tou­chés et d’un consen­sus gran­dis­sant sur les défis aux­quels sont confron­tées les éco­no­mies émer­gentes2. En effet, bien que les effets du chan­ge­ment cli­ma­tique soient visibles dans le monde entier, les pays émer­gents sont en pre­mière ligne de la crise. Ils sont les plus sévè­re­ment tou­chés par l’ac­cé­lé­ra­tion des catas­trophes natu­relles, des inon­da­tions et des sécheresses.

Si l’on constate une aug­men­ta­tion notable du finan­ce­ment glo­bal de la lutte contre le dérè­gle­ment cli­ma­tique, l’ac­cent mis par ces fonds sur les stra­té­gies d’a­dap­ta­tion reste limi­té3. Entre 2016 et 2021, seuls 25 % des finan­ce­ments cli­ma­tiques mobi­li­sés pour les pays en déve­lop­pe­ment ont ciblé l’a­dap­ta­tion, et en 2021, le finan­ce­ment de l’a­dap­ta­tion a même bais­sé de 4 mil­liards de dol­lars4. Alors que les effets du chan­ge­ment cli­ma­tique s’ac­cé­lèrent et s’ag­gravent, il est essen­tiel d’in­ten­si­fier les mesures d’a­dap­ta­tion afin de limi­ter les dégâts et d’ex­ploi­ter les oppor­tu­ni­tés poten­tielles. Fina­le­ment, alors que le défi­cit de finan­ce­ment de l’A­dap­ta­tion s’ac­croît, il est peu pro­bable que l’aug­men­ta­tion des fonds publics inter­na­tio­naux suf­fise à le combler.

Investissements privés dans l’Adaptation

L’A­dap­ta­tion décrit le pro­ces­sus d’a­jus­te­ment aux effets actuels et futurs du chan­ge­ment cli­ma­tique, afin de modé­rer les dom­mages, de les mini­mi­ser ou de tirer par­ti des oppor­tu­ni­tés qui peuvent se pré­sen­ter5. Les mesures d’A­dap­ta­tion sont variées, allant de la diver­si­fi­ca­tion des cultures par les agri­cul­teurs au déve­lop­pe­ment d’in­fra­struc­tures résis­tantes au cli­mat. Comme l’a recon­nu le maire d’Is­tan­bul, Ekrem İmam­oğlu, lors de la confé­rence de la BERD (Banque Euro­péenne pour la Recons­truc­tion et le Déve­lop­pe­ment) inti­tu­lée « Green Cities : Sca­ling-up Finance for Sus­tai­nable Urba­ni­sa­tion » qui s’est tenue le 6 décembre lors de la COP28 : « Il est essen­tiel de don­ner la prio­ri­té aux pro­jets d’A­dap­ta­tion et il y a un besoin urgent de sou­tien finan­cier ». Tra­di­tion­nel­le­ment consi­dé­rée comme une pro­tec­tion des socié­tés contre les effets néfastes du chan­ge­ment cli­ma­tique, l’ac­tion d’A­dap­ta­tion était consi­dé­rée comme une res­pon­sa­bi­li­té gou­ver­ne­men­tale repo­sant sur des inves­tis­se­ments publics. Plus l’A­dap­ta­tion est lais­sée de côté, plus les pertes et les dom­mages sont impor­tants : c’est le cercle vicieux de vul­né­ra­bi­li­té cli­ma­tique et éco­no­mique. Et même si l’A­dap­ta­tion a géné­ra­le­ment été consi­dé­rée comme moins impor­tante que l’At­té­nua­tion, cette fois-ci, « L’Adaptation a eu son heure de gloire à la COP28 », comme l’a décla­ré Tara L. Gue­ling du Lights­mith Group.

La mobi­li­sa­tion du finan­ce­ment pri­vé pour les inves­tis­se­ments publics a été pré­cé­dem­ment consi­dé­rée dans le contexte de la dette publique sur les mar­chés des capi­taux. Cepen­dant, l’an­née der­nière, avec les défis de la pan­dé­mie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, la capa­ci­té d’emprunt des pays en déve­lop­pe­ment s’est dété­rio­rée, tout comme leur capa­ci­té d’in­ves­tis­se­ment public natio­nal dans l’A­dap­ta­tion. Ain­si, au fil des ans, le finan­ce­ment de l’A­dap­ta­tion a été prin­ci­pa­le­ment sti­mu­lé par une aug­men­ta­tion du finan­ce­ment public mul­ti­la­té­ral pour le cli­mat, les prêts étant consi­dé­rés comme l’ins­tru­ment le plus fré­quem­ment utilisé.

Cepen­dant, lors de la COP28, la néces­si­té d’im­pli­quer d’autres acteurs a été expli­ci­te­ment men­tion­née, car le défi­cit de finan­ce­ment de l’A­dap­ta­tion s’ac­croît de manière signi­fi­ca­tive. Le der­nier rap­port sur le défi­cit d’A­dap­ta­tion esti­mait qu’au cours de cette décen­nie, les coûts attein­draient 215 à 387 mil­liards de dol­lars par an pour les pays en déve­lop­pe­ment6. Par consé­quent, plu­sieurs inter­ve­nants et confé­rences ont plai­dé en faveur d’une plus grande impli­ca­tion du sec­teur pri­vé pour inten­si­fier les efforts de lutte et d’A­dap­ta­tion à la crise climatique.

Les inves­tis­se­ments dans l’at­té­nua­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique, tels que les infra­struc­tures d’éner­gie renou­ve­lable, ont béné­fi­cié d’un sou­tien beau­coup plus impor­tant que les inves­tis­se­ments dans l’A­dap­ta­tion de la part du sec­teur pri­vé au cours des années précédentes.

Les inves­tis­se­ments d’at­té­nua­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique, tels que les infra­struc­tures d’éner­gie renou­ve­lable, ont reçu beau­coup plus de sou­tien que les inves­tis­se­ments d’A­dap­ta­tion de la part du sec­teur pri­vé ces pré­cé­dentes années. Comme l’a indi­qué Suzanne Gabou­ry de la Banque Asia­tique de Déve­lop­pe­ment, lors de l’événement orga­ni­sé par l’OCDE le 3 décembre dans le cadre de la COP28, « Seuls 2 % des finan­ce­ments pour l’A­dap­ta­tion pro­ve­naient du sec­teur pri­vé et les obs­tacles ont été très com­plexes pour eux. En ce qui concerne le modèle de reve­nus, l’A­dap­ta­tion est consi­dé­rée comme un coût sup­plé­men­taire, alors que l’At­té­nua­tion est per­çue comme une oppor­tu­ni­té. L’A­dap­ta­tion est très sub­jec­tive par rap­port à l’At­té­nua­tion, ce qui peut retar­der l’in­ves­tis­se­ment poten­tiel. Il existe des oppor­tu­ni­tés, mais les outils appro­priés font défaut et il n’y a pas de nor­ma­li­sa­tion. Il serait très impor­tant d’ac­croître les approches de cadres nor­ma­li­sés. »

Par ailleurs, comme l’a­joute Amar Bhat­ta­cha­rya de la Broo­kings Ins­ti­tu­tion, le prin­ci­pal défi de l’A­dap­ta­tion est qu’elle « se concentre sur des pro­jets à petite échelle et très spé­ci­fiques au contexte. Et cela ne fonc­tionne pas très bien pour les inves­tis­seurs. Il est néces­saire de mieux faire cor­res­pondre les carac­té­ris­tiques des pro­jets d’A­dap­ta­tion aux attentes des inves­tis­seurs. Elle est éga­le­ment dif­fi­cile à mettre en œuvre parce qu’elle n’est pas très géné­ra­trice de reve­nus. La plu­part des pro­jets d’A­dap­ta­tion entraînent des éco­no­mies plu­tôt que des reve­nus. Il est donc néces­saire de rendre les pro­jets d’A­dap­ta­tion cré­dibles du point de vue des inves­tis­seurs en s’ap­puyant sur des struc­tures d’a­gré­ga­tion et des struc­tures de ren­for­ce­ment du cré­dit. »

Augmenter les investissements dans l’Adaptation

Quelques domaines d’ac­tion visant à aug­men­ter les sources de finan­ce­ment actuelles et à déblo­quer des fonds sup­plé­men­taires pour l’A­dap­ta­tion ont été dis­cu­tés lors de la COP28, notam­ment en ce qui concerne le sec­teur pri­vé. Les prin­ci­paux domaines d’ac­tion mis en avant sont le sou­tien aux pays en déve­lop­pe­ment pour ren­for­cer leurs capa­ci­tés ins­ti­tu­tion­nelles, leurs poli­tiques et leurs mar­chés. Le rôle stra­té­gique que le finan­ce­ment du déve­lop­pe­ment, et plus par­ti­cu­liè­re­ment les ins­tru­ments de finan­ce­ment mixtes, doivent jouer pour mobi­li­ser des fonds pri­vés en faveur de l’A­dap­ta­tion a éga­le­ment été évoqué.

Divers fac­teurs sont néces­saires pour réduire les risques d’in­ves­tis­se­ment per­çus par les inves­tis­seurs, tels que la sta­bi­li­té éco­no­mique ou l’É­tat de droit. Pour l’A­dap­ta­tion ‚il est essen­tiel d’ac­croître la dis­po­ni­bi­li­té des don­nées rela­tives au cli­mat afin d’al­louer effi­ca­ce­ment les inves­tis­se­ments ayant un impact sur l’A­dap­ta­tion. C’est ce qu’a sou­li­gné Deb­bie Pal­mer, direc­trice du finan­ce­ment cli­ma­tique au sein du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique : « L’un des prin­ci­paux obs­tacles aux inves­tis­se­ments dans les éco­no­mies émer­gentes est le manque de don­nées, ce qui affecte la capa­ci­té des inves­tis­seurs à éva­luer avec pré­ci­sion les risques et à esti­mer le ren­de­ment. Les mar­chés publics ont une occa­sion unique de contri­buer à ren­for­cer la confiance et de cor­ri­ger les idées fausses sur les risques du mar­ché. »

L’a­mé­lio­ra­tion des don­nées peut donc contri­buer à réduire les pré­ju­gés et à accroître la trans­pa­rence, et donc à cata­ly­ser les inves­tis­se­ments pri­vés dans les efforts d’a­dap­ta­tion. Les asy­mé­tries d’in­for­ma­tion et les lacunes en matière de connais­sances freinent gran­de­ment les inves­tis­seurs pri­vés. C’est un obs­tacle qu’il est essen­tiel de résoudre7

Aus­si, les acteurs du déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal peuvent jouer un rôle essen­tiel en déblo­quant des fonds pri­vés pour l’A­dap­ta­tion. C’est par­ti­cu­liè­re­ment le cas pour les pro­jets qui devraient géné­rer des reve­nus stables, mais qui ne sont pas encore com­mer­cia­le­ment viables – et pour les­quels les finan­ciers du déve­lop­pe­ment peuvent aider à sur­mon­ter les obs­tacles ini­tiaux. Le finan­ce­ment mixte a joué un rôle cen­tral lors de la COP28 et est appa­ru comme un moyen inno­vant d’a­mé­lio­rer les ren­de­ments et de réduire les risques encou­rus par les inves­tis­seurs pri­vés. Le finan­ce­ment mixte est défi­ni par l’OCDE comme « l’u­ti­li­sa­tion stra­té­gique du finan­ce­ment du déve­lop­pe­ment pour la mobi­li­sa­tion de fonds sup­plé­men­taires en faveur du déve­lop­pe­ment durable dans les pays en déve­lop­pe­ment. »

Le recours au finan­ce­ment du déve­lop­pe­ment peut atti­rer stra­té­gi­que­ment les inves­tis­seurs pri­vés en met­tant en évi­dence la via­bi­li­té des inves­tis­se­ments d’A­dap­ta­tion et en déve­lop­pant leur confiance vis-à-vis d’un nou­veau modèle d’en­tre­prise ou d’un nou­veau type d’in­ves­tis­seur8. Le Fonds d’Ac­tion pour le cli­mat dans les mar­chés émer­gents (EMCAF) illustre cette ini­tia­tive grâce au par­te­na­riat entre Allianz Glo­bal Inves­tors et la Banque Euro­péenne d’In­ves­tis­se­ment. Ces ini­tia­tives per­mettent un finan­ce­ment par actions à un stade pré­coce pour des pro­jets durables dans les mar­chés émer­gents, en met­tant for­te­ment l’ac­cent sur l’A­dap­ta­tion9. Comme l’a sou­li­gné Mile­na Mes­so­ri, chef de divi­sion à la Banque Euro­péenne d’In­ves­tis­se­ment, « L’A­dap­ta­tion au cli­mat est finan­ciè­re­ment viable, et nous devons atté­nuer les risques pour atti­rer le sec­teur pri­vé. En l’oc­cur­rence, nous uti­li­sons des fonds publics pour amor­tir les pre­mières pertes poten­tielles. Il est impor­tant de noter qu’il ne s’a­git pas seule­ment du risque lui-même, mais de la per­cep­tion du risque, qui est beau­coup plus impor­tante. Nous pou­vons réduire les risques d’in­ves­tis­se­ment en don­nant l’as­su­rance que les ini­tia­tives sont solides et qu’elles auront un impact ain­si que des retom­bées posi­tives. »

Les four­nis­seurs inter­na­tio­naux ont un rôle clé à jouer dans la mobi­li­sa­tion des fonds pri­vés. Comme le sou­ligne Jen­ni­fer Mor­gan, de l’Of­fice Fédé­ral Alle­mand, « Les banques mul­ti­la­té­rales de déve­lop­pe­ment doivent accroître l’u­ti­li­sa­tion des garan­ties et intro­duire dif­fé­rents outils avec des visions à court et à long terme. » De même, Jamal Saghir, Pro­fes­seur à l’u­ni­ver­si­té McGill, ajoute que « Si nous n’a­mé­lio­rons pas le capi­tal des conces­sions, le sec­teur pri­vé ne se mani­fes­te­ra pas ». De plus, il existe des ins­tru­ments nova­teurs, tels que la conver­sion de la dette en faveur de la nature, pour encou­ra­ger les pays à se concen­trer sur les mesures d’Adaptation.

Lors de la COP28, GAIA, un finan­ce­ment mixte axé sur le chan­ge­ment cli­ma­tique et diri­gé par MUFG et Fin­Dev Cana­da, l’ins­ti­tu­tion finan­cière de déve­lop­pe­ment bila­té­ral du Cana­da, a été recon­nu comme une pla­te­forme inno­vante de pre­mier plan pour mobi­li­ser la par­ti­ci­pa­tion du sec­teur pri­vé à grande échelle. Lori Kerr de Fin­Dev explique que « GAIA est une pla­te­forme de 1,5 mil­liard de dol­lars axée sur 25 mar­chés émer­gents d’A­frique, d’A­sie et d’A­mé­rique Latine. Il est impor­tant de noter que 70 % du total des inves­tis­se­ments de son por­te­feuille seront consa­crés à des pro­jets d’a­dap­ta­tion dans les pays les plus vul­né­rables au cli­mat dans le monde. Nous four­nis­sons des prêts à long terme pro­ve­nant de sources qui n’é­taient pas dis­po­nibles aupa­ra­vant. Je suis enthou­sias­mé par le rôle que peuvent jouer les capi­taux pri­vés – l’argent est là, et je suis impa­tient de savoir com­ment déblo­quer ces capi­taux. »

Cette ini­tia­tive illustre la néces­si­té de dis­po­ser de davan­tage de patient capi­tal10 pour répondre de manière adé­quate aux inves­tis­se­ments à long terme concer­nant les pro­jets d’A­dap­ta­tion. Cer­tains inter­ve­nants ont tou­te­fois pré­ci­sé com­ment ils per­ce­vaient l’ac­cent mis sur « l’innovation ». Pour Mar­tin Ewald, direc­teur géné­ral du Fonds EMCAF : « Ce dis­cours sur l’in­no­va­tion, je ne suis pas sûr qu’il soit le bon, car nous devons nous appuyer sur la confiance pour mobi­li­ser des capi­taux pri­vés. Pour moi, l’in­no­va­tion réside dans l’ap­pli­ca­tion, dans la manière dont nous défi­nis­sons et met­tons l’ac­cent sur l’A­dap­ta­tion. »

Soutien aux projets d’Adaptation en cours

Au fil des confé­rences et des conver­sa­tions, Mimi Ale­maye­hou, lea­der dans le domaine du finan­ce­ment du déve­lop­pe­ment, sou­ligne la men­tion récur­rente du « manque de pro­jets ren­table ». Il est, en effet, néces­saire d’ai­der les éco­no­mies émer­gentes à iden­ti­fier et à déve­lop­per des pro­jets d’A­dap­ta­tion sus­cep­tibles d’at­ti­rer et de satis­faire les exi­gences des inves­tis­seurs inter­na­tio­naux du sec­teur pri­vé. Des orga­ni­sa­tions inno­vantes, telles qu’Al­lied Cli­mate Part­ners, sont appa­rues lors de diverses confé­rences sur la mobi­li­sa­tion de capi­taux pri­vés dans les pays émer­gents et les véhi­cules inno­vants, afin de pré­sen­ter leurs ini­tia­tives. « Dans les éco­no­mies émer­gentes, ce sont les 5 pre­miers dol­lars qui débloquent les 95 autres. Cepen­dant, ce capi­tal de départ est le plus dif­fi­cile à réunir, et c’est l’in­ves­tis­se­ment que nous visons à entre­prendre pour déver­rouiller et réduire les risques. Nous créons des pipe­lines que d’autres inves­tis­seurs peuvent suivre », déclare Ahmed Saeed, direc­teur géné­ral d’ACP. De même, Astrid Man­roth, direc­trice du Fonds Mon­dial pour les Infra­struc­tures, sou­ligne com­ment le GIF, une pla­te­forme de col­la­bo­ra­tion mon­diale du G20, sou­tient les gou­ver­ne­ments natio­naux et les muni­ci­pa­li­tés en leur four­nis­sant les res­sources et l’ex­per­tise néces­saires pour mettre en place des pro­jets d’in­fra­struc­ture sus­cep­tibles d’être finan­cés. « Nous sou­te­nons les pro­jets pour les aider à pas­ser à l’é­chelle supé­rieure. »

Dans les éco­no­mies émer­gentes, ce sont les 5 pre­miers dol­lars qui débloquent les 95 autres. Cepen­dant, ce capi­tal de départ est le plus dif­fi­cile à réunir

Ces ini­tia­tives se mul­ti­plient et sont essen­tielles pour atti­rer au mieux les finan­ce­ments pri­vés. Il est tou­te­fois impor­tant de se rap­pe­ler « qu’au­cun pro­jet n’est à l’é­vi­dence ren­table. C’est un pro­ces­sus qui implique d’i­den­ti­fier les besoins pour le trans­for­mer de manière adé­quate et le struc­tu­rer de manière qu’il devienne finan­çable. Ce n’est pas seule­ment une ques­tion d’argent, mais aus­si une ques­tion d’ex­per­tise, de capi­tal humain », déclare Imad N. Fakhou­ry, direc­teur du groupe de finan­ce­ment des infra­struc­tures à la Banque Mon­diale. En fin de compte, il est impor­tant de ren­for­cer les capa­ci­tés des pays eux-mêmes et de trans­fé­rer l’ex­per­tise néces­saire pour déve­lop­per la pré­pa­ra­tion des projets.

Passage à l’Adaptation en cours de route

En conclu­sion, la COP28 a mar­qué un chan­ge­ment signi­fi­ca­tif dans l’o­rien­ta­tion du finan­ce­ment du cli­mat, en par­ti­cu­lier dans le domaine des mesures d’A­dap­ta­tion. La confé­rence a appe­lé à une par­ti­ci­pa­tion accrue du sec­teur pri­vé et à une col­la­bo­ra­tion ren­for­cée pour accé­lé­rer la mobi­li­sa­tion du finan­ce­ment pri­vé de l’A­dap­ta­tion. Les pays en déve­lop­pe­ment sont res­tés au centre de l’at­ten­tion, car les effets du cli­mat s’y feront sen­tir plus for­te­ment, et des res­sources consi­dé­rables sont néces­saires pour mettre en œuvre des stra­té­gies d’Adaptation.

Tra­di­tion­nel­le­ment éclip­sé par les efforts d’at­té­nua­tion, ce pivot vers les capi­taux pri­vés pour l’A­dap­ta­tion cli­ma­tique a mis en évi­dence le sou­tien néces­saire des four­nis­seurs inter­na­tio­naux et des ins­ti­tu­tions de déve­lop­pe­ment pour réduire les risques liés aux oppor­tu­ni­tés d’in­ves­tis­se­ment et enfin, cata­ly­ser effi­ca­ce­ment les capi­taux pri­vés. Des approches inno­vantes telles que le finan­ce­ment mixte, les garan­ties et le cofi­nan­ce­ment ont été pré­sen­tées comme des solu­tions impor­tantes pour la mobi­li­sa­tion de capi­taux pri­vés, ain­si que le déve­lop­pe­ment de pro­jets « ren­tables » afin d’attirer les inves­tis­se­ments pri­vés. Ces stra­té­gies, asso­ciées à une meilleure dis­po­ni­bi­li­té des don­nées, à des envi­ron­ne­ments macroé­co­no­miques amé­lio­rés et à des poli­tiques adap­tées, sont essen­tielles pour sen­si­bi­li­ser les inves­tis­seurs et chan­ger la per­cep­tion selon laquelle l’A­dap­ta­tion est dif­fi­cile à sou­te­nir par un finan­ce­ment commercial.

Glo­ba­le­ment, l’A­dap­ta­tion peut être un objec­tif d’in­ves­tis­se­ment pri­vé viable et, bien que les efforts col­lec­tifs aient été mis en évi­dence lors de la COP28, ils doivent encore être ren­for­cés pour com­bler l’im­por­tant défi­cit de finan­ce­ment dans les pays en déve­lop­pe­ment11.

1Pré­si­dence de la COP (2023) Lettre aux par­ties – COP28 EAU. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.cop28​.com/​e​n​/​l​e​t​t​e​r​-​t​o​-​p​a​rties (consul­té le 17 jan­vier 2024).
2700 mil­lions de dol­lars pro­mis au fonds pour les pertes et dom­mages lors de la COP28 couvrent moins de 0,2 % des besoins (2023) The Guar­dian. Dis­po­nible à l’a­dresse :https://​www​.the​guar​dian​.com/​e​n​v​i​r​o​n​m​e​n​t​/​2​0​2​3​/​d​e​c​/​0​6​/​7​0​0​m​-​p​l​e​d​g​e​d​-​t​o​-​l​o​s​s​-​a​n​d​-​d​a​m​a​g​e​-​f​u​n​d​-​c​o​p​2​8​-​c​o​v​e​r​s​-​l​e​s​s​-​t​h​a​n​-​0​2​-​p​e​r​c​e​n​t​-​n​eeded
3OCDE (2023) Finan­ce­ment du cli­mat four­ni et mobi­li­sé par les pays déve­lop­pés en 2013–2021. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.oecd​.org/​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​/​f​i​n​a​n​c​e​-​u​s​d​-​1​0​0​-​b​i​l​l​i​o​n​-​goal/
4OCDE (2023) Accroître le finan­ce­ment de l’a­dap­ta­tion dans les pays en déve­lop­pe­ment : Chal­lenges and oppor­tu­ni­ties for inter­na­tio­nal pro­vi­ders : Lire en ligne, OCDE. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​read​.oecd​-ili​bra​ry​.org/​e​n​v​i​r​o​n​m​e​n​t​/​s​c​a​l​i​n​g​-​u​p​-​a​d​a​p​t​a​t​i​o​n​-​f​i​n​a​n​c​e​-​i​n​-​d​e​v​e​l​o​p​i​n​g​-​c​o​u​n​t​r​i​e​s​_​b​0​8​7​8​8​6​2​-​e​n​#​p​age65.
5Quelle est la dif­fé­rence entre l’a­dap­ta­tion et l’at­té­nua­tion ? (2022) Agence euro­péenne pour l’en­vi­ron­ne­ment. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.eea​.euro​pa​.eu/​h​e​l​p​/​f​a​q​/​w​h​a​t​-​i​s​-​t​h​e​-​d​i​f​f​e​r​e​n​c​e​-​b​e​tween (consul­té le 17 jan­vier 2024).
6Pro­gramme des Nations unies pour l’en­vi­ron­ne­ment (2023) Adap­ta­tion gap report 2023 : Under­fi­nan­ced. Under­pre­pa­red. Inade­quate invest­ment and plan­ning on cli­mate adap­ta­tion leaves World expo­sed [Pre­print]. doi:10.59117/20.500.11822/43796.
7Choi, E., Jang, E. et Lax­ton, V. (2023) What it takes to attract pri­vate invest­ment to cli­mate adap­ta­tion, World Resources Ins­ti­tute. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.wri​.org/​i​n​s​i​g​h​t​s​/​p​r​i​v​a​t​e​-​s​e​c​t​o​r​-​c​l​i​m​a​t​e​-​a​d​a​p​t​a​t​i​o​n​-​f​i​nance
8Ran­dall, T., Sede­mund, J. et Bartz-Zuc­ca­la, W. (2023) Pri­vate invest­ment for cli­mate change adap­ta­tion – dif­fi­cult to finance or dif­fi­cult to see the finance ? Gran­tham Research Ins­ti­tute on cli­mate change and the envi­ron­ment. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.lse​.ac​.uk/​g​r​a​n​t​h​a​m​i​n​s​t​i​t​u​t​e​/​n​e​w​s​/​p​r​i​v​a​t​e​-​i​n​v​e​s​t​m​e​n​t​-​f​o​r​-​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​a​d​a​p​t​a​t​i​o​n​-​d​i​f​f​i​c​u​l​t​-​t​o​-​f​i​n​a​n​c​e​-​o​r​-​d​i​f​f​i​c​u​l​t​-​t​o​-​s​e​e​-​t​h​e​-​f​i​n​ance/
9BEI (2023) Fonds d’ac­tion cli­ma­tique pour les mar­chés émer­gents, Banque euro­péenne d’in­ves­tis­se­ment. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.eib​.org/​e​n​/​p​r​o​d​u​c​t​s​/​e​q​u​i​t​y​/​f​u​n​d​s​/​e​m​e​r​g​i​n​g​-​m​a​r​k​e​t​-​c​l​i​m​a​t​e​-​a​c​t​i​o​n​-fund (consul­té le 14 jan­vier 2024).
10En éco­no­mie, le patient capi­tal est un modèle d’in­ves­tis­se­ment pour des entre­pre­neurs qui créent des entre­prises et des orga­ni­sa­tions dans des domaines où ils n’espèrent pas tirer de pro­fit rapide. Il per­met ain­si la mise en place de poli­tiques d’investissements publiques ou pri­vées orien­tées pour accom­pa­gner un sec­teur.
11Atte­ridge, A. (sans date) Poli­cy brief – Pri­vate Sec­tor Finance and Cli­mate Change Adap­ta­tion. Dis­po­nible à l’a­dresse : https://​www​.pre​ven​tion​web​.net/​f​i​l​e​s​/​1​2​3​7​9​_​p​o​l​i​c​y​b​r​i​e​f​p​r​i​v​a​t​e​s​e​c​t​o​r​f​i​n​a​n​c​e​a​d​a​p.pdf

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