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Rows of elevated solar panels stand over a ripening wheat field in a sustainable agrivoltaics farm.
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Sous les panneaux solaires, l’agrivoltaïsme a‑t-il le vent en poupe ?

Joseph Vernier_VF
Joseph Vernier
doctorant au CEREA/EDF et au centre interdisciplinaire Energy4Climate (IP Paris)
En bref
  • La protection des cultures est un enjeu majeur face au changement climatique, à l’intensification des sécheresses et face à la demande alimentaire mondiale, qui devrait augmenter de 45 % d’ici 2050.
  • L’agrivoltaïsme permet un ombrage pour les cultures, ce qui atténue l’intensité d’ensoleillement, tout en optimisant cette surface agricole pour produire de l’énergie électrique.
  • La présence de la structure modifie les vents sous les panneaux, parfois jusqu’à 70 % de moins que dans une zone témoin, ce qui peut participer à la création d’un microclimat, favorable selon la culture, et limiter l’évapotranspiration.
  • Les simulations numériques montrent que les conditions environnementales provoquées (vents, humidité du sol, température de l’air, etc.) varient selon qu’on se trouve pile sous un panneau, entre deux rangées ou près du bord d’une installation.

L’agrivoltaïsme, qui consiste à ins­tal­ler des pan­neaux pho­to­vol­taïques au-des­sus de terres agri­coles, s’impose de plus en plus comme une solu­tion pro­met­teuse pour conci­lier pro­duc­tion d’électricité renou­ve­lable et agri­cul­ture. Cette tech­nique offre une pro­duc­tion d’énergie propre sans la néces­si­té de nou­velles sur­faces et per­met de pro­té­ger les cultures contre un enso­leille­ment par­fois exces­sif. Publiée en début 2026 dans la revue Ener­gy Nexus1, notre étude vient enri­chir cette com­pré­hen­sion de l’agrivoltaïsme en s’intéressant à un aspect encore peu explo­ré : la façon dont les pan­neaux modi­fient la cir­cu­la­tion de l’air, et donc les échanges d’eau et d’énergie entre les plantes, le sol et l’atmosphère. Loin de remettre en cause l’intérêt de l’agrivoltaïsme, ces tra­vaux four­nissent des outils pré­cieux pour affi­ner encore la concep­tion des ins­tal­la­tions et démul­ti­plier leurs bénéfices.

Protéger les cultures, un enjeu majeur

Trop de soleil peut nuire aux plantes. Lors de la séche­resse ita­lienne de 2003, la pro­duc­ti­vi­té du maïs s’est effon­drée de 36 %. Aux États-Unis, en 2012, un épi­sode simi­laire a coû­té envi­ron 26 % de récolte de maïs par rap­port aux pro­jec­tions. Avec le réchauf­fe­ment cli­ma­tique qui inten­si­fie les séche­resses, et une demande ali­men­taire mon­diale qui devrait grim­per de 45 % d’ici 2050, pro­té­ger les cultures devient un enjeu majeur. Et c’est pré­ci­sé­ment là que l’agrivoltaïsme a une carte maî­tresse à jouer.

En ombra­geant par­tiel­le­ment les cultures, les pan­neaux solaires réduisent l’évapotranspiration, c’est-à-dire l’eau que les plantes éva­cuent par leurs feuilles. Cette eau est ain­si ren­due plus effi­ciente, car plus long­temps dis­po­nible dans les terres. Les risques d’assèchements des sols en période sèche sont atté­nués, et le stress hydrique des végé­taux éga­le­ment. Ces effets com­bi­nés offrent aux cultures une pro­duc­tion avec des pertes limi­tées. Mais atté­nuer ain­si le rayon­ne­ment solaire pour bais­ser l’évapotranspiration ne peut se faire que par une dimi­nu­tion loca­li­sée et tem­po­raire de la pho­to­syn­thèse des plantes. Alors que la dimi­nu­tion de l’évapotranspiration par la baisse du vent n’induit pas sys­té­ma­ti­que­ment une baisse de la pho­to­syn­thèse. De plus, limi­ter trop inten­sé­ment l’évapotranspiration, par une baisse de la convec­tion, peut-être néfaste si la plante a besoin de ces échanges pour se refroi­dir en période très chaude.

Le vrai savoir-faire consiste à trou­ver le bon dosage d’ombre selon le cli­mat et la culture. 

Tou­te­fois, lorsque les para­mètres sont opti­mi­sés pour l’essence végé­tale culti­vée, cer­taines études ont mon­tré qu’en condi­tions de séche­resse, les hari­cots ou les tomates culti­vés sous pan­neaux captent davan­tage de CO2 et ont de meilleurs ren­de­ments que ceux culti­vés en plein champ. Le vrai savoir-faire consiste donc à trou­ver le bon dosage d’ombre selon le cli­mat et la culture. Un équi­libre que les pro­jets agri­vol­taïques les plus abou­tis maî­trisent déjà, et que cette étude aide à affi­ner davantage.

Pour esti­mer l’évapotranspiration, les agro­nomes uti­lisent depuis des décen­nies des for­mules bien éta­blies, la plus connue étant l’équation dite « PM-FAO56 », popu­la­ri­sée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Ces for­mules s’appuient sur des mesures simples : rayon­ne­ment solaire, tem­pé­ra­ture de l’air, humi­di­té et vitesse du vent. Elles ont fait leurs preuves en plein champ. Appli­quées telles quelles à des envi­ron­ne­ments aus­si inno­vants que l’agrivoltaïsme, elles méritent d’être véri­fiées et, si besoin, ajus­tées. Ces for­mules reposent sur trois hypo­thèses : un ter­rain homo­gène, une rela­tion simple entre vitesse du vent et tur­bu­lence, puis une mesure de vent à hau­teur de réfé­rence repré­sen­ta­tive de ce qui se passe au niveau des plantes. Jusqu’à cette étude, per­sonne n’avait mesu­ré direc­te­ment la tur­bu­lence de l’écoulement de l’air sous des pan­neaux agrivoltaïques.

Des capteurs et un jumeau numérique

Pour y voir clair, nous avons ins­tal­lé des ané­mo­mètres soniques (des cap­teurs capables de mesu­rer les trois com­po­santes du vent dix fois par seconde, et donc la tur­bu­lence) sur la pla­te­forme expé­ri­men­tale agri­vol­taïque du SIRTA, un site de recherche situé près de Paris. Trois cap­teurs ont été déployés. Un dans une zone témoin sans pan­neaux, et deux au cœur de l’installation agri­vol­taïque, l’un sous les pan­neaux et l’autre au-des­sus. Ces mesures, cou­plées à des cap­teurs d’humidité du sol et de rayon­ne­ment, ont été col­lec­tées pen­dant plu­sieurs mois, entre novembre 2024 et juin 2025. En com­plé­ment, nous avons mobi­li­sé un logi­ciel de simu­la­tion numé­rique de pointe (code_saturne, déve­lop­pé par EDF) pour recons­ti­tuer en trois dimen­sions l’écoulement de l’air autour des pan­neaux et esti­mer les échanges d’énergie et d’eau à plu­sieurs endroits de l’installation afin d’évaluer leurs dif­fé­rences spa­tiales. Cette approche à la fois expé­ri­men­tale et numé­rique illustre bien le niveau de sophis­ti­ca­tion tech­nique désor­mais mis au ser­vice de l’agrivoltaïsme, une filière qui béné­fi­cie d’investissements de recherche consi­dé­rables pour opti­mi­ser chaque para­mètre de conception.

Sous les pan­neaux, le vent souffle en géné­ral moins fort que dans la zone témoin, par­fois jusqu’à 70 % de moins. C’est en réa­li­té une bonne nou­velle pour les cultures sen­sibles au des­sè­che­ment, puisqu’un vent plus faible limite méca­ni­que­ment les pertes en eau par éva­po­trans­pi­ra­tion. De plus, la tur­bu­lence de l’air est, par endroit, net­te­ment plus forte sous les pan­neaux, avec des écarts pou­vant dépas­ser 300 % par rap­port à la zone témoin dans cer­taines condi­tions – un phé­no­mène qui montre à quel point les pan­neaux créent un véri­table micro­cli­mat, dis­tinct et riche, qu’il devient désor­mais pos­sible de carac­té­ri­ser pré­ci­sé­ment grâce à cette étude. Ce résul­tat remet en ques­tion l’une des hypo­thèses des for­mules clas­siques d’évapotranspiration, à savoir que la tur­bu­lence sui­vrait tou­jours la vitesse du vent.

Cette étude montre que la rela­tion est plus sub­tile en envi­ron­ne­ment agri­vol­taïque, néces­si­tant des modèles encore plus pré­cis, taillés sur mesure pour ces ins­tal­la­tions. Nous avons éga­le­ment obser­vé que le vent, selon la direc­tion et l’inclinaison des pan­neaux (qui pour cer­taines ins­tal­la­tions peuvent pivo­ter au cours de la jour­née afin de suivre la course du soleil), peut être réduit de 10 % à 60 % loca­le­ment. Voi­ci donc un levier sup­plé­men­taire que les concep­teurs pour­ront exploi­ter pour modu­ler fine­ment l’exposition des cultures selon leurs besoins spé­ci­fiques. Le pro­fil ver­ti­cal du vent, plus com­plexe sous les pan­neaux qu’en champ ouvert, pré­sente un maxi­mum local juste en des­sous des pan­neaux, puis dimi­nue dans la zone de sillage qu’ils créent, avant de remon­ter au-des­sus. C’est une excel­lente nou­velle, car elle indique pré­ci­sé­ment où et com­ment mesu­rer pour obte­nir des don­nées vrai­ment repré­sen­ta­tives de ce qui se passe au niveau des cultures, plu­tôt que de se fier à des mesures prises plus haut qui ne reflètent pas tou­jours la réa­li­té au sol.

Une richesse de microclimats à l’échelle de la parcelle

Les simu­la­tions numé­riques confirment et affinent ces obser­va­tions de ter­rain. Elles montrent que les condi­tions varient selon qu’on se trouve pile sous un pan­neau, entre deux ran­gées, ou près du bord d’une ins­tal­la­tion. Loin d’être un incon­vé­nient, cette diver­si­té de micro­cli­mats au sein d’une même par­celle peut deve­nir un atout : elle per­met d’envisager, à terme, des stra­té­gies de plan­ta­tion selon les zones, tirant par­ti des condi­tions les plus favo­rables à chaque endroit de l’installation. Cette même diver­si­té se retrouve dans l’humidité du sol. Au prin­temps, le sol situé exac­te­ment sous un rang de pan­neaux conserve net­te­ment plus d’eau (autour de 30 %) que celui situé entre deux ran­gées (qui des­cend à 18 % dans les mêmes condi­tions) – une confir­ma­tion sup­plé­men­taire que les pan­neaux jouent effi­ca­ce­ment leur rôle de conser­va­tion de l’humidité du sol, avec en prime un effet de col­lecte natu­relle de l’eau de pluie qui ruis­selle le long de leur surface.

En com­bi­nant simu­la­tions numé­riques pous­sées et intel­li­gence arti­fi­cielle, les cher­cheurs entre­voient la pos­si­bi­li­té de construire des outils de concep­tion encore plus performants.

Ces nou­velles connais­sances ont une por­tée très concrète. Selon la méthode de cal­cul uti­li­sée et l’endroit exact où l’on place le cap­teur de mesure, l’estimation de l’évapotranspiration sous pan­neaux peut varier signi­fi­ca­ti­ve­ment, alors qu’en plein champ, les dif­fé­rentes méthodes convergent faci­le­ment. C’est jus­te­ment en iden­ti­fiant cette marge d’incertitude que l’étude rend un grand ser­vice à la filière. Elle per­met aux por­teurs de pro­jets de mieux cali­brer leurs pré­vi­sions dès la concep­tion, et donc de sécu­ri­ser des ins­tal­la­tions dont le poten­tiel agro­no­mique et éner­gé­tique sera encore mieux maîtrisé.

Sur le plus long terme, l’étude ouvre une pers­pec­tive enthou­sias­mante : le déve­lop­pe­ment de for­mules d’évapotranspiration spé­ci­fi­que­ment conçues pour les sys­tèmes agri­vol­taïques. En com­bi­nant simu­la­tions numé­riques pous­sées et intel­li­gence arti­fi­cielle, les cher­cheurs entre­voient la pos­si­bi­li­té de construire des outils de concep­tion encore plus per­for­mants, capables d’intégrer la géo­mé­trie des pan­neaux, leur incli­nai­son et les condi­tions météo­ro­lo­giques locales. De quoi per­mettre aux futures ins­tal­la­tions agri­vol­taïques d’optimiser simul­ta­né­ment la pro­duc­tion d’électricité et les ren­de­ments agri­coles. Une avan­cée qui confirme, une fois de plus, tout le poten­tiel de cette filière à la croi­sée de la tran­si­tion éner­gé­tique et de la rési­lience agricole.

1Ver­nier, J., Luo, J., Bado­sa, J., Dupont, E., Fau­cheux, A., & Mas­sin, P. (2026). “Conse­quences on ener­gy and water exchanges of air­flow modi­fi­ca­tions in agri­vol­taic sys­tems.” Ener­gy Nexus, 21, 100680.↑

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