Ecoconception
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Comment réduire l’impact carbone de la construction ?

Des logiciels d’écoconception pour une construction plus écologique

avec Isabelle Dumé, journaliste scientifique
Le 6 janvier 2022 |
5min. de lecture
Bruno Peuportier
Bruno Peuportier
directeur de recherche du lab recherche environnement à MINES ParisTech
En bref
  • Les chercheurs sont en train de développer des outils logiciels pour faciliter le processus de conception de bâtiments plus respectueux de l'environnement.
  • Une telle approche d'écoconception progresse dans le secteur du bâtiment.
  • L'objectif est de prendre des décisions pertinentes le plus tôt possible dans le processus de conception d'une construction, car ce sont celles qui auront le plus d'impact sur la performance environnementale d'un projet in fine.
  • Les logiciels fonctionnent aussi bien pour la rénovation de bâtiments anciens que pour la construction de nouveaux bâtiments.
  • L'une des techniques d'optimisation développée par l'équipe de Mines ParisTech, basée sur les « algorithmes génétiques », a été utilisé par des constructeurs de maisons individuelles.

L’écoconception consiste à prendre en compte les aspects envi­ron­ne­men­taux dans la concep­tion d’un pro­duit, une démarche appli­cable aux bâti­ments. Au-delà du bilan car­bone, il convient de prendre en compte les impacts sur la san­té, la bio­di­ver­si­té et les res­sources natu­relles. Le choix des maté­riaux influence les besoins éner­gé­tiques d’un bâti­ment. Il faut donc opti­mi­ser l’ensemble du cycle de vie, de la fabri­ca­tion à la fin de vie. 

Les logiciels d’écoconception 

Pour répondre à ces objec­tifs, nous déve­lop­pons des outils logi­ciels pour faci­li­ter le pro­ces­sus de concep­tion. Il est pos­sible de déve­lop­per un modèle sim­pli­fié dans la phase ini­tiale de concep­tion ou d’utiliser une maquette numé­rique (buil­ding infor­ma­tion model). Ces outils per­mettent aux archi­tectes et aux ingé­nieurs d’op­ti­mi­ser les pro­jets de construc­tion en termes de bilan éner­gé­tique, de confort ther­mique et d’im­pact envi­ron­ne­men­tal en fai­sant varier divers para­mètres et en ana­ly­sant le résul­tat final. Ces para­mètres concernent l’enveloppe des bâti­ments (iso­la­tion et iner­tie ther­mique) et les sys­tèmes (chauf­fage, cli­ma­ti­sa­tion, ven­ti­la­tion), mais l’évaluation tient éga­le­ment compte du cli­mat et du com­por­te­ment des utilisateurs.

Une telle approche d’é­co­con­cep­tion pro­gresse dans le sec­teur du bâti­ment. L’ob­jec­tif est de prendre des déci­sions per­ti­nentes le plus tôt pos­sible dans le pro­ces­sus de concep­tion d’une construc­tion, car ce sont celles qui auront le plus d’im­pact sur la per­for­mance envi­ron­ne­men­tale d’un pro­jet in fine. C’est pour­quoi il est impor­tant de dis­po­ser de logi­ciels per­met­tant de com­pa­rer faci­le­ment dif­fé­rents para­mètres archi­tec­tu­raux et tech­niques, et, par exemple, de choi­sir l’orientation d’un bâti­ment et la sur­face des fenêtres pour amé­lio­rer l’efficacité éner­gé­tique. Après cette phase d’esquisse, le choix des maté­riaux à uti­li­ser dans la construc­tion peut être affi­né. Il est, par exemple, pré­fé­rable, en termes d’impacts envi­ron­ne­men­taux et de rési­lience face aux cani­cules, de consti­tuer une couche inerte en terre crue ou en maçon­ne­rie à l’intérieur et une couche iso­lante bio­sour­cée à l’extérieur plu­tôt que de mélan­ger ces maté­riaux dans un béton de chanvre ou de bois.

Nous pou­vons éga­le­ment com­pa­rer les per­for­mances d’un pro­jet avec des valeurs de réfé­rence que nous avons éta­blis à par­tir de mil­liers de cal­culs afin d’évaluer les impacts mini­mum et maxi­mum de dif­fé­rents types de bâti­ments. Par exemple, nous avons cal­cu­lé com­bien de kilo­grammes de dioxyde de car­bone (CO2) équi­valent sont émis par mètre car­ré et par an par dif­fé­rents bâti­ments. Cela nous donne une valeur mini­male et maxi­male pour ce para­mètre – par exemple, entre 10 et 120 kg de CO2/m2/an pour les loge­ments. Le concep­teur peut alors éva­luer com­ment se situe son pro­jet par rap­port à ces valeurs de réfé­rence et si – les impacts envi­ron­ne­men­taux sont trop éle­vés – il peut conti­nuer à amé­lio­rer son projet.

Analyse du cycle de vie

Nous éva­luons les impacts sur l’en­semble du cycle de vie d’un bâti­ment, de la fabri­ca­tion des maté­riaux de construc­tion à l’utilisation, la réno­va­tion et la fin de vie. Il s’a­git d’une méthode d’in­gé­nie­rie envi­ron­ne­men­tale appe­lée « ana­lyse du cycle de vie ». Si ces cal­culs sont appa­rus à la fin des années 1980, ils seront exi­gés par la loi à par­tir de 2022 pour tous les nou­veaux bâti­ments afin de garan­tir la réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre. Il s’agit d’une avan­cée impor­tante même si cer­tains aspects de la régle­men­ta­tion doivent encore être améliorés.

Outre les émis­sions de gaz à effet de serre, il faut aus­si éva­luer l’im­pact des pro­jets de construc­tion sur la san­té humaine, la bio­di­ver­si­té et les res­sources envi­ron­ne­men­tales. Ces approches d’é­va­lua­tion d’im­pact sont étu­diées dans les labo­ra­toires de recherche au niveau inter­na­tio­nal et appa­raissent de plus en plus dans les normes, telles que l’ISO et le CEN (Comi­té euro­péen de nor­ma­li­sa­tion). L’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) avait ain­si défi­ni un indi­ca­teur concer­nant les années de vie en bonne san­té, appe­lé DALY (Disa­bi­li­ty adjus­ted life years, années de vie ajus­tées sur l’invalidité). Notre approche ana­logue nous per­met d’é­va­luer l’im­pact poten­tiel d’un bâti­ment sur la san­té en fonc­tion des sub­stances toxiques émises et des consé­quences climatiques.

Pour éva­luer l’im­pact poten­tiel d’un bâti­ment sur la bio­di­ver­si­té, l’in­di­ca­teur que nous uti­li­sons est le pour­cen­tage d’es­pèces sus­cep­tibles de dis­pa­raître à cause de ce bâti­ment sur un cer­tain ter­ri­toire et sur une cer­taine durée. Cet indi­ca­teur prend en compte l’effet sur le cli­mat, l’acidification, et l’eu­tro­phi­sa­tion. Ce der­nier phé­no­mène est dû à des sub­stances qui agissent comme des engrais, qui pol­luent ensuite les rivières et les appau­vrissent en oxy­gène. L’u­ti­li­sa­tion des sols est éga­le­ment prise en compte.

Bâtiments neufs versus bâtiments anciens

Les nou­veaux bâti­ments ne repré­sentent chaque année qu’en­vi­ron 1 % du parc exis­tant. Si nous vou­lons réduire l’im­pact envi­ron­ne­men­tal glo­bal de la construc­tion, nous devons donc éga­le­ment réno­ver les bâti­ments exis­tants. Cela peut poser pro­blème pour les monu­ments his­to­riques ou, par exemple, les appar­te­ments anciens en ville, dont les façades ne peuvent pas être iso­lées par l’ex­té­rieur. Il faut donc les iso­ler par l’in­té­rieur, ce qui implique la perte de pré­cieux mètres carrés. 

Heu­reu­se­ment, l’é­co­con­cep­tion peut être appli­quée aux pro­jets de réno­va­tion : nos modèles et nos logi­ciels fonc­tionnent aus­si bien pour les bâti­ments anciens que pour les nouveaux.

En effet, nous avons tra­vaillé sur de nom­breux pro­jets dans des sec­teurs très variés – loge­ments, bureaux, écoles. Nous avons donc eu de nom­breuses occa­sions de tes­ter nos outils et d’é­va­luer dif­fé­rentes concep­tions, que ce soit pour des bâti­ments neufs ou anciens. Il appar­tient ensuite aux bureaux d’é­tudes et aux archi­tectes d’in­té­grer ces outils dans leur tra­vail quotidien.

L’une de nos tech­niques d’op­ti­mi­sa­tion, basée sur les « algo­rithmes géné­tiques », a été uti­li­sé par des construc­teurs de mai­sons indi­vi­duelles. Cet outil fonc­tionne un peu comme lors­qu’un agri­cul­teur choi­sit les meilleurs ani­maux pour déve­lop­per son trou­peau sur plu­sieurs géné­ra­tions. Nos « gènes » peuvent être l’é­pais­seur d’un iso­lant et la sur­face du vitrage des fenêtres par exemple. De géné­ra­tion en géné­ra­tion, nous choi­sis­sons les com­bi­nai­sons de gènes qui pro­duisent les meilleures per­for­mances en termes d’im­pact envi­ron­ne­men­tal et de coût de construc­tion, puis nous four­nis­sons nos recom­man­da­tions aux constructeurs. 

Pour aller plus loin 
- Peu­por­tier B., Eco-concep­tion des bâti­ments et des quar­tiers, Presses de l’Ecole des Mines, 336p, novembre 2008, http://​www​.pres​ses​des​mines​.com/​e​c​o​-​c​o​n​c​e​p​t​i​o​n​-​d​e​s​-​b​a​t​i​m​e​n​t​s​-​e​t​-​d​e​s​-​q​u​a​r​t​i​e​r​s​.html
- Wurtz A., Peu­por­tier B., Appli­ca­tion de l’analyse de cycle de vie à un échan­tillon de bâti­ments pour l’aide à l’évaluation des pro­jets, Confé­rence IBP­SA-France, Reims, novembre 2020
- Recht T., Robillart M., Schal­bart P., Peu­por­tier B., Éco-concep­tion de mai­sons à éner­gie posi­tive assis­tée par opti­mi­sa­tion mul­ti­cri­tère, Confé­rence IBPSA France, Marne-la-Val­lée , mai 2016

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