professeur de science politique à l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne et professeur associé à Columbia University
En bref
La droite américaine était historiquement favorable aux sciences, mais le mouvement MAGA a développé une méfiance croissante envers les institutions scientifiques depuis les années 2000.
Cette méfiance résulte de trois courants : un mouvement anti-étatiste hostile à la régulation, une droite évangélique ultraconservatrice, et un électorat populiste voyant dans la science un intellectualisme élitiste.
Les universités sont perçues par le camp MAGA comme des sanctuaires progressistes, un narratif amplifié par Fox News et désormais traduit en attaques concrètes de l'administration fédérale.
Paradoxalement, le mouvement MAGA n'est pas anti-technologie : il porte un fort « techno-populisme », voyant dans le numérique un outil d'émancipation face aux élites.
Pour reconstruire la confiance, trois leviers sont identifiés : renforcer l'éducation aux sciences, impliquer les citoyens dans la recherche, et réguler les plateformes sociales qui fragmentent le débat public.
directeur de recherche CNRS, spécialiste de sciences cognitives à l’Institut Jean Nicod
Ben Seyd
politologue à l'Université du Kent
En bref
On observe dans le débat public un questionnement récurrent autour de la crise de confiance dans la science, qui serait mise en danger par le complotisme et une irrationalité grandissante.
Pourtant, 80 % des Français feraient confiance dans la science, et une étude conclut à une confiance élevée dans la science à l’échelle globale.
Selon une étude, les niveaux les plus hauts de confiance dans la science s’établissent en Égypte et en Inde ; la France serait légèrement au-dessous de la moyenne.
Contrairement aux préjugés, en France, les chiffres suggèrent une certaine stabilité dans le temps de la confiance dans la science, à l’instar des États-Unis, bien que les républicains soient plus enclins à la défiance que les démocrates.
En général, la confiance dans la science ne dépend pas de l’orientation politique, mais l’adhésion à certaines thèses peut être corrélée à la sensibilité partisane.
sociologue en science de la communication, directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue internationale Hermès
En bref
La communication est une négociation qui peut passer par l’incommunication (ne pas réussir à se faire comprendre) dont le risque est de déboucher à l’acommunication (une rupture de l’échange).
La communication est une condition de la cohabitation pacifique entre individus et groupes différents. Sans elle, c’est l’indifférence et la guerre.
Penser que la communication revient à informer n’est pas neutre, car cette conception postule que le récepteur est nécessairement passif, et donc potentiellement aliéné.
Une vision illusoire de la communication est d’imaginer que davantage d’information mène à plus de vérité et que, ainsi, cela justifie l’augmentation du nombre de moyens de communication dans un objectif de mieux se comprendre.
L’ONU, comme l’Europe, sont des réussites de la communication, car ce sont des États qui parviennent à cohabiter et à co-construire malgré leurs différends.