Le cadmium dans les produits alimentaires : le vrai, le faux et l’incertain
- Le cadmium est un métal lourd potentiellement toxique, qui imprégnerait la quasi-totalité de la population.
- Bien qu’il ait toujours été présent dans l’environnement, les teneurs mesurées dans nos corps se seraient envolées ces dernières décennies.
- Dans sa troisième étude de l’alimentation totale (EAT 3) publiée en janvier 2026, l’Anses montre que le cadmium est détecté dans 89 % des échantillons alimentaires.
- Si on sait que les engrais phosphatés contiennent du cadmium, il n’a cependant pas encore été démontré que la hausse de l’imprégnation de la population était due à l’augmentation de l’utilisation de ces fertilisants.
- Au-delà d’une certaine concentration, le cadmium devient toxique et provoque différents troubles ou maladies comme le cancer du poumon.
Il y en a partout : dans les pâtes, les légumes, le chocolat, les céréales… Le cadmium, un métal lourd potentiellement toxique, imprégnerait la quasi-totalité de la population. Bien qu’il ait toujours été présent dans l’environnement, les teneurs mesurées dans nos corps se seraient envolées ces dernières décennies, une évolution qui inquiète les scientifiques. En effet, au-delà d’une certaine concentration, ses effets sur l’organisme seraient néfastes et il est d’ores et déjà reconnu coupable de plusieurs affections plus ou moins graves.
#1 Le cadmium est présent dans tous les aliments que l’on consomme et il est impossible d’éviter l’exposition
VRAI
Sébastien Denys. Le cadmium est naturellement présent dans les sols, notamment dans les terrains agricoles, puisque c’est un élément qui se trouve dans la croûte terrestre qui, en se dégradant, forme la terre. Au-delà de cet apport naturel, il y a aussi une contribution anthropique. Le cadmium est, en effet, présent dans beaucoup d’émissions industrielles mais aussi dans les engrais phosphatés qui sont très utilisés. Les aliments en contact avec les sols vont ensuite absorber le cadmium par les racines et le transférer vers les parties supérieures que l’on consomme.
Géraldine Carne. Dans sa troisième étude de l’alimentation totale (EAT 3) publiée en janvier 2026, l’Anses montre que le cadmium est détecté dans 89 % des échantillons alimentaires. On en trouve dans les produits céréaliers, le pain, les biscuits, les pâtisseries ou les pâtes. Il y en a aussi dans les pommes de terre, les légumes, le chocolat, les produits de la mer et les abats.
FAUX
GC. Si on met en relation les niveaux de contamination au cadmium et la fréquence de consommation de chaque aliment, on identifie certains d’entre eux comme des contributeurs majeurs en ce qui concerne l’exposition globale de la population. Les denrées dans lesquelles on retrouve les plus hautes concentrations en cadmium ne sont pas forcément celles qui nous intoxiquent le plus. C’est par exemple le cas du chocolat, des produits de la mer ou des abats qui ne représentent, à l’échelle de la population française, qu’une faible part du régime alimentaire. En revanche, les aliments de base que sont les céréales, le pain, les pâtes, les biscuits, les viennoiseries, les pommes de terre ou certains légumes (comme les tubercules) ne sont pas les plus contaminés mais ce sont eux qui contribuent le plus à l’exposition au cadmium puisqu’ils sont consommés quotidiennement.
INCERTAIN
GC. Ce qu’il est important de noter, c’est que le cadmium a une demi-vie d’élimination biologique très longue, comprise entre 10 et 30 ans. Cela signifie qu’il faut des dizaines d’années pour qu’il disparaisse de l’environnement ou du corps humain. La première chose à faire pour limiter l’exposition est donc d’agir à la source en évitant tout apport, même infime, particulièrement dans les sols sur lesquels sont produites les denrées les plus contributrices à la contamination de la population. Même un tout petit ajout dans la terre participe à sa bioaccumulation et entretient le cycle de contamination environnementale.
Yann Le Bodo. L’Anses préconise d’avoir recours à des sources d’approvisionnement en matière phosphatée dans lesquelles la teneur en cadmium est peu élevée. En effet, ce dernier est naturellement présent dans les roches à partir desquelles sont produits les engrais et comme il n’est pas éliminé au cours du processus de fabrication, il se retrouve dans le produit fini qui est épandu. Sa présence n’est évidemment pas recherchée car il n’apporte rien aux plantes. Actuellement, la France s’approvisionne principalement en Afrique du Nord où les gisements de roches phosphatées peuvent avoir des teneurs élevées en cadmium.
Lorsque l’approvisionnement en roches à moindre tenant en cadmium n’est pas possible, une deuxième voie consiste à recourir à des procédés de décadmiation qui permettent d’éliminer une partie de ce métal au cours de la fabrication des engrais à un coût raisonnable.
Enfin, lorsque c’est possible, l’Anses recommande de remobiliser le phosphore déjà présent dans le sol en réincorporant par exemple les résidus de culture dans le champ.
Thibault Sterckeman. Pour éviter que le cadmium ne soit absorbé par les plantes, on peut jouer sur l’acidité du sol. On parvient à réguler le pH en mettant de la chaux ou en ajustant la quantité de humus dont on recouvre les champs. Cependant, les cultures sont déjà bien optimisées à ce niveau-là, il sera difficile de réduire davantage le transfert du cadmium depuis le sol vers les plantes cultivées.
Il est également possible de sélectionner et de cultiver certains légumes qui accumulent moins de cadmium mais cela demande un travail d’amélioration végétale long et coûteux. Pour aboutir à une nouvelle variété, il faut une dizaine d’années.
#2 La teneur en cadmium augmente dans les sols et nous sommes de plus en plus contaminés
VRAI
SD. Santé publique France a montré qu’entre 2006 et 2016, l’imprégnation de la population a quasiment été multipliée par deux. C’est une alerte qu’on va continuer à surveiller lors de notre prochaine étude (nommée Albane) dont les résultats seront disponibles l’année prochaine. Alors que nous mesurons les taux de cadmium contenus dans les urines des personnes testées, l’Anses relève dans ses EAT la concentration du métal lourd directement dans les aliments. Malgré une méthode complètement différente, les scientifiques de l’Anses constatent également une évolution à la hausse. Ces résultats montrent qu’il faut agir rapidement pour comprendre l’origine de cette augmentation.
FAUX
TS. Malgré une sur-imprégnation de la population française, les teneurs en cadmium restent en général en-dessous des seuils réglementaires dans les sols. La concentration naturelle en cadmium dans la croûte continentale supérieure est de 0,1 mg/kg. C’est très peu, ça fait partie des ultra-traces. Dans les roches sédimentaires à partir desquelles sont développés les sols, elle s’élève environ à 0,2 mg/kg. Enfin, dans la terre française qu’on laboure et dans laquelle on plante les végétaux, elle est en moyenne à 0,3 mg/kg. Cette augmentation découle de la contamination atmosphérique, des apports agricoles mais aussi d’un enrichissement naturel. Il n’est en effet pas exclu que la forêt qui a couvert nos sols pendant des millénaires ait servi de pompe et ait fait remonter le cadmium des profondeurs vers la surface. Tout ça pour dire que les teneurs actuelles dans nos champs ne sont pas aberrantes.
INCERTAIN
TS. On n’explique pas pourquoi l’imprégnation de la population s’est envolée en une dizaine d’années, entre 2006 et 2016 alors que la concentration en cadmium dans les sols est, elle, restée relativement stable. Même s’il existe une contamination récente due aux engrais, les êtres humains ont toujours été exposés à des quantités qui sont dans l’ordre de grandeur de ce qu’on a aujourd’hui. Il est donc surprenant que cet élément se révèle soudainement si toxique. Ces résultats méritent des confirmations et des explications sur les mécanismes sous-jacents.
SD. On sait que les engrais phosphatés contiennent du cadmium. Cependant, nous n’avons pas encore démontré que la hausse de l’imprégnation de la population était due à l’augmentation de l’utilisation de ces fertilisants. Entre les deux études réalisées par Santé publique France entre 2006 et 2016, il est également possible qu’il y ait eu des biais analytiques puisque les méthodes ont évolué en 10 ans.
#3 Le cadmium est forcément toxique pour le corps humain
VRAI
SD. Le cadmium est un cancérogène certain selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), notamment pour le poumon. Il a également des effets néfastes sur le système respiratoire, les reins et les os. Parce qu’il s’accumule dans l’organisme, le cadmium peut provoquer des effets longtemps après l’exposition initiale, même à faibles doses.
FAUX
SD. Le cadmium est naturellement présent dans l’environnement. Nous y sommes donc forcément exposés et ce depuis toujours. C’est la même chose pour tous les éléments-traces métalliques, comme l’arsenic par exemple. La toxicité dépend juste de la concentration dudit métal dans la nature. Certains secteurs présentent des quantités de cadmium plus élevées que d’autres. C’est notamment le cas des anciennes zones minières ou industrielles. Mais quelle que soit la région que l’on habite, on y sera soumis.
INCERTAIN
SD. Certaines études établissent un lien entre l’exposition au cadmium et le cancer du pancréas mais à ce jour, son effet n’est pas avéré. De nombreux programmes de recherche testent cette hypothèse mais cette maladie pouvant être causée par plusieurs facteurs étiologiques, il est difficile d’isoler l’impact de l’exposition au cadmium et d’affirmer qu’elle en est responsable. C’est une piste sérieuse mais elle nécessite d’être confirmée.

