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Semi-conducteurs : le Chips Act européen peut-il changer la donne ?

Pascal Vivet_VF
Pascal Vivet
chercheur au CEA-Leti sur le programme de co-optimisation des technologies de conception, division des composants en silicium
En bref
  • Adopté en 2023 par l’Europe, le Chips Act a pour ambition de renforcer les capacités industrielles du continent et de réduire certaines dépendances stratégiques.
  • Il vise à mobiliser jusqu'à 43 milliards d'euros d'investissements et à porter la part de l'Union européenne dans la production mondiale de semi-conducteurs à 20 % d'ici 2030.
  • Il y a une quinzaine d’années, les industriels européens ont progressivement cessé de poursuivre la course technologique, laissant le champ libre aux acteurs américains et asiatiques.
  • L’Europe ne dispose donc pas, aujourd’hui, des ressources humaines nécessaires pour déployer rapidement plusieurs méga-usines de pointe.
  • En revanche, elle détient de grands groupes industriels solides, mais elle manque encore d’un tissu dense de startups capables de faire émerger les futurs leaders du secteur.

Depuis les pénu­ries de la crise sani­taire du Covid-19, la forte cen­tra­li­sa­tion de la pro­duc­tion à Taï­wan et la guerre tech­no­lo­gique sino-amé­ri­caine autour de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, les semi-conduc­teurs occupent une place sin­gu­lière dans les poli­tiques indus­trielles. Pré­sents dans les smart­phones, les centres de don­nées, les véhi­cules, les équi­pe­ments médi­caux ou les sys­tèmes de défense, ils concentrent une part crois­sante des inves­tis­se­ments tech­no­lo­giques et des stra­té­gies de sou­ve­rai­ne­té1.

Dans ce pay­sage domi­né par quelques acteurs capables de pro­duire les puces les plus avan­cées, l’Eu­rope appa­raît dans une pos­ture bien spé­ci­fique. Le conti­nent dis­pose d’en­tre­prises de pre­mier plan dans cer­tains seg­ments de la chaîne de valeur, à com­men­cer par ASML dans la litho­gra­phie EUV, mais demeure absent de la fabri­ca­tion des nœuds les plus avan­cés, aujourd’­hui domi­née par TSMC et Sam­sung2. Cette situa­tion a conduit l’U­nion euro­péenne à adop­ter le Chips Act, dont l’am­bi­tion est de ren­for­cer les capa­ci­tés indus­trielles du conti­nent et de réduire cer­taines dépen­dances stra­té­giques3. Tou­te­fois, l’en­jeu ne se résume pas à la construc­tion de nou­velles usines ou à la maî­trise des pro­cé­dés de fabri­ca­tion les plus miniaturisés.

Une par­tie des tra­vaux menés aujourd’­hui dans l’in­dus­trie et la recherche porte sur d’autres tra­jec­toires tech­no­lo­giques, notam­ment autour des chi­plets, de l’in­té­gra­tion hété­ro­gène et des tech­niques avan­cées d’as­sem­blage des com­po­sants4. Ces approches per­mettent de com­bi­ner, au sein d’un même sys­tème, des briques tech­no­lo­giques déve­lop­pées selon des pro­cé­dés dif­fé­rents plu­tôt qu’à pour­suivre uni­que­ment la course à la miniaturisation.

Le Chips Act euro­péen en bref

Adop­té en 2023, le Chips Act consti­tue la prin­ci­pale ini­tia­tive euro­péenne dans les semi-conduc­teurs. Il vise à mobi­li­ser jus­qu’à 43 mil­liards d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ments publics et pri­vés et à por­ter la part de l’U­nion euro­péenne dans la pro­duc­tion mon­diale à 20 % d’i­ci 2030. Le dis­po­si­tif sou­tient la recherche, les capa­ci­tés indus­trielles et la sécu­ri­sa­tion des chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Plu­sieurs pro­jets majeurs ont déjà été annon­cés, notam­ment en Alle­magne, en France et en Italie.

Direc­teur scien­ti­fique du pro­gramme « Inte­gra­tion and Packa­ging » au CEA-Leti, Pas­cal Vivet tra­vaille depuis plu­sieurs années sur les tech­no­lo­gies d’intégration avan­cées des semi-conduc­teurs5. Ses recherches portent notam­ment sur les archi­tec­tures tri­di­men­sion­nelles, les chi­plets et les pro­cé­dés d’assemblage per­met­tant de com­bi­ner dif­fé­rentes fonc­tions élec­tro­niques au sein d’un même sys­tème. Par­mi ces tra­vaux figure notam­ment le pro­jet IntAct, consa­cré à de nou­velles archi­tec­tures mul­ti­cœurs repo­sant sur l’empilement tri­di­men­sion­nel de chiplets­6.

Les enjeux et objec­tifs du EU Chips Act. Source : Euro­pean Com­mis­sion. Euro­pean Par­lia­ment. Statista

Pour­quoi parle-t-on déjà d’un Chips Act 2.0 ?

Alors que les pre­miers pro­jets sou­te­nus par le Chips Act sont encore en cours de déploie­ment, plu­sieurs res­pon­sables euro­péens et acteurs de l’in­dus­trie évoquent déjà une deuxième phase de la stra­té­gie euro­péenne sur les semi-conduc­teurs. Le pre­mier volet a lar­ge­ment por­té sur les capa­ci­tés de pro­duc­tion et les inves­tis­se­ments indus­triels. Les dis­cus­sions actuelles concernent davan­tage le finan­ce­ment des entre­prises de concep­tion, les com­pé­tences, la recherche, les tech­no­lo­gies d’in­té­gra­tion avan­cées et les seg­ments où l’Eu­rope dis­pose déjà de posi­tions solides. Aucune ini­tia­tive offi­cielle n’a pour l’ins­tant été adop­tée sous le nom de « Chips Act 2.0 ». L’ex­pres­sion est néan­moins de plus en plus uti­li­sée pour dési­gner cette pos­sible évo­lu­tion de la poli­tique euro­péenne des semi-conducteurs.

Aujourd’hui, l’Europe ne produit pas les puces les plus avancées, alors que certains acteurs mondiaux en fabriquent déjà en 3 nm. Quels sont, selon vous, les obstacles technologiques qui expliquent cet écart ?

Pas­cal Vivet. L’Europe dis­po­sait his­to­ri­que­ment d’un savoir-faire sur les tech­no­lo­gies les plus avan­cées, por­té notam­ment par STMi­croe­lec­tro­nics, Infi­neon ou NXP. Mais il y a une quin­zaine d’années, les indus­triels euro­péens ont pro­gres­si­ve­ment ces­sé de pour­suivre cette course tech­no­lo­gique, lais­sant le champ libre aux acteurs amé­ri­cains (comme Intel) et aux acteurs asia­tiques comme TSMC et Sam­sung, seuls capables de mobi­li­ser les inves­tis­se­ments mas­sifs désor­mais nécessaires.

L’écart actuel relève davan­tage d’une ques­tion d’investissement que d’un défi­cit tech­no­lo­gique. L’Europe conserve des com­pé­tences de pre­mier plan, notam­ment dans la litho­gra­phie avec ASML. Au CEA-Leti, les tra­vaux se pour­suivent sur des lignes pilotes FD-SOI avan­cées autour du 10 nm, avec l’objectif de trans­fé­rer ces inno­va­tions vers l’industrie. Atteindre des nœuds tech­no­lo­giques plus avan­cés reste donc pos­sible. Pas­ser du 28 nm ou du 18 nm, aujourd’hui uti­li­sés indus­triel­le­ment en Europe, vers du 10 nm ou du 7 nm repré­sen­te­rait déjà un saut tech­no­lo­gique consi­dé­rable. La véri­table ques­tion est celle des moyens que l’Europe est prête à consa­crer à cette ambition.

La chaîne de valeur repose sur quelques maillons ultra concentrés comme ASML pour la lithographie EUV, TSMC pour la fabrication avancée ou Cadence, Synopsys et SIEMENS pour le design. Quel est, selon vous, le goulet d’étranglement le plus critique pour l’Europe si elle veut réellement gagner en autonomie ?

La prin­ci­pale fra­gi­li­té concerne l’écosystème des entre­prises de concep­tion, les fabless [ndlr : entre­prises sans usine], qui déve­loppent de nou­velles archi­tec­tures de cir­cuits et de nou­veaux sys­tèmes. C’est sou­vent dans ces struc­tures que naissent les inno­va­tions les plus dis­rup­tives. L’Europe dis­pose de grands groupes indus­triels solides, mais elle manque encore d’un tis­su dense de star­tups capables de faire émer­ger les futurs lea­ders du sec­teur. Les États-Unis béné­fi­cient depuis long­temps d’un éco­sys­tème par­ti­cu­liè­re­ment dyna­mique, sou­te­nu par un capi­tal-risque capable d’accompagner très rapi­de­ment la crois­sance des entre­prises inno­vantes. On peut noter, par exemple, deux star­tups conce­vant des accé­lé­ra­teurs IA en tech­no­lo­gies avan­cées, comme AXELERA (en Hol­lande) ou VSORA (en France).

Le Chips Act a pour objec­tif d’apporter des réponses à tra­vers la créa­tion de pla­te­formes de concep­tion mutua­li­sées, avec la mise à dis­po­si­tion d’outils com­muns et de biblio­thèques tech­no­lo­giques ouvertes7. Mais la prin­ci­pale dif­fi­cul­té demeure la capa­ci­té à finan­cer l’accélération de ces entre­prises. Les star­tups euro­péennes dis­posent sou­vent des com­pé­tences et des idées néces­saires, mais peinent à chan­ger d’échelle suf­fi­sam­ment vite pour riva­li­ser avec leurs concur­rentes amé­ri­caines ou asia­tiques. Le pro­blème n’est donc pas tant tech­no­lo­gique que finan­cier. L’Europe peine encore à trans­for­mer rapi­de­ment ses inno­va­tions en acteurs indus­triels de pre­mier plan.

Fabless, fon­deurs, équi­pe­men­tiers : qui fait quoi dans un semi-conducteur ?

La fabri­ca­tion d’une puce repose sur plu­sieurs métiers dis­tincts. Les entre­prises dites fabless conçoivent les archi­tec­tures élec­tro­niques mais ne pos­sèdent pas d’u­sines de fabri­ca­tion. NVIDIA, Qual­comm ou AMD fonc­tionnent selon ce modèle. Les fon­deurs, comme TSMC ou Sam­sung, pro­duisent phy­si­que­ment les puces pour leurs clients. D’autres acteurs four­nissent les outils de concep­tion élec­tro­nique, comme Cadence, Synop­sys, ain­si que SIEMENS socié­té de CAP Euro­péenne, [VP1.1]ou les équi­pe­ments indus­triels néces­saires à la fabri­ca­tion, comme ASML pour la litho­gra­phie. Cette spé­cia­li­sa­tion crois­sante explique pour­quoi aucune entre­prise ne maî­trise aujourd’­hui l’en­semble de la chaîne de valeur mondiale.

L’Europe dispose d’un avantage reconnu sur le FD-SOI avec STMicroelectronics et GlobalFoundries. Ce positionnement peut-il constituer un véritable pilier de souveraineté technologique ou reste-t-on sur un segment trop limité pour peser face au CMOS avancé ?

Le FD-SOI consti­tue un véri­table atout pour l’Europe, même s’il ne couvre pas l’ensemble des besoins. Pour les appli­ca­tions de cal­cul inten­sif, les centres de don­nées ou les infra­struc­tures d’intelligence arti­fi­cielle les plus avan­cées, le CMOS de pointe demeure incon­tour­nable. En revanche, pour des domaines comme l’ordinateur quan­tique, les micro­con­trô­leurs, l’imagerie, les cap­teurs, les appli­ca­tions low power, ou la cyber­sé­cu­ri­té, le FD-SOI offre des avan­tages impor­tants et peut consti­tuer un fac­teur de dif­fé­ren­cia­tion signi­fi­ca­tif. À condi­tion de pour­suivre les inves­tis­se­ments néces­saires, cette tech­no­lo­gie peut donc repré­sen­ter un pilier stra­té­gique sur un ensemble d’applications indus­trielles majeures.

Construire une usine de semi-conducteurs avancés demande des années et des compétences très spécialisées. L’Europe dispose-t-elle aujourd’hui des ressources humaines et industrielles nécessaires pour monter en capacité, ou existe-t-il un risque de sous-utilisation ?

La ques­tion des com­pé­tences consti­tue l’un des prin­ci­paux défis. Aujourd’hui, l’Europe ne dis­pose pas encore des res­sources humaines néces­saires pour déployer rapi­de­ment plu­sieurs méga-usines de pointe. C’est pré­ci­sé­ment l’un des enjeux trai­tés dans le cadre du Chips Act. En France notam­ment, des efforts impor­tants sont enga­gés dans les uni­ver­si­tés, les écoles d’ingénieurs, les orga­nismes de recherche et les labo­ra­toires afin d’augmenter les capa­ci­tés de for­ma­tion et le nombre de diplô­més dans les domaines liés à la micro­élec­tro­nique. Mais for­mer les com­pé­tences néces­saires à une indus­trie de cette ampleur demande du temps. Même avec les inves­tis­se­ments indus­triels adé­quats, la mon­tée en puis­sance des res­sources humaines s’inscrit dans une tem­po­ra­li­té longue.

Le Chips Act européen vise 20 % de la production mondiale d’ici 2030. Sur un plan strictement technologique, indépendamment des considérations politiques, cet objectif vous semble-t-il atteignable ?

L’évaluation reste déli­cate tant les tra­jec­toires indus­trielles dépendent de fac­teurs tech­no­lo­giques, humains et poli­tiques. Au-delà des défis tech­no­lo­giques eux-mêmes, il faut prendre en compte les délais de mon­tée en pro­duc­tion, les dif­fi­cul­tés de recru­te­ment et la com­plexi­té des pro­ces­sus de déci­sion euro­péens. La volon­té poli­tique existe, mais sa tra­duc­tion opé­ra­tion­nelle reste sou­vent plus lente. L’objectif est ambi­tieux et consti­tue un signal impor­tant pour l’industrie euro­péenne. Quant à savoir s’il sera effec­ti­ve­ment atteint d’ici 2030, il est encore trop tôt pour l’affirmer.

Dans la chaîne de valeur mondiale, certains composants restent quasi impossibles à substituer, comme les équipements EUV d’ASML ou certains matériaux de haute pureté produits par très peu d’acteurs. Parmi ces dépendances, laquelle vous semble aujourd’hui la plus structurante pour l’Europe si elle veut sécuriser sa capacité de production sur le long terme ?

Aucun ver­rou tech­no­lo­gique unique ne semble aujourd’hui empê­cher l’Europe d’avancer. L’accès aux équi­pe­ments EUV d’ASML, par exemple, reste assu­ré puisqu’il s’agit d’une tech­no­lo­gie euro­péenne. Les prin­ci­paux freins appa­raissent davan­tage du côté des inves­tis­se­ments, des com­pé­tences, de la struc­tu­ra­tion indus­trielle, des capa­ci­tés de concep­tion et du déve­lop­pe­ment de l’écosystème entrepreneurial.

Dans le contexte géo­po­li­tique actuel, mar­qué par la mul­ti­pli­ca­tion des ten­sions inter­na­tio­nales et le retour des pré­oc­cu­pa­tions de sou­ve­rai­ne­té, l’Europe dis­pose néan­moins d’une oppor­tu­ni­té impor­tante. Les besoins crois­sants dans les sec­teurs de la défense, du spa­tial et des infra­struc­tures cri­tiques créent un envi­ron­ne­ment favo­rable au déve­lop­pe­ment de nou­velles capa­ci­tés indus­trielles. Même avec un cer­tain retard sur les pro­cé­dés les plus avan­cés, les inves­tis­se­ments enga­gés aujourd’hui pour­raient pro­duire des résul­tats signi­fi­ca­tifs à l’horizon de 5 à 10 ans.

Pour­quoi la fabri­ca­tion avan­cée est-elle concen­trée à Taï­wan ?

Les puces les plus avan­cées néces­sitent des inves­tis­se­ments indus­triels consi­dé­rables. Une seule usine peut repré­sen­ter plu­sieurs dizaines de mil­liards d’eu­ros. Au fil du temps, seuls quelques acteurs ont conser­vé les capa­ci­tés finan­cières et tech­no­lo­giques néces­saires pour pour­suivre cette course, en par­ti­cu­lier TSMC et Sam­sung. Cette concen­tra­tion explique pour­quoi la pro­duc­tion de semi-conduc­teurs est deve­nue un sujet de sou­ve­rai­ne­té pour de nom­breux États.

La course aux semi-conducteurs se résume souvent à la maîtrise des nœuds technologiques les plus avancés. Cette vision reflète-t-elle réellement les enjeux industriels du secteur aujourd’hui ?

Pas entiè­re­ment. La foca­li­sa­tion sur les nœuds tech­no­lo­giques les plus avan­cés donne par­fois une vision incom­plète des enjeux indus­triels actuels. L’une des évo­lu­tions majeures du sec­teur concerne l’intégration hété­ro­gène, c’est-à-dire la capa­ci­té à com­bi­ner plu­sieurs tech­no­lo­gies spé­cia­li­sées au sein d’un même sys­tème. L’objectif n’est plus seule­ment de fabri­quer une puce unique tou­jours plus minia­tu­ri­sée, mais d’assembler dif­fé­rents chi­plets dédiés spé­ci­fi­que­ment au cal­cul, à la mémoire, aux cap­teurs, à la ges­tion de l’énergie, à la cyber­sé­cu­ri­té ou encore aux communications.

Les tech­no­lo­gies d’intégration 3D et de packa­ging avan­cé per­mettent pré­ci­sé­ment de réunir ces dif­fé­rentes briques tech­no­lo­giques. Sur ce ter­rain, l’Europe dis­pose déjà d’atouts impor­tants. Le CEA-Leti en France, mais aus­si plu­sieurs acteurs en Alle­magne ou en Bel­gique, déve­loppent depuis plu­sieurs années des com­pé­tences recon­nues dans ces domaines. Cette approche peut répondre aux besoins de sec­teurs stra­té­giques euro­péens comme l’automobile, le spa­tial ou la défense, le quan­tique, l’IA, la com­mu­ni­ca­tion, les cap­teurs, tout en limi­tant les coûts et les risques asso­ciés à la course per­ma­nente aux pro­cé­dés les plus avancés.

Les chi­plets, une autre manière de conce­voir les semi-conduc­teurs
 
Plu­tôt que de regrou­per toutes les fonc­tions sur une seule puce, l’ap­proche des chi­plets consiste à assem­bler plu­sieurs com­po­sants spé­cia­li­sés : cal­cul, mémoire, cap­teurs ou sécu­ri­té, dans leurs tech­no­lo­gies res­pec­tives. Asso­ciés aux tech­no­lo­gies d’in­té­gra­tion 3D et de packa­ging avan­cé, les chi­plets offrent davan­tage de flexi­bi­li­té et per­mettent de com­bi­ner des pro­cé­dés de fabri­ca­tion dif­fé­rents au sein d’un même sys­tème. Cette approche occupe aujourd’­hui une place crois­sante dans l’in­dus­trie des semi-conducteurs.

L’Europe dispose-t-elle d’atouts particuliers sur lesquels elle pourrait s’appuyer pour renforcer sa position dans l’écosystème mondial des semi-conducteurs ?

L’Europe pos­sède des posi­tions solides dans plu­sieurs domaines com­plé­men­taires aux semi-conduc­teurs eux-mêmes. Les logi­ciels embar­qués, les sys­tèmes embar­qués, la cyber­sé­cu­ri­té ou encore les tech­no­lo­gies de pro­tec­tion des infra­struc­tures numé­riques consti­tuent des sec­teurs dans les­quels les acteurs euro­péens dis­posent d’une exper­tise recon­nue. Ces com­pé­tences sont essen­tielles pour sécu­ri­ser les centres de don­nées, les infra­struc­tures cloud, les ser­vices publics ou les sys­tèmes indus­triels cri­tiques. Elles repré­sentent des leviers impor­tants de sou­ve­rai­ne­té tech­no­lo­gique et per­mettent à l’Europe de conser­ver des posi­tions fortes sur des seg­ments à forte valeur ajoutée.

Concrètement, si l’Europe décidait d’accroître fortement ses investissements dans les semi-conducteurs et les technologies associées, quels domaines devraient être privilégiés ?

La ques­tion fait aujourd’hui l’objet de nom­breux débats au sein de l’écosystème euro­péen. Le quan­tique concentre déjà des inves­tis­se­ments impor­tants. Les appli­ca­tions indus­trielles res­tent encore éloi­gnées, mais ne pas inves­tir aujourd’hui revien­drait à prendre un retard poten­tiel­le­ment irré­ver­sible demain.

Dans les semi-conducteurs, une autre interrogation porte sur le CMOS avancé. Faut-il développer des capacités européennes propres ou attirer davantage de production avancée sur le territoire européen afin de sécuriser les approvisionnements stratégiques ?

Les deux approches res­tent ouvertes. Paral­lè­le­ment, l’Europe gagne­rait à ren­for­cer ses inves­tis­se­ments dans les domaines où elle dis­pose déjà d’avantages com­pé­ti­tifs : l’intégration hété­ro­gène, le FD-SOI, l’Internet des objets, la robo­tique indus­trielle, l’industrie 4.0, la cyber­sé­cu­ri­té ou encore les tech­no­lo­gies des­ti­nées au sec­teur de la san­té. La micro­élec­tro­nique se situe aujourd’hui au cœur de l’ensemble de ces éco­sys­tèmes. Ren­for­cer ces filières revient donc à ren­for­cer plus lar­ge­ment la sou­ve­rai­ne­té tech­no­lo­gique européenne.

Propos recueillis par Aicha Fall
1Euro­pean Com­mis­sion, Euro­pean Chips Act, 2024 : https://​digi​tal​-stra​te​gy​.ec​.euro​pa​.eu/​e​n​/​p​o​l​i​c​i​e​s​/​e​u​r​o​p​e​a​n​-​c​h​i​p​s-act
2ASML, EUV Litho­gra­phy Sys­tems : https://​www​.asml​.com/​p​r​o​d​u​c​t​s​/​e​u​v​-​l​i​t​h​o​g​r​a​p​h​y​-​s​y​stems
3Euro­pean Com­mis­sion, Euro­pean Chips Act, 2024 : https://​digi​tal​-stra​te​gy​.ec​.euro​pa​.eu/​e​n​/​p​o​l​i​c​i​e​s​/​e​u​r​o​p​e​a​n​-​c​h​i​p​s-act
4IEEE Elec­tro­nics Packa­ging Socie­ty, Hete­ro­ge­neous Inte­gra­tion Road­map (HIR): https://​eps​.ieee​.org/​t​e​c​h​n​o​l​o​g​y​/​h​e​t​e​r​o​g​e​n​e​o​u​s​-​i​n​t​e​g​r​a​t​i​o​n​-​r​o​a​dmap/
5CEA-Leti, Bio­gra­phie Pas­cal Vivet : https://​leti​-inno​va​tion​-days​.com/​s​p​e​a​k​e​r​/​p​a​s​c​a​l​-​v​ivet/
6Pas­cal Vivet, Eric Guth­mul­ler, Yvain Thon­nart, Gaël Pillon­net, Cesar Fuguet, et al.. IntAct : A 96-Core Pro­ces­sor With Six Chi­plets 3D-Sta­cked on an Active Inter­po­ser With Dis­tri­bu­ted Inter­con­nects and Inte­gra­ted Power Mana­ge­ment. IEEE Jour­nal of Solid-State Cir­cuits, 2021, 56 (1), pp.79–97. https://​hal​.science/​h​a​l​-​0​3​0​7​2​9​5​9​v​1​/​d​o​c​ument
7EuroCDP, Europe’s Chip Desi­gn Plat­form : https://​eurocdp​.eu

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