Une crise financière peut-elle avoir lieu prochainement aux États-Unis ?
- La forte valorisation des actions américaines et le niveau très élevé du déficit public sont des conséquences de la politique de l’Administration Trump.
- Les dernières projections du Congresssional Budget Office (CIO) montrent que le taux d'endettement public sera de 101 % du PIB en 2026 et augmentera jusqu'à 120 % du PIB en 2036, puis jusqu'à 170 % du PIB en 2056.
- La dépréciation du dollar peut engendrer une baisse d’attractivité des États-Unis pour les investisseurs étrangers.
- Par le passé, l’augmentation rapide des indices boursiers, comme c’est le cas pour le PER et CAPE de Shiller, ont conduit à des périodes de reflux importantes.
- Enfin, l’éclatement de la bulle de l’IA est possible.
Les intervenants des marchés financiers ne croient pas aujourd’hui au déclenchement d’une crise financière majeure aux États-Unis. En effet, le taux d’intérêt à long terme (à 10 ans sur la dette publique) est voisin de 4 %, alors que la croissance nominale dans la période récente est supérieure à 6 % ; l’euro vaut 1,18 dollar, ce qui ne montre pas une sous-évaluation visible du dollar ; l’indice S&P 500 n’a pas varié depuis le début de l’année, mais a progressé de 12 % sur un an. L’anticipation d’une crise financière impliquerait une forte hausse des taux d’intérêt à long terme, un recul violent du dollar et un reflux des indices boursiers aux États-Unis. Pourtant, on peut s’inquiéter des effets de la politique menée par l’administration Trump, de la forte valorisation des actions, du niveau très élevé du déficit public et donc on peut craindre qu’une crise financière se déclenche dans le pays.
Politiques économiques dangereuses
L’Administration Trump mène des politiques dangereuses pour la stabilité financière. Il s’agit d’abord d’une tentative de prise de contrôle de la Réserve fédérale, avec la nomination de Kevin Warsh comme futur président, assortie de procédures judiciaires contre Lisa Cook, membre du conseil des gouverneurs de la FED, et de l’actuel président Jérôme Powell. On sait que Donald Trump souhaite une forte baisse des taux d’intérêt à court terme (il a parlé d’un objectif de taux d’intérêt de 1 % contre 3,5 % aujourd’hui), d’où le risque de perte de crédibilité de la Réserve fédérale. Il s’agit ensuite du recul des budgets des Agences fédérales de recherche et des universités et du rejet de l’immigration. Le nombre d’immigrés ayant un emploi a baissé de 1 million depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Les décisions de l’administration Trump peuvent conduire à un recul de la demande de titres du trésor des États-Unis et à une dépréciation du dollar, en raison de la perte de crédibilité de la Réserve fédérale et de la moindre attractivité des États-Unis pour les investisseurs étrangers.
Valorisation très forte des actions américaines
Le marché des actions américaines est très cher, comme le montre le PER (ratio de l’indice boursier au bénéfice par action) de 28 pour le S&P 500, comme le montre aussi le CAPE de Shiller (le CAPE est le ratio de la capitalisation boursière aux bénéfices lissés sur 10 ans et ajustés de l’inflation) qui est de 41, très proche de son pic de 2000 (44) et supérieur à son niveau de 1929 avant le déclenchement de la Grande récession (32).
Cette valorisation très élevée de marché des actions américaines est due à l’utilisation massive du marging credit (crédit avec appel de marges pour acheter des actions), dont l’encours a progressé de 600 milliards de dollars au début de 2023 à 1240 milliards de dollars en janvier 2026.

L’histoire montre que des valorisations très élevées des actions sont suivies de périodes de recul des indices boursiers ; de plus le financement par le crédit des achats d’actions accroît le risque d’instabilité financière puisque si le marché recule. Les ménages devront vendre à perte une partie de leur portefeuille d’actions pour faire face aux appels de marge.
Déficit public extrêmement élevé
Les dernières projections du Congresssional Budget Office (CIO) montrent que le déficit fédéral sera de 5,8 % du PIB en 2026 (le même chiffre qu’en 2025) et progressera à 6,7 % du PIB en 2036 ; le taux d’endettement public est de 101 % du PIB en 2026 et augmentera jusqu’à 120 % du PIB en 2036 et jusqu’à 170 % du PIB en 2056. Cette dérive des finances publiques vient des baisses d’impôts prévues dans le « One Big Beautiful Bill Act ». Elle sera plus importante encore si les dépenses militaires augmentent effectivement de 1000 à 1500 milliards de dollars en 2027, ce qu’a annoncé Donald Trump, et si une partie des hausses de droits de douane invalidée par la Cour Suprême n’est pas rétablie (la hausse des droits de douane implique un supplément de recettes fiscales de 250 milliards de dollars en année pleine). Le risque est que les États-Unis soient confrontés à la fois à un déficit public très élevé, à la concurrence des titres publics japonais avec la hausse des taux d’intérêt à long terme au Japon, à la réduction des achats de titres du trésor des États-Unis par les Européens, avec la hausse des investissements et des dépenses militaires en Europe, qui vont y amoindrir l’excédent de la balance courante.
Un risque qu’il ne faut pas ignorer de crise financière aux États-Unis
On pourrait donc observer aux États-Unis une hausse des taux d’intérêt à long terme, avec la hausse du taux d’endettement public, la perte de crédibilité de la Réserve fédérale et le recul des achats de titres du trésor par les non-résidents ; une forte dépréciation du dollar, les États-Unis devenant moins attractifs pour les capitaux étrangers, qu’ils soient investis en obligations du trésor ou en actions ; un recul important de la valorisation des actions américaines, en raison de cette valorisation très élevée et de la hausse des taux d’intérêt à long terme.
Le fait que les entreprises technologiques américaines ont décidé d’investir des sommes énormes dans l’Intelligence artificielle (600 milliards de dollars d’investissement en 2026 pour Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle) peut aussi contribuer à une crise boursière, si les profits générés par ces investissements sont inférieurs aux anticipations et à une crise sur le marché de la dette privée puisque la moitié environ de ces investissements sont financés sur ce marché, avec des conditions de plus en plus laxistes (covenants « light », levier d’endettement élevé).
Le consensus selon lequel les taux d’intérêt à long terme resteront bas, le dollar raisonnablement fort, le marché boursier en hausse et le marché de la dette privée en bonne santé aux États-Unis est donc plutôt douteux.

