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Gaz : une tendance haussière durable

david Benatia
David Benatia
professeur adjoint en économie à l’ENSAE (IP Paris) et HEC Montréal

Com­ment sont fixés les prix du gaz ?

Dans un pre­mier temps, il est impor­tant de dif­férenci­er les prix payés par les four­nisseurs sur les marchés de gros et les prix de détail payés par les con­som­ma­teurs. La sit­u­a­tion est vari­able en fonc­tion des pays. Au Cana­da par exem­ple, le prix de détail varie avec le prix de gros, qui lui est déter­miné sur le marché Nord-Améri­cain. Le régu­la­teur impose que les par­ties énergie (achat de gaz en gros) et trans­port (ser­vice d’utilisation des pipelines) soient fac­turées à prix coû­tant. Le four­nisseur fait des béné­fices seule­ment sur la par­tie dis­tri­b­u­tion (approu­vés une fois par an par le régulateur).

Aux États-Unis, la régu­la­tion varie entre les états mais ressem­ble plus à celle de la France, avec ses tar­ifs égale­ment mis à jour tous les mois. En Alle­magne, la régu­la­tion est plus sou­ple et les con­trats de détail sont, en général, renou­velés une fois par an avec une aug­men­ta­tion des tar­ifs. En France, les prix de détail dépen­dent de la com­mis­sion de régu­la­tion de l’én­ergie qui décide de l’évolution de tar­ifs régle­men­tés. Le prix du gaz est mis à jour tous les mois tan­dis que celui de l’élec­tric­ité l’est deux fois par an.  Enfin, les tax­es représen­tent env­i­ron un tiers du prix réglementé. 

Au 1er octo­bre, la fac­ture annuelle d’un ménage moyen était de 1 482 € TTC, cela cor­re­spond au pic de ces six dernières années. En France, c’est un tarif qui sert de sig­nal pour le marché et s’applique aux 2 mil­lions de foy­ers ali­men­tés par Engie. Les four­nisseurs alter­nat­ifs offrent des prix autour du tarif régle­men­té. Dans les autres pays où les tar­ifs (régle­men­tés ou non) évolu­ent aus­si en fonc­tion de con­trats à terme, signés un mois à l’avance, les hauss­es observées sont sim­i­laires. Ces prix dépen­dent de ce que les pro­duc­teurs et les four­nisseurs anticipent comme prix pour le mois suivant.

Quels sont les fac­teurs de vari­a­tion des prix ?

Les vari­a­tions de prix sont liées au statut d’importateur. Un pays comme la France importe 99% de son gaz naturel. Pour l’UE, les prin­ci­paux impor­ta­teurs sont la Russie (41%), la Norvège (16%), l’Algérie (8%), le Qatar (5%) et les Pays-Bas (3%). Mais la Russie représente plus de 50% des parts de marché pour l’Allemagne et les pays d’Europe de l’est. Les vari­a­tions de prix sont déter­minées par trois acteurs impor­tants. Tout d’abord, il y a la hausse de la demande liée à la reprise de la pro­duc­tion après la crise Covid. Ensuite vient une offre lim­itée par l’absence de stocks ain­si que par des ten­sions géopoli­tiques. Et enfin, il y a le poids des poli­tiques environnementales.

En ce qui con­cerne l’effet de l’offre, habituelle­ment les pays con­stituent des stocks afin de liss­er les pics de demande. Quand le prix monte, on dés­tocke et l’on observe alors un ajuste­ment à court terme. Dans le cas présent, les prix ont beau­coup aug­men­té alors que les stocks ont beau­coup bais­sé l’an dernier, notam­ment en rai­son d’un hiv­er froid. Cepen­dant, à cause de ce prix élevé, ces stocks n’ont été que par­tielle­ment renou­velés. Côté demande, on ne peut pas liss­er les pics, on subit donc les chocs de la reprise économique.

Par ailleurs, les ten­sions géopoli­tiques n’encouragent pas les pays pro­duc­teurs à exporter plus. Les Russ­es par exem­ple sont prêts à dou­bler leur pro­duc­tion de gaz à des­ti­na­tion de l’Europe, mais exi­gent une con­trepar­tie. Cela pour­rait être la mise en ser­vice du gazo­duc North Stream 2 récem­ment achevé. Un gazo­duc pas­sant par la mer Bal­tique et l’Allemagne dans le but de ne plus dépen­dre de celui qui tra­verse l’Ukraine et dont les tax­es sont élevées. 

Enfin, il y a le fac­teur envi­ron­nemen­tal. On peut citer le plan cli­mat de Joe Biden qui régule stricte­ment les méth­odes d’extraction non con­ven­tion­nelles (frac­ture hydraulique) et la réduc­tion des sub­ven­tions aux éner­gies fos­siles. De plus, le marché européen du CO2 est désor­mais un déter­mi­nant majeur du prix de l’énergie. Le prix des quo­tas de la tonne du CO2 était de 6 € en 2017, 20 à 35 € en 2020. Il atteint aujourd’hui les 62 € la tonne.

Cette hausse est-elle durable ou momentanée ?

À court terme, six mois, la sit­u­a­tion est con­jonc­turelle, elle est liée à la reprise économique. Si l’on s’intéresse aux prix des marchés à terme, ils indiquent un retour à la nor­male pour le deux­ième trimestre de 2022. Le défaut de cette analyse réside dans la dif­fi­culté de prédire l’évolution, car le prix du gaz varie au gré de nom­breux arbi­trages ; entre prix courants et prix futurs, entre déci­sions de stock­age et de dés­tock­age, ou encore en fonc­tions d’événements inter­na­tionaux. Mais d’ici quelques semaines, on en saura un peu plus sur la mise en ser­vice du gazo­duc russe, ce qui serait un vrai tour­nant vers la sta­bil­ité voire la baisse des prix.

Que doit-on atten­dre des prix de l’énergie dans un con­texte de décar­bon­a­tion continue ?

À long terme, il y a une ten­dance haus­sière du prix de l’énergie qui provient des engage­ments envi­ron­nemen­taux. Les gou­verne­ments veu­lent encour­ager la con­som­ma­tion des éner­gies bas car­bone, seule­ment elles sont plus chères que les éner­gies fos­siles. C’est tout l’objet du marché européen du CO2. Par ailleurs, la volatil­ité des prix devrait s’accentuer en rai­son du fonc­tion­nement inter­mit­tent des éner­gies renou­ve­lables, pour la sim­ple rai­son que les cen­trales élec­triques au gaz con­stituent le recours le plus rapi­de et le plus sim­ple à activ­er lorsqu’il n’y a ni vent ni soleil.

Quelles sont les con­séquences de la hausse des prix et les marges de manœu­vre des gouvernements ?

Les entre­pris­es réper­cuteront la hausse du coût de l’énergie au niveau du prix de leurs biens et ser­vices. La con­séquence est donc l’inflation. Quant aux ménages, on peut s’attendre à une baisse de leur con­som­ma­tion de gaz, mais celle-ci reste en grande par­tie une con­trainte. Pour les gou­verne­ments, cela con­stitue une oppor­tu­nité poli­tique pour envoy­er un sig­nal en faveur du pou­voir d’achat.

Propos recueillis par Clément Boulle

Auteurs

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David Benatia

professeur adjoint en économie à l’ENSAE (IP Paris) et HEC Montréal

David Benatia est chercheur affilié à l’ENSAE (IP Paris) où il était professeur adjoint. Il a fait son doctorat en économie à l’Université de Montréal. Ses recherches se focalisent autour de l’économétrie et de l’économie industrielle avec un intérêt spécifique pour les marchés de l’énergie. Il étudie notamment comment les méthodes quantitatives modernes permettent d’améliorer la détection et l’analyse de comportements anticoncurrentiels dans les marchés de l’électricité.