Impression 3D à l’hôpital : des usages du quotidien aux applications médicales
- L’impression 3D se met au service de la chirurgie, par exemple en développant des modèles anatomiques pour chaque patient permettant aux chirurgiens de répéter l’opération en amont.
- À l’hôpital, la majorité des projets 3D se concentrent sur l’obsolescence du matériel hospitalier, avec une économie de 120 000 à 140 000 euros par an à la clé.
- Depuis février 2023, l’hôpital de Brest a développé sa propre plateforme d’impression 3D, W.Print, rejoignant les hôpitaux de Lyon, Besançon et Paris.
- Le programme GI Jaw se penche depuis 2021 sur le remplacement de l’os manquant des fentes labio-palatines grâce à un biomatériau imprimé en 3D adapté à la morphologie des patients.
- Un recrutement de chiens atteints de fentes labio-palatines a été mis en place pour développer une nouvelle technique opératoire de reconstruction sur impression 3D.
Répéter une opération avant la chirurgie, faire de la pédagogie auprès des patients, adapter du matériel à un handicap, réparer un équipement obsolète… L’impression 3D a fait son entrée à l’hôpital auprès des patients, soignants et chercheurs, promettant des soins plus personnalisés et des techniques durables.
L’impression 3D au service de la chirurgie
Depuis février 2023, l’hôpital de Brest a développé sa propre plateforme d’impression 3D, W.Print, rejoignant les hôpitaux de Lyon, Besançon et Paris. Un nouveau service dans la continuité d’un projet de recherche mené à l’origine par Samuel Guigo sur la prise en charge des anévrismes intracrâniens complexes. « Ces opérations nécessitent une préparation importante en amont. Je développais ainsi des modèles anatomiques 3D spécifiques à chaque patient, permettant aux chirurgiens de répéter l’opération, d’anticiper les difficultés et d’adapter les techniques chirurgicales », détaille le chercheur.
Des modèles qui permettent également de préparer des stratégies opératoires. Par exemple, dans le cas d’une tumeur volumineuse située sous l’œil, dans le sinus maxillaire, l’impression 3D permet d’anticiper, en amont de l’opératoire, la reconstruction osseuse qui sera nécessaire après l’ablation. Plus généralement, les soignants peuvent ainsi s’entraîner sur des modèles anatomiques réalistes, avec parfois l’ajout de circuits simulant la circulation sanguine, ou de matériaux souples ou rigides pour reproduire au plus près le corps humain.
Aujourd’hui coordinateur de la plateforme, Samuel Guigo encadre et accompagne près de 80 projets par an. Ici, il n’est pas encore question de bio-impression (où l’on génère des matériaux biologiques pour des greffes par exemple), ou de dispositifs médicaux (pouvant être en contact prolongé avec le corps). Simplement d’imprimantes à filaments ou à résine permettant de créer des objets de toutes sortes. Alors pourquoi un tel emballement ?
Former, expliquer, réparer : le 3D au-delà du bloc
Car au-delà des applications médicales, la plateforme brestoise s’est diversifiée jusqu’à toucher l’ensemble de la vie hospitalière. En commençant par les patients et leurs proches. Pour expliquer une pathologie, une malformation ou un geste chirurgical, rien ne remplace un objet tangible. Dans le cas du polyhandicap pédiatrique par exemple, ces modèles deviennent des outils d’éducation thérapeutique, permettant de mieux comprendre et d’associer les familles au parcours de soin.
La plateforme s’inscrit d’ailleurs dans le réseau Rehab Lab dédié à la création d’aides techniques personnalisées avec et pour les personnes en situation de handicap. L’objectif : du sur-mesure plus durable, moins coûteux et mieux utilisé par les patients, facilitant ainsi le retour à domicile après une hospitalisation.
À la clé, une économie estimée entre 120 000 et 140 000 euros par an, dans un contexte où l’hôpital public est soumis à de fortes pressions budgétaires
« Mais la majorité des projets se concentrent en réalité sur les besoins concrets du quotidien de l’hôpital », révèle le coordinateur. Porte-pipettes, supports adaptés, pièces de rechange introuvables sur le marché : l’impression 3D permet de lutter contre l’obsolescence du matériel hospitalier. À la clé, une économie estimée entre 120 000 et 140 000 euros par an, dans un contexte où l’hôpital public est soumis à de fortes pressions budgétaires.
Cette dynamique favorise aussi une transformation des usages. Aides-soignants, brancardiers, agents de restauration ou personnels administratifs viennent désormais avec leurs besoins concrets pour co-concevoir des solutions. Une manière, pour Samuel Guigo, de réduire les « irritants » du quotidien – ces petits dysfonctionnements qui dégradent l’ambiance de travail – et d’acculturer l’ensemble du personnel à l’innovation.
Aujourd’hui, les demandes d’autres hôpitaux affluent, et Samuel Guigo, pour l’instant seul à piloter l’ensemble du dispositif, partage son expertise avec d’autres établissements tout en formant les étudiants à la conception 3D.
Côté recherche : changement de perspectives
À Nantes, un projet de recherche pluridisciplinaire en cours illustre concrètement le potentiel – et les défis – de l’impression 3D en santé. Réunissant le CHU de Nantes, l’École vétérinaire Oniris VetAgroBio et le laboratoire RMeS de l’Inserm, le programme GI Jaw se penche depuis 2021 sur la prise en charge des fentes labio-palatines.
Aujourd’hui, ces malformations congénitales – caractérisées par une absence partielle ou complète d’os entre la bouche et le nez – sont majoritairement traitées par des greffes osseuses prélevées sur la hanche de l’enfant. Une solution efficace impliquant néanmoins des douleurs post-opératoires et une cicatrice supplémentaire pour des petits patients opérés dès l’âge de cinq ou six ans. « On a besoin de 2 ou 3 ml d’os donc parfois, il faut compléter avec de l’os de substitution », ajoute Pierre Corre, professeur en chirurgie maxillo-faciale au CHU de Nantes, et l’une des trois têtes du projet. « C’est là que le défi du clinicien devient celui du chercheur ! », annonce Baptiste Charbonnier, ingénieur de recherche à l’Inserm1, deuxième tête du trio.
L’idée du projet est simple : remplacer l’os manquant sans le prélever ailleurs, grâce à un biomatériau imprimé en 3D, parfaitement adapté à la morphologie de chaque patient. Pourquoi ne pas utiliser la céramique ou le ciment osseux habituel des interventions dentaires ? « Parce que cette malformation de la mâchoire supérieure se trouve dans une zone complexe, à risque d’infection entre la bouche et le nez : l’objectif est de créer un contact parfait pour que les vaisseaux sanguins de l’os natif colonisent rapidement l’implant et permettent une repousse osseuse en profondeur », explique Pierre Corre. Il faut donc développer un nouveau matériau déformable à l’implantation, durcissant une fois en place et enfin se résorbant au profit d’un nouvel os.
L’objectif est de créer un contact parfait pour que les vaisseaux sanguins de l’os natif colonisent rapidement l’implant [imprimé en 3D] et permettent une repousse osseuse en profondeur
Pour cette étude – et compléter le trio – Pierre Maitre, vétérinaire et maître de conférences en chirurgie à l’école vétérinaire Oniris, a mis en place un recrutement de chiens atteints de fentes labio-palatines – habituellement euthanasiés à la naissance à cause de cette malformation – pour développer une nouvelle technique opératoire de reconstruction sur impression 3D.
Tout commence par un scanner : l’implant est conçu numériquement pour épouser précisément le défaut osseux, la muqueuse environnante, et faciliter l’insertion pendant la chirurgie. « Après impression, l’implant cimentaire sèche puis est stérilisé », détaille Baptiste Charbonnier. Pour qu’il soit déformable, le biomatériau est réhydraté au bloc opératoire. Cette hydratation permet aussi de l’imprégner de moelle osseuse du patient – futures cellules colonisatrices – et de déclencher la prise du ciment qui permettra le durcissement de la pièce après insertion.
L’implant 3D devient alors, une fois en place, un support temporaire, colonisé progressivement par les cellules osseuses du patient. Les résultats sont prometteurs : après six mois, l’implant est presque entièrement résorbé, remplacé par de l’os naturel. Des essais ont déjà été menés sur 18 chiens, qui pourraient devenir des ambassadeurs de cette nouvelle technique auprès de futurs jeunes patients ! Mais les chercheurs restent réalistes : « Nous avons encore un taux d’échec plus important que pour les auto-greffes, mais on a constaté que la régénération osseuse semble plus importante avec ce nouveau matériau, donc c’est déjà un progrès ! »
Le projet, financé par l’ANR pour quatre nouvelles années, entre désormais dans une phase de raffinement des matériaux et de sécurisation réglementaire, avec l’ambition de devenir un dispositif médical de classe 3 (biodégradable).
Chaque année en France, environ 1 enfant sur 700 naît avec une fente labio-palatine, dont une majorité avec un défaut osseux. Si la technique n’est pas encore prête pour un usage clinique courant, elle esquisse déjà une médecine plus personnalisée, moins invasive et moins douloureuse pour les petits patients de demain.

