Immersion 3D au CNAM : assister à la construction de la statue de la Liberté
- Pour célébrer les 140 ans de l’inauguration de la statue de la Liberté, se tiendra l’exposition Lady Liberté en septembre 2026, au musée des Arts et Métiers à Paris.
- Au travers d’une expérience immersive, les visiteurs pourront observer les étapes de construction de la statue.
- Pour cela, l’exposition mêle diverses techniques de modélisation 3D, notamment la photogrammétrie et le scan laser.
- Mais une nouvelle approche permet d’améliorer fortement le rendu visuel des scènes 3D : le 3D Gaussian Splatting.
- Aujourd’hui, les entreprises des secteurs de l’audiovisuel et des jeux vidéo se bousculent pour tester et développer leurs solutions basées sur cette technologie innovante.
Il y a 140 ans, la statue de la Liberté était inaugurée à New York. Et pour célébrer cet anniversaire, se tiendra dès septembre 2026 au musée des Arts et Métiers à Paris, l’exposition Lady Liberté. Le public plongera dans les coulisses de la construction de ce corps gigantesque pensé puis fabriqué en France. Mêlant décors physiques et animations en trois dimensions, l’exposition propose une expérience immersive proche de la réalité virtuelle, mais sans casque. Elle illustre ainsi les avancées technologiques du secteur de la modélisation 3D fortement renouvelé notamment par l’essor du 3D Gaussian Splatting, une famille de méthodes permettant des rendus très réalistes.
La reconstitution 3D au service de la médiation culturelle
Offerte par le peuple français pour le centième anniversaire de l’indépendance des États-Unis (mais livrée avec 10 ans de retard !) et élaborée par le sculpteur Auguste Bartholdi en collaboration avec l’ingénieur Gustave Eiffel à Paris, la statue de la Liberté est le résultat de prouesses techniques. Composée d’une enveloppe en cuivre reposant sur une structure métallique interne, elle mesure environ 46 mètres. Comment un monument si colossal mais aux proportions physiques justes a‑t-il été élaboré ?
Les visiteurs de l’exposition Lady Liberté seront invités à déambuler dans une série de salles successives dans lesquelles ils observeront les étapes de construction de la statue, de l’élaboration des plans à la préparation du bateau qui part direction New York chargé des différentes pièces de l’ouvrage. Tout au long du parcours, le public reconnaîtra certains objets emblématiques, comme la main tenant le flambeau, reconstitués en 3D.
Et l’exposition pousse l’immersion encore plus loin : « Dans une des salles, le décor réel de l’atelier de Bartholdi se mélange à un décor projeté : le sculpteur apparait et s’adresse aux visiteurs depuis une mezzanine via une projection 3D basée sur un dispositif mêlant deux écrans », explique Hubert Naudeix, fondateur de la société Aristeas, en charge des reconstitutions et animations 3D de l’exposition. Pour créer cette scénette, un comédien a été filmé en costume, puis, le visage d’Auguste Bartholdi à partir de photographies a été intégré à la vidéo grâce à l’utilisation de techniques d’intelligence artificielle.
« C’est comme une expérience de réalité virtuelle sauf que vous n’avez pas de casque, vous êtes en partie dans des décors réels. La vidéo, les éclairages et les sons doivent être parfaitement synchrones », poursuit-il. Plus loin, le visiteur se retrouvera « comme à l’intérieur de la statue : il verra toutes les plaques métalliques se mettre en place, s’assembler… », ajoute Hubert Naudeix.
Des techniques traditionnelles efficaces mais avec des limites
L’exposition Lady Liberté mêle ainsi diverses techniques de modélisation 3D. Par exemple, pour la reconstitution d’objets en 3D, deux techniques principales ont été employées : la photogrammétrie et le scan laser. La photogrammétrie exploite une série de photographies prises sous différents points de vue. Des points caractéristiques sont retrouvés d’une image à l’autre, ce qui permet d’estimer la position des caméras et de reconstruire un nuage de points, puis éventuellement un maillage texturé.

Le principe géométrique sous-jacent est celui de la triangulation. Le scan laser repose quant à lui sur l’utilisation d’un LiDAR (Light Detection and Ranging, ou détection et télémétrie par la lumière), qui mesure la distance entre le capteur et les surfaces visibles en analysant le retour d’un signal laser. Il produit ainsi un nuage de points représentant les surfaces visibles de l’objet ou de la scène.
Aujourd’hui, ces techniques peuvent être associées à des outils d’intelligence artificielle qui optimisent et accélèrent le processus de reconstitution 3D. Néanmoins, la photogrammétrie et le scan laser présentent certaines limites. Par exemple, « la photogrammétrie reconstruit une géométrie à partir de correspondances entre images. Elle peut produire des modèles très fidèles, mais le résultat dépend de la qualité des prises de vue, de la texture des surfaces et de la capacité à retrouver les mêmes détails dans plusieurs images », explique Marius Preda, maître de conférences à Télécom SudParis.
De plus, « les surfaces translucides, brillantes ou très réfléchissantes compliquent la reconstruction, car leur apparence varie selon l’angle de vue et l’éclairage, et les points caractéristiques y sont plus difficiles à retrouver de manière stable », poursuit-il. La technique laser est quant à elle « souvent plus précise géométriquement, mais l’acquisition peut être longue et reste surtout adaptée aux objets ou scènes statiques ; les mouvements pendant la capture compliquent fortement la reconstruction », ajoute le chercheur.
Une technologie révolutionnaire en expérimentation
Une nouvelle approche permet aujourd’hui d’améliorer fortement le rendu visuel des scènes 3D : le 3D Gaussian Splatting. « Une réelle révolution est en marche ! », s’enthousiasme Hubert Naudeix qui a hâte de pouvoir utiliser cette solution qui est pour l’instant en phase d’expérimentation. Combinant des méthodes de pointe en infographie et des techniques d’apprentissage automatique, la méthode du 3D Gaussian Splatting permet d’atteindre « une qualité visuelle optimale avec une grande finesse de détails », explique le fondateur d’Aristeas.
Un réalisme visuel qui dépasse les standards habituels de la 3D grand public. Comment ? En utilisant une représentation différente de la scène. Alors qu’avec la photogrammétrie, l’on produit souvent un maillage de triangles auquel on applique une texture, le 3D Gaussian Splatting représente la scène par un ensemble de petites « tâches » appelées « primitives gaussiennes » 3D. Chacune est décrite notamment par sa position, sa taille, son orientation, son opacité et sa couleur. Il ne supprime donc pas toute géométrie : il remplace surtout le maillage triangulaire par une représentation du volume optimisée pour le rendu.

« C’est exactement le même principe que les pixels sur une image : vous ne voyez pas les pixels quand vous la regardez mais si vous zoomez, vous les voyez les uns à côté des autres », explique Hubert Naudeix. « L’objet patrimonial est ainsi reconstitué visuellement, et de manière très fidèle à la réalité, notamment au niveau des propriétés de couleurs et des textures », ajoute Marius Preda. Si les principes du splatting et des « primitives gaussiennes » existent depuis longtemps en infographie, le 3D Gaussian Splatting connaît un regain d’intérêt grâce au travail de l’équipe de recherche GraphDeco de l’Inria1 qui, en 2023, a proposé une méthode qui permet un rendu en temps réel.
Aujourd’hui, les entreprises des secteurs de l’audiovisuel et des jeux vidéo se bousculent pour tester et développer leurs solutions basées sur cette technologie innovante. Et dans une optique de démocratisation de l’accès aux technologies 3D avancées, à Télécom SudParis2, Marius Preda et son équipe expérimentent ces approches dans la continuité de la plateforme « Métavers des musées », afin d’améliorer la qualité visuelle des modèles 3D patrimoniaux et de rendre ces technologies plus accessibles aux musées partenaires.
À travers le projet « ICON », lancé cette année en continuité de celui du « métavers des musées » et prévu pour 3 ans, le chercheur vise à « accélérer la création de contenus fondés sur le Gaussian Splatting, en lien avec les besoins de scénographie ». Cette toute nouvelle approche pourrait ainsi répondre au défi majeur des musées qu’est celui de préserver l’authenticité de l’expérience culturelle dans un environnement virtuel.
Olympe Delmas

Polytechnique Insights est partenaire média de l’exposition « Lady Liberty » au Musée des Arts et Métiers, qui propose une expérience immersive au cœur de l’histoire et de la construction de la statue de la Liberté.

