Rénovation thermique : un écart de 50 % entre les performances anticipées et celles mesurées
- En 2024, la consommation d’énergie liée à l’exploitation des bâtiments – chauffage, climatisation, etc. – représente 45% de la consommation d’énergie finale en France. La majorité provient du parc résidentiel.
- Comme le montrent les données de l’Insee, il existe en moyenne un écart de 50 % entre les performances énergétiques anticipées lors d’une rénovation et celles effectivement mesurées.
- Le problème n'est pas le montant des budgets, mais leur mauvaise répartition : cibler locataires et propriétaires d'appartements serait plus efficient qu'aider uniquement les maisons individuelles.
- La solution : identifier et accompagner proactivement les ménages prioritaires, pour des rénovations moins nombreuses, mais bien plus efficaces.
En 2024, la consommation d’énergie liée à l’exploitation des bâtiments – chauffage, climatisation, etc. – représente 45% de la consommation d’énergie finale en France1. Le secteur résidentiel en est majoritairement responsable. Si la source principale d’énergie consommée est l’électricité – plutôt faiblement carbonée en France grâce au nucléaire et aux renouvelables, les énergies fossiles sont toujours une part importante (environ un tiers en 2024) de la consommation énergétique des ménages pour leur résidence.
Pourquoi est-il important d’agir sur la consommation d’énergie des bâtiments dans le cadre de la réduction des émissions de gaz à effet de serre en France ?
Ces gaz à effet de serre (GES) sont rejetés durant toutes les phases du cycle de vie des bâtiments : lors de la construction, l’usage et la fin de vie. Celle qui compte le plus est la phase d’usage : une quantité importante de GES est émise en lien avec la consommation énergétique. C’est pourquoi il est essentiel d’agir sur cette phase.
Tous les types de bâtiments – résidentiel ou tertiaire – sont-ils concernés ?
Oui, mais les bâtiments résidentiels sont à l’origine de la majeure partie des consommations d’énergie. De plus, le contexte est différent. Pour le tertiaire, la logique de rentabilité économique domine et pousse les décideurs à optimiser la consommation d’énergie. Alors que le résidentiel est au contraire freiné par des barrières à l’investissement. Cela fait du secteur résidentiel un levier prioritaire à actionner.
Comment faire pour réduire les émissions liées à la consommation énergétique des logements ?
Il faut en premier lieu se focaliser sur les logements anciens. En effet, les logements neufs ne représentent qu’environ 1 % du parc immobilier, et ils sont déjà très économes en énergie grâce aux normes comme la RE2020.
Pour les logements anciens, il existe plusieurs leviers :
- Individuels : réaliser des travaux d’efficacité énergétique (comme l’isolation) et électrifier le logement ;
- Et collectifs : décarboner l’électricité.
Entre les normes sur les constructions neuves et le soutien public à la rénovation énergétique, le gouvernement n’a‑t-il pas déjà pris les mesures nécessaires à la transition énergétique du résidentiel ?
Depuis le milieu des années 2000, un ensemble de politiques publiques poussent effectivement à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments : crédit d’impôt, dispositif Ma prime rénov’, écoprêt à taux 0, certificats d’économies d’énergie, etc. En plus de ces dispositifs de subvention, des approches plus coercitives ont été mises en place, comme la taxe carbone, l’interdiction des chaudières neuves au fioul ou de la mise en location des passoires thermiques. Pourtant, trop peu de rénovations lourdes – isolation et remplacement des systèmes de chauffage à combustible fossile par une pompe à chaleur – sont réalisées par les ménages.
Pourquoi ce faible taux de rénovations lourdes est-il un problème ?
Comme le montrent les données de l’Insee2, il existe en moyenne un écart de 50 % entre les performances énergétiques prédites lors d’une rénovation et celles effectivement mesurées. Autrement dit, si une économie d’énergie de 1 kWh est annoncée, il faut plutôt s’attendre à une économie réelle de 0,5 kWh. Or, plus la rénovation est lourde, plus cet écart se réduit et bénéficie au ménage.
Nous avons montré que, en raison de plusieurs barrières existantes à la rénovation, seules 5 % des rénovations sont rentables pour les ménages3. Pourtant, dans un marché de la rénovation parfait, cette part pourrait grimper à 26 %. Et si on s’intéresse à la rentabilité sociale, on estime cette fois que des travaux de rénovation seraient rentables pour 55 % du parc, soit environ 15 millions de logements grâce aux émissions et dépenses de santé évitées.
Qu’est-ce qui explique cette si faible rentabilité des rénovations énergétiques ?
L’argent n’est pas jeté par les fenêtres. La quasi-totalité de l’argent public est réinvesti dans la rénovation. Mais les enveloppes sont mal réparties. Nos estimations montrent que 6 à 8 milliards d’investissements public et privé sont nécessaires. C’est équivalent au budget actuel !
Nos travaux montrent que l’argent doit bénéficier en priorité aux propriétaires occupants de maisons individuelles. C’est déjà le cas aujourd’hui, et même trop. Allouer une part de cette enveloppe à d’autres segments de la population (propriétaires occupants d’appartement, et locataires d’appartement et maison) serait plus efficace.
Quelle solution préconisez-vous ?
Nous proposons de changer de paradigme et d’adopter une approche prospective. En pratique, cela suppose d’identifier les ménages prioritaires, de les solliciter et de les accompagner dans la rénovation. Avec cette approche, un nombre plus réduit de logements serait rénové, mais les rénovations seraient plus efficaces.
Vous avez mentionné la décarbonation de l’électricité comme l’un des trois leviers pour réduire les émissions de GES du résidentiel. Ne serait-il pas plus simple de se focaliser sur ce levier ?
L’ensemble des leviers doivent être actionnés, qu’ils soient individuels ou collectifs. Même si l’énergie était entièrement décarbonée, il existerait toujours des raisons d’améliorer l’efficacité énergétique des logements. La rénovation énergétique améliore la qualité de l’habitat, ce qui génère de nombreux autres bénéfices.
De plus, même si l’énergie était décarbonée, elle ne serait peut-être pas entièrement produite en France. Or, les instabilités géopolitiques actuelles montrent l’importance de réduire la dépendance énergétique, cela ne peut se faire qu’en améliorant l’efficacité énergétique des logements.

