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Mass testing for Covid-19 / SARS-CoV‑2 infection concept : Several rapid antigen test kits. One kit in the middle showing a positive result (two lines visible)
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Covid, grossesse, crise cardiaque… vers une amélioration des tests

Fanny Mousseau
Fanny Mousseau
chercheuse postdoctorante au LOB* à l'École polytechnique (IP Paris)
En bref
  • Les tests à flux latéral (LFA) sont plus rapides, moins chers et moins nécessiteux que les tests en laboratoire.
  • Le test LFA ne propose qu’une réponse qualitative, là où il serait utile de déterminer une réponse également quantitative.
  • Utiliser des nanoparticules luminescentes dans les tests LFA permettrait d’améliorer de 40 à 50 fois leur sensibilité, tout en réduisant leur coût.
  • Cette méthode est développée dans le but de faciliter l’accès aux analyses, à n’importe quel endroit et à n’importe quel moment.
  • Un petit appareil a été développé afin d’illuminer les nanoparticules et ainsi faciliter la lecture du résultat obtenu.

Depuis la pan­dé­mie du Covid-19, nous sommes tous deve­nus fami­liers avec les tests à flux laté­ral (LFA) — aus­si appe­lés tests anti­gé­niques en lan­gage cou­rant. Ce type de test peut, en prin­cipe, détec­ter la pré­sence de n’importe quel anti­gène pro­téique dans les fluides du corps (urine, sang, salive,…) — pas seule­ment le SARS-CoV‑2. Leur avan­tage par rap­port aux tests clas­siques réa­li­sés en labo­ra­toire d’analyse médi­cale (de type ELISA par exemple) réside dans le fait qu’ils sont rapides (15 min au lieu de plu­sieurs heures), peu coû­teux et que leur réa­li­sa­tion ne néces­site pas les équi­pe­ments lourds des laboratoires. 

Ils sont donc utiles pour détec­ter de nom­breuses mala­dies, mais aus­si des chan­ge­ments dans le corps comme une gros­sesse, ou bien la pré­sence d’une pro­téine dans sa nour­ri­ture qui cau­se­rait une intoxi­ca­tion ali­men­taire. Seule­ment, contrai­re­ment aux tests ELISA, l’une des limi­ta­tions des tests LFA est qu’ils donnent seule­ment une réponse qua­li­ta­tive. Pour un test de gros­sesse, par exemple, les résul­tats se limitent encore à du « oui/non » — soit vous êtes enceinte, soit vous ne l’êtes pas. Or, il existe de nom­breux cas où il serait utile de déter­mi­ner la quan­ti­té de la pro­téine recher­chée. Par exemple : « oui » vous êtes enceinte, mais depuis com­bien de semaines ? Ou bien, « oui » vous avez le Covid, mais avec quelle charge virale ?

Notre méthode peut être consi­dé­rée comme 40 à 50x plus sen­sible que la traditionnelle.

Autre limi­ta­tion du test LFA : ils sont peu sen­sibles. Déve­lop­per des tests LFA quan­ti­ta­tifs et sen­sibles explo­se­rait les fron­tières des pos­si­bi­li­tés d’utilisation de ces tests. Ils pour­raient aller jusqu’à indi­quer la période depuis laquelle la gros­sesse s’est enclen­chée. Cette sen­si­bi­li­té et cette pré­ci­sion per­met­traient aus­si à ce test de, par exemple, détec­ter la quan­ti­té de pro­téine cTnI natu­rel­le­ment sécré­tée avant un arrêt car­diaque. Cou­plé avec sa nou­velle acces­si­bi­li­té, il pour­rait être effec­tué direc­te­ment dans l’ambulance, faci­li­tant la prise en charge du patient. 

120x moins d’anticorps, 40x plus sensible

Fan­ny Mous­seau, cher­cheuse au Labo­ra­toire d’Optique et Bios­ciences à l’Institut Poly­tech­nique de Paris, tra­vaille sur le déve­lop­pe­ment de tests LFA basés sur une nou­velle tech­no­lo­gie. Les tests LFA reposent sur l’utilisation d’anticorps de détec­tion qui s’accrochent aux pro­téines ciblées. « L’anticorps (~10 nm) doit être, dans ce type de tests, cou­plé à quelque chose de per­cep­tible à l’œil nu, pré­cise la cher­cheuse, quelque chose de plus gros et de colo­ré, d’où l’utilisation des nano­par­ti­cules d’or (~50 à 100 nm) dans les tests com­mer­ciaux. La pre­mière étape de notre tra­vail était donc de trou­ver un sub­sti­tut ayant un signal optique plus intense et quan­ti­fiable. »

La nou­veau­té : chan­ger les nano­par­ti­cules d’or par des nano­par­ti­cules lumi­nes­centes. « En uti­li­sant des nano­par­ti­cules lumi­nes­centes, nous avons réus­si à amé­lio­rer la sen­si­bi­li­té du test, et l’avons ren­du quan­ti­ta­tif et plus robuste.» Et après quelques recherches per­met­tant d’optimiser l’utilisation de ces nano­par­ti­cules, l’équipe du Labo­ra­toire par­vient à en uti­li­ser 4x moins que les nano­par­ti­cules d’or, ce qui revient à uti­li­ser 120x moins d’anticorps de détec­tion et donc à réduire consi­dé­ra­ble­ment le coût d’un test. « En ana­ly­sant à l’œil nu les LFA réa­li­sés avec nos nano­par­ti­cules, la concen­tra­tion de pro­téine la plus basse détec­table est 5x à 10x plus faible, indique la cher­cheuse. En uti­li­sant notre méthode d’analyse optique, faite à l’aide de l’application que nous avons déve­lop­pée dans ce but, nous pou­vons détec­ter des concen­tra­tions encore 2 à 4x plus faibles. Avec les deux com­bi­nés, notre méthode peut être consi­dé­rée comme 40 à 50x plus sen­sible que la tra­di­tion­nelle. »

En plus de ce gain en sen­si­bi­li­té, uti­li­ser des nano­par­ti­cules lumi­nes­centes per­met à ce test de deve­nir quan­ti­ta­tif, au lieu d’être qua­li­ta­tif comme celui avec des nano­par­ti­cules d’or. « Un test est consi­dé­ré comme pré­cis si après trois répé­ti­tions, nous obte­nons trois fois la même mesure, pré­cise Fan­ny Mous­seau. Cepen­dant, en déter­mi­nant avec pré­ci­sion la quan­ti­té de pro­téines ciblées pré­sentes dans le corps, nous pou­vons par exemple déter­mi­ner le stade d’une mala­die et suivre son évo­lu­tion. »

Deux tests en un, le multiplexage 

L’équipe du Labo­ra­toire tra­vaille éga­le­ment sur le poten­tiel que cette méthode a sur le mul­ti­plexage — pos­si­bi­li­té de détec­ter plu­sieurs pro­téines en un seul test, et donc en une seule mani­pu­la­tion. « Dans le cas de cer­taines patho­lo­gies, ce n’est pas l’évolution d’une seule pro­téine qui est inté­res­sante, mais celle de plu­sieurs, pré­cise la cher­cheuse. Par exemple, l’endocan est un bio­mar­queur de l’inflammation. Cette pro­téine existe sous deux formes, “natives” et “cli­vées”, et connaître les quan­ti­tés res­pec­tives de ces deux formes peut per­mettre de mieux défi­nir le trai­te­ment de cer­taines patho­lo­gies pul­mo­naires. Pour conclure sur le trai­te­ment le plus adap­té au patient en fonc­tion de ses autres comor­bi­di­tés, il est néces­saire d’observer la quan­ti­té d’endocan “natif”, et celle d’endocan “trans­for­més”. »

Nous arri­vons, avec une pré­ci­sion de 30 %, à déter­mi­ner la pré­sence de trois pro­téines dif­fé­rentes en un test multiplexé.

Déve­lop­per ce poten­tiel reste en cours : à l’heure actuelle l’équipe de cher­cheurs ne consi­dère pas cette méthode comme assez fiable concer­nant le mul­ti­plexage. Les rai­sons de ce manque de fia­bi­li­té sont pour autant connues, et sont dues au phé­no­mène de réac­ti­vi­té croi­sée. « Pour la détec­tion de deux pro­téines, il fau­dra deux sys­tèmes de détec­tion dis­tincts [un pour l’anticorps, un autre pour les nano­par­ti­cules], ce qui donne la pos­si­bi­li­té d’une réac­ti­vi­té dite croi­sée entre les dif­fé­rents sys­tèmes».

« Les tests mul­ti­plexés res­tent donc, jusqu’à pré­sent, encore qua­li­ta­tifs. Cette année, j’ai déve­lop­pé une courbe de cali­bra­tion inno­vante, qui prend en compte cette réac­ti­vi­té croi­sée, pour essayer de lire avec plus de pré­ci­sion les résul­tats d’un mul­ti­plexage. Résul­tat, nous arri­vons, avec une pré­ci­sion de 30 %, à déter­mi­ner la pré­sence de trois pro­téines dif­fé­rentes en un test mul­ti­plexé. C’est un début pro­met­teur », estime-t-elle. La cher­cheuse rap­pelle, avec opti­misme, que les essais cli­niques débu­te­ront bientôt. 

Une analyse quasi-automatisée

La tech­nique amé­lio­rant la sen­si­bi­li­té des ban­de­lettes d’un test LFA étant iden­ti­fiée, les cher­cheurs n’avaient plus qu’à déve­lop­per une méthode d’analyse pour ces tests. « L’application prin­ci­pale de notre recherche consis­tait à rem­pla­cer la prise de sang, indique Fan­ny Mous­seau. Avec notre méthode, les résul­tats sont plus rapides, tout en étant aus­si pré­cis. Cette méthode a été, jus­te­ment, déve­lop­pée dans une optique de faci­li­ter ces ana­lyses dans les endroits où leur accès reste limi­té [en zone de guerre, dans les pays en déve­lop­pe­ment…], ou, quand leur besoin est urgent [dans une ambu­lance en cas de crise car­diaque, par exemple.] »

Outil per­met­tant l’illumination des tests LFA avec un rayon­ne­ment ultra­vio­let pour exci­ter les nano­par­ti­cules, avec le télé­phone por­table (posé des­sus) mon­trant l’interface de l’application en ques­tion. — Fan­ny Mousseau

En consé­quence, la conti­nui­té de la recherche deman­dait la mise en place d’un outil per­met­tant d’illuminer les nano­par­ti­cules pour qu’elles faci­litent la lec­ture du résul­tat obte­nu. « Les méthodes d’analyse deman­daient l’utilisation d’appareils énormes, ce qui était contra­dic­toire avec l’avantage por­ta­tif de ce type de test, pré­cise la cher­cheuse. Au Labo­ra­toire, nous avons inven­té un petit appa­reil capable d’effectuer le test. » Ce petit appa­reil, plus épais sans être plus grand qu’un télé­phone por­table (~10 cm x 5 cm x 5 cm), est accom­pa­gné d’une appli­ca­tion avec laquelle l’utilisateur pho­to­gra­phie le test. 

« Nous y avons inté­gré le pro­gramme d’analyse. L’utilisateur n’a qu’à prendre la pho­to et appuyer sur la bande contrôle de la ban­de­lette LFA (bande qui per­met de véri­fier que le test a fonc­tion­né). L’algorithme, connais­sant la dis­tance exacte entre la bande contrôle et la bande test (bande sur laquelle on détecte notre pro­téine d’intérêt) ana­ly­se­ra, pixel par pixel, l’intensité de cou­leur de la bande test.»

Le résul­tat s’affiche ensuite, indi­quant sim­ple­ment la quan­ti­té de pro­téine cible pré­sente dans le test. « À long terme, le but est de sim­pli­fier au maxi­mum le pro­cé­dé afin que tout le monde puisse y avoir accès »conclut-elle.

Pablo Andres

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