professeure spécialiste des ACV à l’échelle des matériaux et ouvrages à l’École nationale des ponts et chaussées (IP Paris)
Valérie Desauziers
professeure à l’IMT Mines Alès à l’Institut des sciences analytiques et de physico-chimie pour l’environnement et les matériaux (IPREM)
En bref
L'analyse du cycle de vie (ACV) est le seul outil évaluant l'ensemble des impacts environnementaux d'un bâtiment, bien au-delà des seules émissions de GES.
Certaines solutions « vertes » peuvent déplacer le problème : des tapis recyclés émettent des substances toxiques, montrant que décarbonation et santé ne vont pas toujours de pair.
L'économie circulaire présente les mêmes risques : des matériaux réemployés peuvent contenir des insecticides interdits, malgré une démarche vertueuse pour le climat.
Des matériaux biosourcés offrent de vrais cobénéfices, comme une faible empreinte énergétique, la disponibilité locale et la régulation des polluants intérieurs.
Il n'existe pas de solution miracle : l'ACV guide les choix en comparant toutes les alternatives, et la sobriété reste le principe universel de tout projet de construction.
professeur de l’École nationale des ponts et chaussées (IP Paris)
En bref
La décarbonation du bâtiment repose sur plusieurs leviers combinés : sobriété, conception optimisée, réhabilitation prioritaire sur la démolition, et matériaux innovants.
Réduire la teneur en clinker est la voie la plus efficace : les nouveaux ciments, comme le LC3, atteignent 50% de clinker contre 75% dans les formulations traditionnelles.
Un béton mal formulé peut émettre 4 fois plus de CO₂ qu'un béton optimisé — éviter le surdosage en ciment permettrait d'économiser 30 à 50% des émissions.
Le béton ne peut pas être abandonné, mais il peut être combiné avec des matériaux alternatifs, comme le bois, la pierre ou la terre crue.
Le captage du CO2 reste immature (50 millions de tonnes captées pour 2 milliards émises) et doit être réservé en dernier recours.
directeur de recherche à l’École nationale des ponts et chaussées (IP Paris)
En bref
En 2024, la consommation d’énergie liée à l’exploitation des bâtiments – chauffage, climatisation, etc. – représente 45 % de la consommation d’énergie finale en France. La majorité provient du parc résidentiel.
Comme le montrent les données de l’Insee, il existe en moyenne un écart de 50 % entre les performances énergétiques anticipées lors d’une rénovation et celles effectivement mesurées.
Le problème n'est pas le montant des budgets, mais leur mauvaise répartition : cibler locataires et propriétaires d'appartements serait plus efficient qu'aider uniquement les maisons individuelles.
La solution : identifier et accompagner proactivement les ménages prioritaires, pour des rénovations moins nombreuses, mais bien plus efficaces.