Comment le changement climatique impacte-t-il les réseaux électriques ?
- Le changement climatique fragilise le système électrique, notamment les infrastructures de transport et de distribution.
- Le fonctionnement du réseau repose à 80 % sur l’eau, une grande utilisation en est faite dans les systèmes de refroidissement des infrastructures.
- En France, cette dépendance s’explique par une large part de l’hydroélectricité (11,4 % de la production totale d’électricité en 2025) et du nucléaire (68,1%) dans le mix électrique français.
- Des étés marqués par des épisodes de vague de chaleur induisent une hausse des besoins en électricité, ainsi que des pics de consommation dont RTE anticipe une hausse, passant de 14 à 28 gigawatts en 2050.
- Les impacts des événements climatiques s’auto influencent en raison de leur interdépendance, augmentant ainsi la pression sur le système électrique.
Cet été, en France, de nombreux foyers ont été privés d’électricité en raison de canicule, d’orage ou de feu de forêt. Ces récents événements soulèvent les tensions qui planent sur le réseau électrique du territoire tout en interrogeant son adaptation face au réchauffement du climat mondial, ainsi que face à l’électrification progressive des activités humaines.
Risques sur les infrastructures
Les retombées, probablement les plus évidentes du changement climatique sur le système électrique, concernent les infrastructures de transport et de distribution. Soumis à des températures extrêmes, lors des canicules, certains équipements, comme les transformateurs et les postes électriques vieillissent prématurément, fonctionnent à capacité réduite et peuvent même subir un court-circuit1. Un peu plus en hauteur, les lignes aériennes, ont une capacité de transport qui dépend directement de la température extérieure. De plus, plus elles surchauffent, plus elles se dilatent et se rapprochent du sol, présentant un risque pour les populations et l’environnement2. Lorsque les températures extérieures dépassent 35°C, certaines mesures de pilotage, comme la redistribution des flux et la diminution de la production électrique, peuvent être mises en œuvre pour limiter les risques3.
Mais « la résilience du système électrique au changement climatique ne se traduit pas uniquement par un problème d’infrastructure, il serait très réducteur de s’arrêter à ce constat », pointe Philippe Drobinski. L’une des autres répercussions du changement climatique concerne une baisse de la capacité de production d’électricité. « En été, notre système électrique va devenir de plus en plus vulnérable, explique Philippe Drobinski. Il repose en effet à 80 % sur l’eau, une ressource particulièrement affectée par le changement climatique. Cela ne concerne pas que la France, cette forte dépendance de l’électricité à l’eau est mondiale. »
Dépendance à l’eau
En France, cette dépendance s’explique par une large part de l’hydroélectricité (11,4 % de la production totale d’électricité en 2025) et du nucléaire (68,1%) dans le mix électrique français4. Pour une centrale nucléaire, le recours à l’eau est indispensable pour le système de refroidissement. Prélevée dans le fleuve ou en mer, selon l’emplacement, l’eau est injectée dans le circuit de refroidissement dont elle ressort réchauffée, puis elle est en très grande partie rejetée dans le milieu naturel. Les prélèvements et rejets sont soumis à des seuils réglementaires : si le débit du fleuve est trop faible ou sa température trop élevée, l’installation peut être mise à l’arrêt pour protéger le milieu naturel. Or, le débit et la température des fleuves sont affectés par les canicules et sécheresses, elles-mêmes altérées par le changement climatique. La fréquence et l’intensité des canicules et sécheresses ont déjà augmenté en France hexagonale. Et dans une France à +4°C, le nombre de jours de vagues de chaleur entre mai et septembre serait multiplié par dix d’après le dernier rapport du Haut conseil pour le climat5.
Les réacteurs nucléaires les plus sensibles au climat pourraient être 2 à 3 fois plus souvent indisponibles.
Résultat, les réacteurs nucléaires les plus sensibles au climat pourraient être 2 à 3 fois plus souvent indisponibles, faisant chuter la production nationale d’électricité thermoélectrique de 10 à 15 % d’ici 2050 si les émissions de gaz à effet de serre continuent à croitre6. Une grande partie de l’Europe verrait sa production affectée dans des proportions similaires. Quant à la production hydroélectrique, également dépendante de la ressource en eau, elle pourrait baisser de 2,5 à 7 % en Méditerranée.
Une demande électrique qui augmente
Enfin, un dernier pilier du système électrique est affecté par le climat : la demande. Avec des étés de plus en plus marqués par des épisodes de vagues de chaleur, le recours croissant à la climatisation pose la question d’une hausse des besoins en électricité. « À cela s’ajoute l’électrification généralisée des usages et notamment de la mobilité, précise Philippe Drobinski. Or, les batteries supportent mal les températures élevées, qui augmentent leur consommation d’énergie. » Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France, RTE, prévoit une hausse de la consommation annuelle d’électricité en raison de la substitution de l’électricité aux énergies fossiles. Mais lors des vagues de chaleur, les pics de consommation sont l’un des grands défis pour le réseau. Ces besoins plutôt brefs d’une puissance électrique très élevée peuvent créer des tensions sur le réseau électrique. Pour 2050, RTE anticipe une hausse des appels de puissance à cause de l’utilisation de la climatisation, passant de 14 à 28 gigawatts.

Et pour couronner le tout, l’ensemble de ces effets se conjuguent l’été. Pendant une canicule, les équipements du réseau électrique surchauffent, la demande en électricité explose à cause de la climatisation… et certaines centrales sont à l’arrêt en raison des températures élevées et des faibles débits de leurs fleuves. Les événements climatiques eux-mêmes se conjuguent en raison de leur interdépendance, augmentant ainsi la pression sur le système électrique : la répétition des canicules engendre des sécheresses, elles-mêmes créant des conditions idéales à la propagation des feux de forêt. Une étude7 publiée en 2023 identifie les trois ingrédients les plus susceptibles de provoquer une défaillance du système électrique dans l’Ouest des États-Unis : des températures anormalement élevées, une anomalie de radiation solaire et des vitesses de vents anormalement faibles. Ces paramètres météo directement influencés par le changement climatique provoquent, de façon concomitante, un déséquilibre entre l’offre (qui diminue) et la demande (qui augmente).
Stratégie d’adaptation du réseau
Face aux impacts déjà observés et à venir du changement climatique, il ne fait aucun doute sur la nécessité d’adapter le réseau électrique. RTE pointe les besoins de renouvellement des équipements du réseau – majoritairement construits au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, dans un climat différent d’aujourd’hui – et propose dans son Schéma décennal de développement du réseau 20258 une stratégie d’adaptation complètement aboutie à l’horizon 2060. Reste que le dernier rapport du Haut conseil pour le climat pointe toujours des risques notables sur l’adaptation du cadre énergétique : l’instance souligne notamment une faiblesse des stratégies face aux évènements rares, mais extrêmes, ou encore face à des épisodes où les aléas naturels s’accumuleraient. Par exemple : canicules à répétition, sécheresses prolongées, incendies majeurs…

