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Andrew Steele
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Est-on vraiment condamné à vieillir et à mourir ?

Andrew Steele
Andrew Steele
docteur en physique à l'Université d'Oxford, auteur et chroniqueur chez Polytechnique Insights

# 1 DEVONS-NOUS VIEILLIR ?

Vrai : Le vieillissement est responsable de plus de 100 000 décès par jour.

Sur les 150 000 décès qui sur­viennent chaque jour sur Terre, plus des deux tiers sont dus au vieillis­se­ment1. En effet, sur le plan bio­lo­gique, le pro­ces­sus de vieillis­se­ment est à l’origine des mala­dies les plus meur­trières, comme le can­cer, les mala­dies car­diaques et la démence2. Bien que le régime ali­men­taire, le mode de vie et d’autres fac­teurs puissent rendre ces mala­dies plus ou moins pro­bables, leur effet est éclip­sé par les consé­quences bio­lo­giques du vieillis­se­ment : une pres­sion arté­rielle éle­vée peut dou­bler le risque de crise car­diaque, mais le fait d’avoir 80 ans au lieu de 40 ans le mul­ti­plie par dix3. Par consé­quent, le vieillis­se­ment est la prin­ci­pale cause de décès et de souf­france dans le monde.

Faux : Le processus de vieillissement est inévitable

Bien que nous consi­dé­rions le vieillis­se­ment comme un fait natu­rel de la vie, ce n’est pas le cas pour toutes les espèces. Les bio­lo­gistes ont une défi­ni­tion simple du vieillis­se­ment : une aug­men­ta­tion du risque de décès avec le temps. Chez l’homme, le risque de décès double tous les huit ans4. Cepen­dant, cer­taines espèces, dont des tor­tues, des pois­sons et des sala­mandres, sont « négli­gem­ment sénes­centes » — en d’autres termes, elles ne vieillissent pas5. Outre le fait que le risque de décès ne change pas, ces ani­maux ne deviennent pas plus fra­giles ou moins fer­tiles avec le temps. Cela signi­fie que leur « espé­rance de vie en bonne san­té » est accrue, tout comme leur durée de vie.

Incertain : combien de temps pouvons-nous espérer vivre ?

De temps à autre, une étude pro­pose une « limite » à la durée de vie humaine, soit en exa­mi­nant les ten­dances démo­gra­phiques, soit en ana­ly­sant des aspects de la bio­lo­gie humaine. Cepen­dant, ces « limites » ont été à maintes reprises dépas­sées au cours de l’histoire, puisque l’espérance de vie dans les prin­ci­paux pays a aug­men­té de trois mois par an, chaque année, pen­dant près de deux siècles6. Nous appro­chons-nous aujourd’hui d’une véri­table limite bio­lo­gique ? Ou les médi­ca­ments qui ciblent le pro­ces­sus de vieillis­se­ment peuvent-ils nous aider à contour­ner les contraintes que l’évolution nous a impo­sées et faire en sorte que les humains res­semblent davan­tage à des tor­tues négli­gem­ment sénescentes ?

37,6

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#2 LA SCIENCE PEUT-ELLE PROLONGER LA DURÉE DE VIE ?

Vrai : Nous pouvons ralentir et même inverser le processus de vieillissement en laboratoire.

Les scien­ti­fiques ont trou­vé des dizaines de moyens d’intervenir sur le pro­ces­sus de vieillis­se­ment en labo­ra­toire. La pre­mière indi­ca­tion remonte aux années 1930, lorsque des scien­ti­fiques, étu­diant l’alimentation des rats, ont remar­qué que ceux qui man­geaient moins vivaient beau­coup plus long­temps que leurs pairs auto­ri­sés à man­ger ce qu’ils vou­laient, et cela en bonne san­té, en res­tant en forme et en souf­frant moins de mala­dies7. Depuis, nous avons repro­duit cet exploit en décou­vrant des gènes capables de ralen­tir le vieillis­se­ment, et en uti­li­sant des médi­ca­ments et d’autres trai­te­ments qui modi­fient cer­tains aspects du pro­ces­sus de vieillis­se­ment, ralen­tis­sant ain­si le déclin chez les ani­maux de labo­ra­toire. Les pre­miers de ces trai­te­ments sont déjà tes­tés chez l’homme.

Faux : Vivre plus longtemps signifierait des années supplémentaires dans une maison de retraite.

Beau­coup de gens s’imaginent que vivre plus long­temps signi­fie­rait pro­lon­ger les années fra­giles de la fin de vie, pro­lon­geant ain­si notre décré­pi­tude. Mais cette inquié­tude com­pré­hen­sible prend les choses à l’envers d’un point de vue bio­lo­gique : en trai­tant le vieillis­se­ment, nous aug­men­te­rions l’espérance de vie en repor­tant les chan­ge­ments liés à l’âge qui causent la mala­die, ce qui ferait que les gens vivraient plus long­temps, plu­tôt que l’inverse. Cela est logique en théo­rie — car il faut bien mou­rir de quelque chose, donc ne pas être malade signi­fie que l’on a beau­coup moins de chances de mou­rir — et aus­si en pra­tique, où les ani­maux de labo­ra­toire à vieillis­se­ment lent et les humains à lon­gé­vi­té excep­tion­nelle ne vivent pas seule­ment plus long­temps, mais passent une plus grande par­tie de leur vie en bonne santé.

Incertain : La pratique et les réglementations médicales s’adapteront à ces nouveaux traitements préventifs.

Le rêve d’une véri­table méde­cine anti-âge est de dis­po­ser de trai­te­ments pré­ven­tifs qui ralen­ti­raient notre déclin au fur et à mesure que nous vieillis­sons, et pré­vien­draient une grande par­tie, voire la tota­li­té, des mala­dies mor­telles liées à l’âge. Tou­te­fois, cette approche est très dif­fé­rente de la méde­cine actuelle, qui attend géné­ra­le­ment que les mala­dies se déclarent avant d’intervenir, puis les traite indi­vi­duel­le­ment. Cela signi­fie que les orga­nismes de régle­men­ta­tion, comme la FDA aux États-Unis ou l’EMA en Europe, n’approuveront pas un médi­ca­ment s’il n’est pas effi­cace contre une mala­die spé­ci­fique. Nous avons besoin d’un débat de socié­té sur la manière dont nous devrions pro­cé­der pour approu­ver les trai­te­ments pré­ven­tifs du vieillis­se­ment — et les avan­tages poten­tiels sont si impor­tants qu’il est cru­cial que nous y parvenions.

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# 3 POURRONS-NOUS ACHETER L’IMMORTALITÉ ?

Vrai : Des milliardaires et des entreprises privées tentent de ralentir le processus de vieillissement.

En 2013, Google a lan­cé une entre­prise déri­vée appe­lée Cali­co, qui vise à com­prendre le pro­ces­sus de vieillis­se­ment et à y inter­ve­nir. Cette année, le fon­da­teur d’Amazon, Jeff Bezos, a inves­ti une par­tie de ses mil­liards dans une socié­té appe­lée Altos Labs, qui tra­vaille sur une tech­no­lo­gie d’inversion du vieillis­se­ment appe­lée « repro­gram­ma­tion cel­lu­laire ». Après des décen­nies de recherche scien­ti­fique de niche, la bio­lo­gie du vieillis­se­ment pré­sente enfin suf­fi­sam­ment de résul­tats concrets pour sus­ci­ter l’intérêt des grands inves­tis­seurs. Cepen­dant, il reste encore beau­coup de tra­vail à faire, y com­pris en ce qui concerne la bio­lo­gie fon­da­men­tale géné­ra­le­ment étu­diée dans les uni­ver­si­tés et les ins­ti­tuts de recherche, et des finan­ce­ments sup­plé­men­taires sont déses­pé­ré­ment néces­saires : aux États-Unis, seul un dol­lar envi­ron de finan­ce­ment public par Amé­ri­cain est spé­ci­fi­que­ment affec­té à la recherche visant à com­prendre le pro­ces­sus de vieillis­se­ment, contre plus de 10 000 dol­lars par per­sonne dépen­sés pour les soins de san­té, un chiffre que la recherche sur le vieillis­se­ment pour­rait réduire consi­dé­ra­ble­ment8.

Faux : Nous sommes au bord de l’immortalité !

La presse adore faire de gros titres sur la vie éter­nelle, notam­ment lorsque des mil­liar­daires inves­tissent dans la recherche sur le vieillis­se­ment pour avoir un peu plus de temps pour dépen­ser leur for­tune inima­gi­nable. Cepen­dant, l’immortalité n’est pas envi­sa­geable, même dans le meilleur des cas : même des ani­maux légè­re­ment sénes­cents meurent encore (la plus ancienne tor­tue des Galá­pa­gos recen­sée, Har­riet, est morte d’une crise car­diaque — la dif­fé­rence entre elle et un humain est qu’elle a d’abord vécu 175 ans en bonne san­té !)9

Même si le résul­tat n’est pas l’immortalité, il pour­rait être extrê­me­ment impor­tant : un article récent a esti­mé que le fait de retar­der le vieillis­se­ment d’une seule année repré­sen­te­rait 37 000 mil­liards de dol­lars pour la seule éco­no­mie amé­ri­caine, et que des gains plus impor­tants auraient une valeur pro­por­tion­nel­le­ment plus éle­vée10.

Incertain : Quand ces médicaments pourraient arriver

Mal­gré les gros paris des mil­liar­daires, on ne sait pas exac­te­ment com­bien de temps il fau­dra attendre avant de voir les pre­miers médi­ca­ments anti-âge dans les hôpi­taux ou les phar­ma­cies. Pas­ser d’une idée qui fonc­tionne sur des sou­ris en labo­ra­toire à des trai­te­ments humains est un pro­ces­sus notoi­re­ment difficile.

Cepen­dant, il semble pro­bable qu’ils arri­ve­ront à temps pour la plu­part des per­sonnes vivant aujourd’hui. Cer­tains des trai­te­ments pro­po­sés sont des médi­ca­ments que nous uti­li­sons déjà pour des mala­dies spé­ci­fiques, comme la met­for­mine, un médi­ca­ment contre le dia­bète, et s’il fonc­tionne contre le vieillis­se­ment, il n’y a aucune rai­son pour que nous ne puis­sions pas le déployer à l’échelle mon­diale avec un effet immé­diat (le fait qu’il s’agisse d’un médi­ca­ment bien com­pris qui coûte quelques cen­times par pilule est un avan­tage). D’autres pistes, comme les médi­ca­ments « séno­ly­tiques », qui éli­minent les cel­lules âgées et sénes­centes de l’organisme, ont fait leurs preuves chez la sou­ris et font déjà l’objet d’essais sur l’homme ; il est donc tout à fait pos­sible qu’ils soient uti­li­sés avant la fin de la décen­nie. Des idées plus spé­cu­la­tives, comme la repro­gram­ma­tion cel­lu­laire explo­rée par Altos Labs, ne seront peut-être pas mises en œuvre avant des décen­nies. Mais si vous êtes d’âge moyen ou plus jeune aujourd’hui, ou un peu plus âgé, mais que vous vivez plus long­temps grâce à la pre­mière géné­ra­tion de médi­ca­ments anti-âge, quelques décen­nies, c’est encore assez tôt pour avoir de l’importance.

En d’autres termes, même si nous ne pou­vons pas en être sûrs, je pense qu’il vaut la peine de s’enthousiasmer pour la bio­lo­gie du vieillis­se­ment et d’approfondir la recherche afin de rendre plus pro­bable la réa­li­sa­tion des énormes gains poten­tiels sur le plan éco­no­mique, social et sanitaire.

1https://​andrews​teele​.co​.uk/​a​g​e​l​e​s​s​/​r​e​f​e​r​e​n​c​e​s​/​d​e​a​t​h​s​-​c​a​u​s​e​d​-​b​y​-​a​g​eing/
2https://​andrews​teele​.co​.uk/​a​g​e​l​e​s​s​/​r​e​f​e​r​e​n​c​e​s​/​c​a​u​s​e​s​-​d​e​a​t​h​-​d​i​s​a​b​i​l​i​t​y​-​w​i​t​h​-age/
3https://​www​.aha​jour​nals​.org/​d​o​i​/​1​0​.​1​1​6​1​/​c​i​r​.​0​0​0​0​0​0​0​0​0​0​0​00485
4https://​andrews​teele​.co​.uk/​a​g​e​l​e​s​s​/​r​e​f​e​r​e​n​c​e​s​/​m​o​r​t​a​l​i​t​y​-​w​i​t​h​-​a​g​e​-​mrdt/
5https://​geno​mics​.senes​cence​.info/​s​p​e​c​i​e​s​/​e​n​t​r​y​.​p​h​p​?​s​p​e​c​i​e​s​=​C​h​e​l​o​n​o​i​d​i​s​_​nigra
6https://​www​.science​.org/​d​o​i​/​1​0​.​1​1​2​6​/​s​c​i​e​n​c​e​.​1​0​69675
7https://​aca​de​mic​.oup​.com/​j​n​/​a​r​t​i​c​l​e​-​a​b​s​t​r​a​c​t​/​1​0​/​1​/​6​3​/​4​7​25662
8https:// age​less​.link/​7​679wa
9https://​www​.smh​.com​.au/​n​a​t​i​o​n​a​l​/​h​a​r​r​i​e​t​-​f​i​n​a​l​l​y​-​w​i​t​h​d​r​a​w​s​-​a​f​t​e​r​-​1​7​6​-​y​e​a​r​s​-​2​0​0​6​0​6​2​4​-​g​d​n​t​n​q​.html
10https://www.nature.com/articles/s43587-021–00080‑0

Auteurs

Andrew Steele

Andrew Steele

docteur en physique à l'Université d'Oxford, auteur et chroniqueur chez Polytechnique Insights

Après un doctorat en physique à l'université d'Oxford, Andrew Steele réalisa que le vieillissement était le défi scientifique le plus important de notre époque. Il a ainsi changé de domaine pour se tourner vers la biologie computationnelle. Après avoir passé cinq ans à utiliser l'apprentissage automatique pour étudier l'ADN et les dossiers médicaux du NHS, il est maintenant écrivain, auteur de Ageless : The new science of getting older without getting old, et présentateur plein temps.

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