Face à l’adaptation climatique urbaine, à quoi sert la COP ?
- Les zones urbaines sont exposées de manière disproportionnée aux effets du changement climatique, mais restent structurellement exclues des négociations de la CCNUCC.
- Lors de la COP30 à Belém, les délégués ont dû patauger dans les eaux de crue le jour de l’ouverture, tandis que la question de l’adaptation urbaine a été largement ignorée.
- Les villes entreprennent indépendamment des initiatives innovantes en matière d’adaptation, via des réseaux tels que le C40, en dehors du cadre de la COP.
- Les parties devraient être tenues de consulter les gouvernements infranationaux lors de l’élaboration des PNA et des CDN.
- Le déficit de financement de l’adaptation reste irrésolu, les projets visant à éviter les pertes ayant du mal à attirer les investissements privés.
Lors de la COP30 à Belém, au Brésil, les délégués ont dû patauger dans les eaux de crue pour accéder à la Zone Bleue, suite à une violente tempête qui a inondé les rues de la ville lors des premiers jours de la conférence. Des tempêtes à la chaleur extrême, tout au long de la conference les conditions climatiques ont mis en évidence les défis d’adaptation auxquels sont confrontées les villes. Pourtant, la résilience urbaine n’a pratiquement pas été abordée lors des négociations. Cela reflète un héritage de sous-représentation qui a laissé les villes largement en marge des processus centraux de la CCNUCC.
L’adaptation urbaine à la COP : progrès et lacunes persistante
La sous-représentation de l’adaptation urbaine à la COP30 est le résultat d’un biais historique de la conférence en faveur du programme d’atténuation et d’une orientation structurelle vers les gouvernements nationaux. Ce n’est qu’à la COP21 à Paris que l’action et l’adaptation au niveau infranational ont été intégrées de manière substantielle dans les discussions, avec le groupe des gouvernements locaux et des autorités municipales (LGMA)1 et l’Objectif mondial sur l’adaptation (GGA)2. Cependant, dix ans après Paris, les villes ne peuvent participer que par l’intermédiaire du groupe d’observateurs LGMA et le GGA manque de clarté.
Cela doit changer et vite. L’exposition aux risques climatiques augmente plus rapidement dans les villes, entendues ici comme des zones densément peuplées, et les zones urbaines fortement exposées au changement climatique n’ont de cesse de se développer. Des incendies de forêt à Los Angeles aux inondations meurtrières à Kinshasa, les villes sont en première ligne face aux phénomènes météorologiques extrêmes qui deviennent de plus en plus fréquents et dévastateurs en raison du changement climatique.
Mais les villes sont également en première ligne de l’action climatique. Le Forum des dirigeants locaux3, organisé à Rio de Janeiro avant la COP30, a mis en lumière l’ampleur et la profondeur de l’action climatique urbaine. De la plantation d’arbres à Freetown aux infrastructures de gestion des eaux pluviales à Adélaïde4, les villes ont partagé des idées audacieuses et des actions innovantes pour lutter contre le changement climatique. Les efforts de résilience urbaine s’intensifient rapidement, notamment avec les collectivités locales qui ont mis en œuvre 10 fois plus d’actions d’adaptation en 20245 qu’en 2014. Pourtant, alors même que les villes mènent cette mise en œuvre, la gouvernance de la COP reste entre les mains des gouvernements nationaux.
La sous-représentation historique de l’adaptation urbaine à la COP soulève la question suivante : un processus mondial, centré sur les États et conçu autour de l’atténuation nationale, peut-il être utilisé pour traiter de manière significative un sujet aussi local que l’adaptation urbaine ? Et si oui, comment exactement les COP devraient-elles s’y prendre ? Au fond, cette question soulève trois enjeux clés.
#1 Gouvernance : Qui fixe les objectifs et la stratégie en matière d’adaptation au changement climatique ?
Sans statut de négociateur, les villes n’ont pas voix au chapitre dans la définition des objectifs et de la stratégie mondiale en matière d’adaptation au changement climatique à la COP. Cependant, au niveau national, elles sont de plus en plus incluses dans la gouvernance de l’action climatique. Une analyse de la CCNUCC6 portant sur les 67 nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN) soumises avant la COP30 a révélé que 69 % d’entre elles mentionnaient explicitement l’implication d’entités infranationales dans la planification de l’adaptation. Un plan lancé lors de la COP307 vise à accélérer ces progrès dans l’objectif d’intégrer des acteurs infranationaux dans 100 CDN d’ici 2028. Le Brésil, hôte de la COP30, a montré l’exemple en impliquant les élus locaux dans l’élaboration de son plan national d’adaptation actualisé8 et en codirigeant la Coalition pour un partenariat multiniveau ambitieux9 (CHAMP). Avec l’adhésion de l’UE avant la COP30, la CHAMP représente désormais 78 pays engagés à inclure les acteurs infranationaux dans la gouvernance climatique nationale.
La place grandissante accordée aux questions urbaines dans les nouvelles CDN, la réussite du Brésil et la croissance de la CHAMP sont autant de signes prometteurs. Cependant, la COP doit aller plus loin et officialiser l’inclusion des acteurs infranationaux. Accorder aux villes le statut de négociateur n’est pas la solution : la table des négociations est déjà suffisamment encombrée et complexe. Mais les villes devraient être associées aux processus nationaux visant à définir le programme d’adaptation au changement climatique. Une intégration pouvant être facilitée par la COP en exigeant des Parties qu’elles consultent les villes lors de l’élaboration des PNA et des CDN.
#2 Mise en œuvre : Quelles solutions allons-nous utiliser pour y parvenir ?
Partout dans le monde, les villes testent des solutions innovantes d’adaptation au changement climatique : les systèmes d’alerte aux inondations à Rio, les formations sur la gestion de la chaleur à Phoenix et les « forêts de poche » à Santiago n’en sont que quelques exemples. Il y a un énorme avantage à réunir les dirigeants locaux pour partager les meilleures pratiques : les villes dont les programmes d’adaptation sont moins développés peuvent ainsi s’inspirer de celles qui ont déjà testé des solutions. Mais une grande partie de cet échange se fait en dehors de la COP, par le biais de réseaux comme le C40, le GCoM et lors d’événements tels que le Forum des dirigeants locaux. Alors que les villes échangent déjà des idées par ces canaux, la COP renforce-t-elle leur capacité à mettre en œuvre des solutions ?
En fin de compte, la COP est conçue pour la négociation et non pour la mise en œuvre. La conférence peut accélérer l’action en servant de point de départ à des initiatives telles que la campagne « Beat the Heat », mais la mise en œuvre dépend du leadership local, des capacités techniques et des budgets, autant de facteurs qui dépassent le mandat de la COP. Et bien qu’il y ait un intérêt à ce que les villes s’engagent en personne pour transférer des connaissances et imaginer des solutions d’adaptation, la COP n’est pas indispensable à cette fin : des réseaux de villes spécialisés remplissent déjà ce rôle. La COP peut susciter une dynamique, mais elle n’est pas destinée à mettre en œuvre l’adaptation locale.
#3 Financement : Comment allons-nous financer cela ?
Malgré les avantages économiques évidents liés à l’investissement dans la résilience, il existe un énorme déficit mondial de financement de l’adaptation. Un rapport récent du WRI10 a révélé que chaque dollar investi dans l’adaptation peut générer 10,50 dollars de bénéfices. Cependant, les données suggèrent que moins de 15 cents par dollar consacré au financement climatique soutiennent l’adaptation. Ce déficit est encore plus marqué dans les villes, où le déficit de financement annuel pour l’adaptation au changement climatique11 se situe entre 177 et 334 milliards d’euros.
Cette situation s’explique en partie par des raisons économiques : l’adaptation génère des pertes évitées plutôt que des recettes. Alors que les projets d’énergie renouvelable axés sur l’atténuation produisent des rendements mesurables, les projets d’adaptation, tels que les défenses contre les inondations, ne génèrent des bénéfices que par la réduction des coûts lorsqu’un aléa survient. L’incertitude liée aux risques climatiques complique la quantification de ces pertes évitées, ce qui sape l’argumentaire en faveur de l’investissement dans l’adaptation.
La COP peut contribuer à mobiliser des fonds pour l’adaptation climatique urbaine grâce à des engagements philanthropiques privés et à des promesses de financement publiques au niveau national. Pourtant, lors de la COP30, les engagements des pays envers les mécanismes de financement de l’adaptation ont été terriblement insuffisants. Seulement 135 millions de dollars ont été promis12 au Fonds d’adaptation à la fin de la conférence, soit moins de la moitié de son objectif de 350 millions de dollars. De plus, la COP30 n’a pas réussi à concrétiser l’objectif de tripler le financement climatique d’ici 2035, ce qui est financièrement faisable13 mais hautement improbable sans un texte contraignant.
Bien que la COP30 n’ait pas apporté les réformes structurelles nécessaires pour mobiliser un financement durable en faveur des efforts d’adaptation locaux, les futures conférences pourraient contribuer à lever les obstacles au financement de plusieurs manières :
- Rapports nationaux sur les flux de financement de l’adaptation urbaine : L’accès au financement de l’adaptation par le biais du Fonds vert pour le climat (FVC) et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) est souvent limité aux gouvernements nationaux. Si la COP ne peut pas modifier directement la conception des mécanismes de financement, elle peut toutefois encourager les pays à aider les villes à solliciter des financements. De plus, elle peut exiger des pays qu’ils rendent compte de la part des fonds d’adaptation qui parvient aux acteurs infranationaux. Cet indicateur est essentiel pour la responsabilité, mais il fait actuellement défaut dans le cadre d’indicateurs du GGA finalisé lors de la COP30 dans le cadre du programme de travail Émirats arabes unis-Belém.
- Mécanismes d’engagement infranational au sein des plateformes nationales : Lors de la COP30, quatorze pays ont annoncé la mise en place de plateformes nationales, des cadres de financement au niveau national destinés à des stratégies cohérentes d’investissement climatique. Les plateformes nationales ont un énorme potentiel pour localiser le financement climatique en rendant son accès plus simple et plus facile pour les villes grâce à un mécanisme unique. De nombreuses plateformes nationales sont développées en partenariat avec le FVC, une entité opérationnelle de la CCNUCC, ce qui permet à la COP de définir la manière dont ces plateformes sont structurées et mises en œuvre. Pour libérer ce potentiel, la COP devrait inviter les pays et les partenaires à intégrer l’engagement infranational dans les plateformes nationales et à inclure les villes dès leur conception.
- Fenêtres de financement pour l’adaptation urbaine : La COP pourrait encourager la création de fenêtres de financement pour l’adaptation urbaine, ou de flux de financement réservés, axés sur la résilience climatique dans les villes. Cette approche a déjà été testée dans le cadre du programme « Villes vertes » de la BERD, doté de 5 milliards d’euros, qui offre un canal dédié au soutien de projets urbains durables et résilients. La COP peut servir de forum pour consolider le soutien et la dynamique nécessaires à l’extension des guichets de financement de l’adaptation urbaine, au sein d’autres banques et fonds multilatéraux.
D’autres solutions de financement existent pour surmonter les obstacles au financement de l’adaptation urbaine, mais la COP occupe une position unique pour faire la différence dans ces trois domaines clés. Historiquement, l’absence de cadres, d’indicateurs ou de fonds a limité la capacité de la COP à orienter les ressources vers la résilience urbaine. Cependant, à mesure que le paysage du financement de l’adaptation mûrit grâce aux indicateurs GGA, aux plateformes nationales et à l’attention croissante des bailleurs de fonds, il est essentiel d’intégrer dès maintenant une gouvernance à plusieurs niveaux. Réaménager les structures financières sera bien plus difficile et bien moins efficace que d’intégrer les acteurs infranationaux dès le départ.
Conclusion
La COP30 s’est ouverte sur de graves inondations et s’est terminée par un incendie inattendu sur le site, mais la véritable crise était politique : les négociations n’ont pas permis de réaliser des progrès significatifs sur le programme d’adaptation urbaine. Au-delà de Belém, la COP30 a une fois de plus mis en évidence une réalité structurelle plus profonde : un processus conçu pour l’atténuation au niveau national peine à soutenir l’adaptation locale que la crise climatique exige désormais.
Les villes continueront à mener le programme mondial d’adaptation, avec ou sans la COP. Mais le processus de la CCNUCC peut remodeler la gouvernance et le financement pour mieux soutenir l’adaptation locale en rendant obligatoire la consultation des acteurs infranationaux dans les PNA, en veillant à ce que les plateformes nationales intègrent les villes dès le départ et en suivant les flux financiers destinés à l’adaptation locale. Les villes s’adaptent déjà. Mais quand est-il de la COP, peut-elle s’adapter elle aussi ?

