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Afrique : 5 leviers pour équilibrer la valeur des chaînes agroalimentaires

Nadia Lamlili_VF
Nadia Lamlili
chargée de l'innovation sociale à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) Global Hubs France
En bref
  • La valeur économique d’un produit se situe dans les segments post-fermes, moins de 20% de la valeur finale des produits sont versés à l'amont agricole.
  • Cette inégalité de valeur captée s’explique par la localisation des opérations à haute valeur ajoutée qui sont localisées dans les pays du Nord.
  • Les chaînes agroalimentaires s'organisent autour de quatre segments principaux : production agricole primaire, transformation industrielle, logistique et distribution, et les services immatériels.
  • Pour l'Afrique, la construction de la souveraineté alimentaire implique une remontée progressive vers ces segments à forte valeur pour transformer son potentiel agricole en développement économique inclusif et durable.
  • Trois leviers sont nécessaires pour cette transition : l'innovation sociale, l'investissement scientifique et la structuration territoriale.

L’A­frique contri­bue de manière crois­sante à l’ap­pro­vi­sion­ne­ment ali­men­taire mon­dial. Cette évo­lu­tion s’ac­com­pagne tou­te­fois d’un dés­équi­libre struc­tu­rel : le conti­nent reste lar­ge­ment écar­té de la cap­ta­tion de valeur dans les chaînes agroa­li­men­taires inter­na­tio­nales. Les acti­vi­tés à forte valeur ajou­tée – trans­for­ma­tion, logis­tique, dis­tri­bu­tion, recherche et déve­lop­pe­ment, ser­vices finan­ciers – demeurent prin­ci­pa­le­ment concen­trées dans les pays du Nord. Cette confi­gu­ra­tion fait que l’A­frique assure la pro­duc­tion tan­dis que d’autres régions captent l’es­sen­tiel des marges éco­no­miques. Paral­lè­le­ment, un Afri­cain sur cinq demeure en situa­tion de sous-alimentation.

Les chaînes agroa­li­men­taires s’or­ga­nisent en quatre seg­ments prin­ci­paux : pro­duc­tion agri­cole pri­maire, trans­for­ma­tion indus­trielle, logis­tique et dis­tri­bu­tion, et ser­vices imma­té­riels (finance, cer­ti­fi­ca­tions, recherche, pro­prié­té intel­lec­tuelle). Les ana­lyses éco­no­miques montrent que la part de valeur cap­tée par l’a­mont agri­cole reste limi­tée, géné­ra­le­ment infé­rieure à 20% de la valeur finale des pro­duits. La valeur éco­no­mique se concentre dans les seg­ments post-ferme, carac­té­ri­sés par une inten­si­té capi­ta­lis­tique éle­vée, un fort conte­nu tech­no­lo­gique et des bar­rières à l’en­trée significatives.

Cette concen­tra­tion explique la loca­li­sa­tion de ces acti­vi­tés dans les éco­no­mies déve­lop­pées dont les racines se trouvent dans l’or­ga­ni­sa­tion éco­no­mique héri­tée de la période colo­niale. Les struc­tures d’ex­por­ta­tion éta­blies durant cette période ont confi­gu­ré un sys­tème où l’A­frique se concentre sur la pro­duc­tion pri­maire, tan­dis que les opé­ra­tions à haute valeur ajou­tée res­tent loca­li­sées ailleurs. Un enjeu actuel donc pour la région consiste à per­mettre aux ter­ri­toires afri­cains de rete­nir davan­tage de valeur éco­no­mique et de ren­for­cer leur sou­ve­rai­ne­té alimentaire.

Une transition à trois leviers

Pour l’A­frique, la construc­tion de la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire implique une remon­tée pro­gres­sive vers ces seg­ments à forte valeur ajou­tée. Cette tran­si­tion néces­site la com­bi­nai­son de trois leviers : l’in­no­va­tion sociale pour trans­for­mer les rap­ports orga­ni­sa­tion­nels et ren­for­cer les capa­ci­tés col­lec­tives, l’in­ves­tis­se­ment scien­ti­fique pour déve­lop­per des tech­no­lo­gies adap­tées aux contextes locaux, et la struc­tu­ra­tion ter­ri­to­riale pour créer des éco­sys­tèmes favo­rables. Ces chan­ge­ments déter­mi­ne­ront la capa­ci­té du conti­nent à trans­for­mer son poten­tiel agri­cole en déve­lop­pe­ment éco­no­mique inclu­sif et durable.

L’in­no­va­tion sociale repré­sente un levier dans cette pers­pec­tive : elle pro­pose des solu­tions à des pro­blé­ma­tiques que ni les méca­nismes de mar­ché ni les poli­tiques publiques tra­di­tion­nelles ne par­viennent à résoudre seuls : voi­ci cinq axes de trans­for­ma­tion envisageable.

#1 Le renforcement des capacités des acteurs locaux

Dans de nom­breuses zones rurales afri­caines, les pro­duc­teurs se trouvent en situa­tion de dépen­dance vis-à-vis d’in­ter­mé­diaires qui captent une part impor­tante des marges. Cette dépen­dance struc­tu­relle s’explique en grande par­tie par la confi­gu­ra­tion fon­cière : en Afrique sub­sa­ha­rienne, près de 80 % des exploi­ta­tions ont une super­fi­cie infé­rieure à 2 hec­tares1,et cette majo­ri­té d’agriculteurs ne cultive qu’environ 25 % des terres agri­coles. Autre­ment dit, une immense majo­ri­té de petits exploi­tants se par­tage une frac­tion très réduite du fon­cier, tan­dis qu’une mino­ri­té d’exploitations plus grandes contrôle la majo­ri­té des sur­faces culti­vées. Cette frag­men­ta­tion fon­cière rend les petits pro­duc­teurs par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables. Elle limite leur capa­ci­té de négo­cia­tion, leur accès aux mar­chés for­mels et leur struc­tu­ra­tion collective.

Des ins­ti­tu­tions comme le Socio-Eco­no­mic Impact Ins­ti­tute rele­vant de l’U­ni­ver­si­té Moham­med VI Poly­tech­nique au Maroc déve­loppent des pro­grammes qui com­binent diag­nos­tics par­ti­ci­pa­tifs, valo­ri­sa­tion des savoirs locaux, for­ma­tion entre­pre­neu­riale et accom­pa­gne­ment à la struc­tu­ra­tion de coopé­ra­tives. Lorsque les pro­duc­teurs acquièrent ces com­pé­tences, ils peuvent négo­cier plus favo­ra­ble­ment, réduire leur dépen­dance aux inter­mé­diaires et struc­tu­rer leurs acti­vi­tés de manière plus pérenne. Depuis sa créa­tion en 2019 sous l’appellation « Social Inno­va­tion Lab », cet Ins­ti­tut a pu accom­pa­gner  15 filières stra­té­giques pour la sécu­ri­té nutri­tion­nelle2 au Maroc. Ces efforts se tra­duisent par la pro­mo­tion de pra­tiques agri­coles durables, la mon­tée en com­pé­tences tech­niques des agri­cul­teurs et l’amélioration des débou­chés com­mer­ciaux, dans le but d’assurer une sécu­ri­té ali­men­taire renforcée.

#2 Le repositionnement de l’entreprise comme acteur territorial

Cer­taines entre­prises réorientent pro­gres­si­ve­ment leur modèle éco­no­mique vers une approche ter­ri­to­riale. Cette trans­for­ma­tion implique la sécu­ri­sa­tion des res­sources natu­relles (sols, eau, bio­di­ver­si­té) dans un contexte où la dégra­da­tion des éco­sys­tèmes appa­raît désor­mais comme l’un des risques glo­baux les plus sévères d’ici dix ans, selon le Glo­bal Risks Report 20233 du WEF. Dans cette dyna­mique, les diri­geants d’entreprises prennent davan­tage conscience de ces enjeux : d’après le Deloitte CxO Sus­tai­na­bi­li­ty Report 20234, 61 % estiment que le chan­ge­ment cli­ma­tique aura un impact éle­vé ou très éle­vé sur la stra­té­gie et les opé­ra­tions de leur orga­ni­sa­tion dans les trois pro­chaines années, tan­dis que 75 % déclarent avoir accru leurs inves­tis­se­ments en matière de dura­bi­li­té au cours de l’année écoulée.

Grâce à cette prise de conscience, les entre­prises s’engagent de plus en plus dans des par­te­na­riats mul­ti-acteurs ancrés loca­le­ment et orientent leurs inves­tis­se­ments vers l’impact à long terme. Le Fonds Live­li­hoods illustre cette démarche. Finan­cé par 21 mul­ti­na­tio­nales, il sou­tient des pro­jets de res­tau­ra­tion éco­lo­gique géné­ra­teurs de cré­dits car­bone et visant à sta­bi­li­ser dura­ble­ment les filières agri­coles. Au Séné­gal à titre d’exemple5, consta­tant la dégra­da­tion avan­cée des man­groves, plus de 100.000 vil­la­geois ont été mobi­li­sés par le fonds dès 2009 pour recons­ti­tuer ces éco-sys­tèmes essen­tiels aux res­sources halieu­tiques locales : 80 mil­lions de palé­tu­viers ont été replan­tés entre les estuaires de la Casa­mance et du Sine Saloum. En 2019, 10 ans après le lan­ce­ment de ce pro­jet, une étude d’impact social et envi­ron­ne­men­tal a mon­tré que 95 % des habi­tants inter­ro­gés constatent au moins un effet posi­tif sur leur sécu­ri­té ali­men­taire : retour du pois­son, des huîtres et des cre­vettes, accrois­se­ment des rizières… l’écosystème s’est régénéré.

Ce type d’initiative montre qu’une entre­prise, lorsqu’elle s’inscrit dans une dyna­mique ter­ri­to­riale peut contri­buer à res­tau­rer dura­ble­ment les éco­sys­tèmes tout en ren­for­çant les moyens d’existence des com­mu­nau­tés locales. Mais la géné­ra­li­sa­tion de telles approches sup­pose que les futurs diri­geants soient capables d’intégrer ces logiques socio-éco­lo­giques dans leurs modèles éco­no­miques dès leurs études. Or, selon une étude de Acos­ta & al.6, si 85 % des étu­diants en MBA se déclarent for­te­ment inté­res­sés par les enjeux envi­ron­ne­men­taux, ils peinent encore à relier clai­re­ment ces enjeux aux dyna­miques éco­no­miques, révé­lant une com­pré­hen­sion par­tielle des inter­dé­pen­dances entre déve­lop­pe­ment, res­sources natu­relles et compétitivité.

#3 L’intégration d’une vision marché-logistique-recherche

La frag­men­ta­tion de la pro­duc­tion, les défi­ciences infra­struc­tu­relles et l’ex­po­si­tion aux aléas cli­ma­tiques consti­tuent des obs­tacles à la réten­tion de valeur par les ter­ri­toires. Pour y répondre, plu­sieurs approches com­plé­men­taires se déve­loppent et démontrent leur effi­ca­ci­té sur le ter­rain. Cer­taines ini­tia­tives inversent la logique tra­di­tion­nelle en par­tant des exi­gences des mar­chés finaux plu­tôt que de l’offre pro­duc­tive. Le Fonds Badee, accé­lé­ra­teur d’en­tre­prises sociales au Maroc, illustre cette démarche : l’or­ga­ni­sa­tion, née il y a à peine deux ans, iden­ti­fie d’a­bord les stan­dards requis par les mar­chés, puis accom­pagne les start-ups et les  coopé­ra­tives agri­coles maro­caines, jusqu’ici 47.609  entre­prises ont été accom­pa­gnées, soit 63 % du total des coopé­ra­tives au Maro, selon les sta­tis­tiques de l’Office de Déve­lop­pe­ment de la Coopé­ra­tion (ODCO)7, – dans leur mise en confor­mi­té nor­ma­tive, l’é­ta­blis­se­ment de sys­tèmes de tra­ça­bi­li­té et la struc­tu­ra­tion de la chaîne de valeur. Cette approche per­met aux pro­duc­teurs, essen­tiel­le­ment des femmes, de répondre pré­ci­sé­ment aux attentes des ache­teurs et d’ac­cé­der à des mar­chés plus rémunérateurs.

L’in­fluence durable sur les sys­tèmes agroa­li­men­taires passe par la consti­tu­tion de coa­li­tions multi-acteurs

Paral­lè­le­ment, des pla­te­formes numé­riques faci­litent la connexion entre pro­duc­teurs et trans­for­ma­teurs. Agros­fer, par exemple, basée au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Séné­gal, au Togo et en France, contri­bue à réduire les pertes post-récolte (esti­mées à 100 mil­lions de tonnes annuel­le­ment en Afrique sub­sa­ha­rienne), sécu­rise l’ac­cès aux intrants et contrac­tua­lise la pro­duc­tion. Ces pla­te­formes exercent une fonc­tion d’in­ter­mé­dia­tion de confiance entre coopé­ra­tives de pro­duc­teurs et indus­tries de trans­for­ma­tion, per­met­tant de sta­bi­li­ser les appro­vi­sion­ne­ments tout en garan­tis­sant des reve­nus plus pré­vi­sibles aux agri­cul­teurs. Depuis sa créa­tion, Agros­fer a relié 25.000 agri­cul­teurs à 7 entre­prises agro-indu­trielles. La pla­te­forme numé­rique dis­pose de 3 agros­tores en afrique de l’Ouest par les­quels ont déjà tran­si­té près de 250.000 tonnes de pro­duits agri­coles. L’exemple d’Agrosfer illustre l’importance de la digi­ta­li­sa­tion de l’agriculture pour répondre à la crois­sance démo­gra­phique pré­vue d’ici 2050 et pour laquelle le sec­teur agri­cole mon­dial devra, selon la FAO, produirejusqu’à 70 % de nour­ri­ture en plus que les niveaux actuels8.

L’in­té­gra­tion de la recherche scien­ti­fique dans les modèles indus­triels consti­tue un autre levier de trans­for­ma­tion. L’en­tre­prise ivoi­rienne Cashew Coast, spé­cia­li­sée dans la trans­for­ma­tion de noix de cajou, col­la­bore avec le CIRAD pour inté­grer l’an­ti­ci­pa­tion cli­ma­tique, les ana­lyses de cycle de vie, la pré­ser­va­tion de la fer­ti­li­té des sols et la pré­ven­tion de la défo­res­ta­tion dans ses opé­ra­tions. Cette col­la­bo­ra­tion science-indus­trie per­met de sécu­ri­ser les bases pro­duc­tives tout en rédui­sant l’empreinte envi­ron­ne­men­tale des acti­vi­tés. La Côte d’Ivoire est le 1er pro­duc­teur mon­dial d’anacarde avec plus d’un mil­lion de tonnes de noix de cajou9 pro­duites en 2023 avec une aug­men­ta­tion sou­te­nue de la trans­for­ma­tion locale grâce à des entre­prises comme Cashew Coast, qui a pour objec­tif de faire évo­luer le sec­teur de la noix de cajou à tra­vers une trans­for­ma­tion entiè­re­ment locale et une redis­tri­bu­tion plus équi­table des béné­fices aux pro­duc­teurs, notam­ment grâce à un modèle d’intégration ver­ti­cale appuyé sur un réseau de coopé­ra­tives favo­ri­sant des par­te­na­riats à long terme.

#4 La constitution de coalitions pour influencer les politiques publiques

Les inno­va­tions iso­lées pré­sentent un impact struc­tu­rel limi­té. L’in­fluence durable sur les sys­tèmes agroa­li­men­taires passe par la consti­tu­tion de coa­li­tions mul­ti-acteurs. Au Séné­gal, la coa­li­tion DyTAES (Dyna­mique pour la Tran­si­tion Agroé­co­lo­gique au Séné­gal) réunit pro­duc­teurs, ONG, cher­cheurs, entre­prises et repré­sen­tants des col­lec­ti­vi­tés locales. Cette mobi­li­sa­tion a contri­bué à l’a­dop­tion de la pre­mière stra­té­gie natio­nale de tran­si­tion agroé­co­lo­gique en Afrique de l’Ouest, incluant des mesures telles que des sub­ven­tions aux engrais orga­niques. Ces coa­li­tions per­mettent d’in­fluen­cer l’é­la­bo­ra­tion des normes sec­to­rielles, de sécu­ri­ser des méca­nismes d’in­ci­ta­tion publique et d’o­rien­ter les flux d’in­ves­tis­se­ment. La DyTAES a réus­si son plai­doyer suite à un pro­ces­sus de consul­ta­tion natio­nal10 impli­quant plus d’un mil­lier d’acteurs (Agri­cul­teurs, trans­for­ma­teurs, ONG, cher­cheurs, entre­prises, col­lec­ti­vi­tés locales…) dans 7 grandes zones agro-éco­lo­giques. Le diag­nos­tic a iden­ti­fié 15 défis struc­tu­rants pour l’agriculture séné­ga­laise, dont le plus importent est le déve­lop­pe­ment de l’agriculture fami­liale qui consti­tue plus de 95% de la main d’œuvre agri­cole, selon le Conseil Natio­nal de Concer­ta­tion et de Coopé­ra­tion des Ruraux au Séné­gal (CNCR). Par­mi les autres prio­ri­tés figurent la garan­tie de la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire, l’attractivité du sec­teur pour la jeu­nesse, la pro­tec­tion des res­sources en eau ou encore la res­tau­ra­tion des terres. L’ensemble de ces enjeux confère à la stra­té­gie de tran­si­tion agroé­co­lo­gique sa por­tée de réponse globale.

#5 L’adaptation des mécanismes de financement aux contextes africains

Les petites et moyennes entre­prises agroa­li­men­taires afri­caines font face à des dif­fi­cul­tés d’ac­cès au finan­ce­ment. Les ins­ti­tu­tions finan­cières per­çoivent ces entre­prises comme pré­sen­tant un risque éle­vé, celles-ci dis­posent de garan­ties limi­tées et leur struc­tu­ra­tion reste sou­vent insuf­fi­sante. La finance à impact et les méca­nismes de finan­ce­ment mixte (com­bi­nant fonds publics et capi­taux pri­vés) contri­buent à atté­nuer ces contraintes. L’Afrique sub­sa­ha­rienne repré­sente 12 % des flux mon­diaux d’investissement à impact (25 mil­liards USD en 2021), selon une étude de la Fon­da­tion pour les Etudes et Recherches dans le Déve­lop­pe­ment Inter­na­tio­nal (FERDI) en 202411 et presque la tota­li­té des fonds à impact recen­sés par cette étude ne sont pas ori­gi­naires du conti­nent afri­cain et ont leurs sièges en Amé­rique du Nord ou en Europe. L’en­jeu prin­ci­pal demeure donc la mobi­li­sa­tion de l’é­pargne domes­tique afri­caine et la consti­tu­tion d’ins­ti­tu­tions finan­cières locales spé­cia­li­sées. Un finan­ce­ment adap­té per­met d’in­ves­tir dans les seg­ments à forte valeur ajou­tée : trans­for­ma­tion, infra­struc­tures de sto­ckage, sys­tèmes logis­tiques et capa­ci­tés de recherche.

Transformations critiques pour la région

Le rééqui­li­brage des chaînes agroa­li­men­taires afri­caines consti­tue un enjeu qui touche à la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire, au déve­lop­pe­ment durable et à l’é­qui­té éco­no­mique. Cette trans­for­ma­tion néces­site une recon­fi­gu­ra­tion des modes de pro­duc­tion, une mon­tée en com­pé­tences et une arti­cu­la­tion entre recherche scien­ti­fique, méca­nismes finan­ciers, dyna­miques entre­pre­neu­riales et déve­lop­pe­ment ter­ri­to­rial. La mise en place de pla­te­formes régio­nales de trans­for­ma­tion agroa­li­men­taire, le déve­lop­pe­ment de fonds d’in­ves­tis­se­ment ancrés ter­ri­to­ria­le­ment et la créa­tion d’in­fra­struc­tures d’in­té­gra­tion logis­tique repré­sentent des leviers essen­tiels pour per­mettre aux ter­ri­toires de remon­ter pro­gres­si­ve­ment vers les seg­ments à forte valeur ajoutée.

La trans­for­ma­tion des chaînes agroa­li­men­taires afri­caines s’ins­crit dans un pro­ces­sus de long terme qui néces­site la mobi­li­sa­tion coor­don­née de mul­tiples acteurs : États, col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, sec­teur pri­vé, ins­ti­tu­tions de recherche, orga­ni­sa­tions de la socié­té civile et orga­ni­sa­tions de pro­duc­teurs. Les expé­riences menées au Maroc, au Séné­gal et en Côte d’I­voire démontrent que des approches inno­vantes, fon­dées sur la col­la­bo­ra­tion et l’an­crage ter­ri­to­rial, peuvent modi­fier pro­gres­si­ve­ment les rap­ports de force dans les chaînes de valeur.

Le suc­cès de cette tran­si­tion déter­mi­ne­ra la capa­ci­té du conti­nent afri­cain à trans­for­mer son poten­tiel agri­cole en vec­teur de déve­lop­pe­ment éco­no­mique inclu­sif, de sécu­ri­té ali­men­taire durable et de rési­lience face aux défis cli­ma­tiques et démo­gra­phiques. L’in­no­va­tion sociale, en modi­fiant les rap­ports orga­ni­sa­tion­nels et en ren­for­çant les capa­ci­tés col­lec­tives, consti­tue un levier stra­té­gique pour accom­pa­gner cette évo­lu­tion struc­tu­relle des chaînes agroa­li­men­taires africaines.

1https://​www​.scien​ce​di​rect​.com/​s​c​i​e​n​c​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​p​i​i​/​S​0​3​0​5​7​5​0​X​1​5​0​02703
2https://​www​.um6p​.ma/​f​r​/​l​e​-​s​o​c​i​a​l​-​i​n​n​o​v​a​t​i​o​n​-​l​a​b​-​d​e​-​l​u​m​6​p​-​p​l​u​s​-​d​e​-​4​2​0​0​-​b​e​n​e​f​i​c​i​a​i​r​e​s​-​e​t​e​n​d​u​s​-​s​u​r​-​l​e​s​-​1​2​-​r​e​g​i​o​n​s​-​d​u​-​maroc
3https://​www3​.wefo​rum​.org/​d​o​c​s​/​W​E​F​_​G​l​o​b​a​l​_​R​i​s​k​s​_​R​e​p​o​r​t​_​2​0​2​3.pdf
4https://​www​.deloitte​.com/​c​e​/​e​n​/​i​s​s​u​e​s​/​c​l​i​m​a​t​e​/​s​u​s​t​a​i​n​a​b​i​l​i​t​y​-​r​e​p​o​r​t​-​a​c​c​e​l​e​r​a​t​i​n​g​-​t​h​e​-​g​r​e​e​n​-​t​r​a​n​s​i​t​i​o​n​.html
5https://​live​li​hoods​.eu/​f​r​/​p​o​r​t​f​o​l​i​o​/​o​c​e​a​n​i​u​m​-​s​e​n​egal/
6https://​www​.poly​tech​nique​-insights​.com/​t​r​i​b​u​n​e​s​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​c​o​m​m​e​n​t​-​p​r​e​p​a​r​e​r​-​l​e​s​-​f​u​t​u​r​s​-​d​i​r​i​g​e​a​n​t​s​-​a​u​-​d​e​v​e​l​o​p​p​e​m​e​n​t​-​d​u​r​able/
7https://​jour​nals​.ope​ne​di​tion​.org/​b​e​l​g​e​o​/​62626
8https://​www​.fao​.org/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​t​e​m​p​l​a​t​e​s​/​w​s​f​s​/​d​o​c​s​/​e​x​p​e​r​t​_​p​a​p​e​r​/​H​o​w​_​t​o​_​F​e​e​d​_​t​h​e​_​W​o​r​l​d​_​i​n​_​2​0​5​0.pdf
9https://​wits​.world​bank​.org/​t​r​a​d​e​/​c​o​m​t​r​a​d​e​/​e​n​/​c​o​u​n​t​r​y​/​A​L​L​/​y​e​a​r​/​2​0​2​3​/​t​r​a​d​e​f​l​o​w​/​E​x​p​o​r​t​s​/​p​a​r​t​n​e​r​/​W​L​D​/​p​r​o​d​u​c​t​/​0​80130
10https://​gret​.org/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​/​c​o​n​t​r​i​b​u​t​i​o​n​-​a​u​x​-​p​o​l​i​t​i​q​u​e​s​-​n​a​t​i​o​n​a​l​e​s​-​p​o​u​r​-​u​n​e​-​t​r​a​n​s​i​t​i​o​n​-​a​g​r​o​e​c​o​l​o​g​i​q​u​e​-​a​u​-​s​e​n​egal/
11https://ferdi.fr/publications/l‑investissement-d-impact-en-afrique-enseignements-d-une-cartographie-du-secteur

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