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La santé des femmes investie par la médecine  

Un échographe portable pour la détection précoce du cancer du sein

avec Canan Dagdeviren, professeure associée au MIT Media Lab
Le 30 janvier 2024 |
4 min. de lecture
Canan Dagdeviren
Canan Dagdeviren
professeure associée au MIT Media Lab
En bref
  • Un échographe portable sous forme d’un patch ultrasonore fixé au soutien-gorge a été mis au point par une équipe de chercheurs du MIT.
  • Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme, un dépistage tardif augmente considérablement le taux de mortalité.
  • Ce dispositif innovant permettrait de dépister précocement, de suivre l’évolution et les effets du traitement du cancer du sein.
  • En se basant sur la même technologie que les échographes utilisés dans les structures hospitalières, il est possible d’obtenir des images de résolution équivalente à ces derniers.
  • Le patch devra encore prouver, lors des essais cliniques, qu’il est pratique, doux et léger ; le tout sans compromettre la qualité de l’image.

Des cher­cheurs du Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy (MIT) ont mis au point un patch impri­mé en 3D, qui peut être fixé à un sou­tien-gorge à l’aide d’ai­mants. Ce dis­po­si­tif inno­vant se base sur la même tech­no­lo­gie que les écho­graphes conven­tion­nels, actuel­le­ment uti­li­sés dans les hôpi­taux. Seule­ment, il est com­po­sé d’un nou­veau maté­riau pié­zo­élec­trique, qui rend le dis­po­si­tif beau­coup plus com­pact et por­table. Ces maté­riaux sont lar­ge­ment uti­li­sés comme trans­duc­teurs et cap­teurs dans les sys­tèmes d’i­ma­ge­rie médi­cale à ultra­sons. En réagis­sant aux contraintes méca­niques externes, puis en sépa­rant les charges élec­triques posi­tives et néga­tives, ils peuvent conver­tir l’éner­gie méca­nique des vibra­tions en éner­gie électrique.

Le can­cer du sein est le can­cer le plus fré­quent chez la femme. S’il est diag­nos­ti­qué à un stade pré­coce, le taux de sur­vie est proche de 100 %. En revanche, s’il est détec­té plus tard, ce taux chute à 25 %. Le dépis­tage pré­coce est donc primordial.

Les inter­stices (aus­si appe­lés matrices) dans la struc­ture en nid d’a­beille du nou­veau patch, lui per­mettent d’en­trer en contact avec la peau. Le dis­po­si­tif s’in­sère dans un petit tra­ceur dépla­çable dans diverses posi­tions, pour obte­nir des images de l’en­semble du sein sous dif­fé­rents angles. Les images pro­duites ont une réso­lu­tion simi­laire à celles des sondes écho­gra­phiques conventionnelles.

Un autre avan­tage du patch est son uti­li­sa­tion, qui ne néces­site aucune exper­tise par­ti­cu­lière. A contra­rio, les scan­ners conven­tion­nels requièrent un per­son­nel hau­te­ment qua­li­fié. L’appareil peut éga­le­ment être uti­li­sé de manière répé­tée et pour­rait ain­si ser­vir de dis­po­si­tif pré­ven­tif, pour des femmes pré­sen­tant un risque éle­vé de can­cer du sein. Aus­si, il pour­rait diag­nos­ti­quer des tumeurs chez les femmes qui n’ont pas accès au dépis­tage conventionnel.

Détecter des éléments d’un diamètre de 0,3 cm seulement

En col­la­bo­ra­tion avec le Centre de recherche cli­nique et trans­la­tion­nelle du MIT, les cher­cheurs, diri­gés par Canan Dag­de­vi­ren, ont tes­té leur appa­reil sur une femme de 71 ans ayant des anté­cé­dents de kystes mam­maires. Ils ont consta­té que leur appa­reil pou­vait détec­ter des kystes d’un dia­mètre de 0,3 cm seule­ment, soit la même taille que des tumeurs à un stade pré­coce. Ils ont éga­le­ment réus­si à ima­ger les tis­sus jus­qu’à une pro­fon­deur de huit cen­ti­mètres, ce qui est à peu près aus­si pro­fond que ce que l’on peut obte­nir avec un écho­graphe conventionnel.

« Dans les tech­no­lo­gies actuelles d’i­ma­ge­rie mam­maire par ultra­sons, bien que l’é­cho­gra­phie por­table (HHUS) et l’é­cho­gra­phie mam­maire auto­ma­ti­sée (ABUS) soient les méthodes pré­fé­rées, il reste des lacunes tech­niques à com­bler pour que l’é­cho­gra­phie devienne une option fiable pour dépis­ter le can­cer du sein », explique Canan Dag­de­vi­ren. « Ces lacunes sont les sui­vantes : l’H­HUS dépend for­te­ment de l’ex­per­tise et de la for­ma­tion des tech­ni­ciens pour scan­ner manuel­le­ment l’en­semble du sein en appli­quant une forte com­pres­sion, ce qui est incon­for­table pour la patiente ; et l’A­BUS peut scan­ner tout le sein en une seule fois, mais le contact avec la peau reste médiocre, en rai­son de l’u­ti­li­sa­tion d’un milieu liquide entre les tis­sus de la peau et les machines sta­tion­naires uti­li­sées à l’hôpital »

Le nou­veau dis­po­si­tif est la pre­mière tech­no­lo­gie à ultra­sons qui comble ces deux lacunes. Elle offre une sur­veillance non-inva­sive, à large champ de vision, en temps réel et en conti­nu, des tis­sus mam­maires cour­bés. Cela pour­rait four­nir aux méde­cins des ima­ge­ries mam­maires fiables, ren­tables et acces­sibles pour dépis­ter pré­co­ce­ment des ano­ma­lies mam­maires. Canan Dag­de­vi­ren ajoute « Notre tra­vail repré­sente un chan­ge­ment fon­da­men­tal dans la manière dont les cli­ni­ciens et les patients peuvent dépis­ter, détec­ter et diag­nos­ti­quer le can­cer du sein, d’au­tant plus que la détec­tion pré­coce est la clé de l’aug­men­ta­tion des taux de sur­vie. »

Comment fonctionne le dispositif ?

Le sou­tien-gor­ge/­patch est com­po­sé d’un tra­ceur qui se déplace sur les seins, selon une tra­jec­toire spé­ci­fique pour per­mettre un champ de vision maxi­mal. En étant connec­tée au sys­tème « Vera­so­nics », la matrice dans le patch peut envoyer des impul­sions à haute fré­quence aux com­po­sants pié­zo­élec­triques du patch et rece­voir un « écho » par l’in­ter­mé­diaire d’autres com­po­sants. « Nous avons par la suite géné­ré des images en com­bi­nant tous les signaux de pulse-écho à l’aide d’un algo­rithme spé­cia­le­ment conçu », explique Canan Dag­de­vi­ren. « Les images du tis­su mam­maire sont enre­gis­trées par le sys­tème et les kystes peuvent ain­si être obser­vés sur un écran. »

Vers une miniaturisation

Plu­sieurs défis res­tent à rele­ver avant que le patch ultra­so­nore por­table ne devienne un pro­duit com­mer­cia­li­sable. D’abord, il fau­dra le minia­tu­ri­ser davan­tage. Il s’a­gi­ra d’in­té­grer des com­po­sants écho­gra­phiques com­plexes, tels que les trans­duc­teurs et l’élec­tro­nique, dans une struc­ture com­pacte et légère, sans com­pro­mettre la qua­li­té de l’i­mage. Un patch por­table doit évi­dem­ment être confor­table pour la per­sonne qui le porte et il reste dif­fi­cile de trou­ver un équi­libre entre la flexi­bi­li­té, la dou­ceur et une adhé­sion adé­quate pour assu­rer un contact cor­rect avec le sein, sans créer un inconfort.

Une détec­tion pré­coce est la clé de l’aug­men­ta­tion des taux de survie.

« Nous devons éga­le­ment créer une inter­face user-friend­ly », pré­cise Canan Dag­de­vi­ren. « Elle doit per­mettre aux pro­fes­sion­nels de la san­té de contrô­ler et d’in­ter­pré­ter les résul­tats de l’ap­pa­reil. Le patch lui-même doit être conçu dans un sou­ci de faci­li­té d’u­ti­li­sa­tion afin de sim­pli­fier son inté­gra­tion dans les pro­to­coles médi­caux. »

Analyses assistées par l’IA

Les cher­cheurs espèrent éga­le­ment déve­lop­per une méthode dans laquelle l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle (IA) peut être uti­li­sée pour ana­ly­ser les chan­ge­ments des images au fil du temps. Cela offri­rait des diag­nos­tics plus pré­cis que la com­pa­rai­son d’images prises à des mois, voire à des années d’intervalle.

Enfin, le dis­po­si­tif devra être vali­dé cli­ni­que­ment, ajoute-t-elle. « Tout dis­po­si­tif médi­cal, y com­pris un tel patch ultra­so­nore por­table, doit faire l’ob­jet d’es­sais cli­niques rigou­reux et d’une vali­da­tion afin de garan­tir sa sécu­ri­té et son effi­ca­ci­té dans des scé­na­rios réels. Cela implique de tra­vailler en étroite col­la­bo­ra­tion avec les pro­fes­sion­nels de la san­té et les patients. »

Le déve­lop­pe­ment d’un sys­tème por­table per­met­tant un auto-dépis­tage quo­ti­dien est éga­le­ment un sujet d’é­tude pour l’équipe. « Un pareil sys­tème sera capable de géné­rer des pro­fils écho­gra­phiques indi­vi­dua­li­sés et de col­lec­ter des don­nées mas­sives (c’est-à-dire des images de tis­sus et des résul­tats ana­ly­sés par l’IA) pour les envoyer aux méde­cins en vue d’é­va­lua­tions rapides et objec­tives. »  Il pour­rait aus­si s’intégrer à un sys­tème de com­mu­ni­ca­tion sans fil, pour sur­veiller au fil du temps l’évolution de tumeurs ou en réponse à des thé­ra­pies médicales.

Isabelle Dumé

Réfé­rence : Science Advances

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