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L’Europe décroche, peut-elle accélérer en matière d’innovation ?

Philippe Aghion_VF
Philippe Aghion
prix Nobel d’Économie 2025, professeur au Collège de France, à la London School of Economics et à l'INSEAD
En bref
  • Depuis la fin des années 1980, l’Europe a progressivement perdu du terrain par rapport aux États-Unis en matière de PIB par habitant, de productivité et d’innovations de rupture.
  • Malgré l’existence officielle du marché unique, les réglementations nationales fragmentent l’espace économique, ce qui, pour une startup, limite la taille du marché accessible dès le départ.
  • L’Europe dispose toutefois d’atouts importants avec un fort pouvoir d’attraction lié à ses valeurs : démocratie, liberté académique, État de droit, modèle social, qualité de vie.
  • L’intelligence artificielle est une opportunité majeure. L’objectif n’étant pas de copier le modèle américain, mais de développer une IA alignée avec les valeurs européennes.
  • Si l’Europe ne se donne pas les moyens d’agir, l’agenda de relance industrielle et technologique risque d’échouer.

Le décro­chage de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine est une réa­li­té, en par­ti­cu­lier dans les tech­no­lo­gies de rup­ture et l’intelligence arti­fi­cielle. Ce n’est pas que l’Europe man­que­rait d’idées, de cher­cheurs ou de capa­ci­tés scien­ti­fiques. Au contraire, une part impor­tante de la recherche à l’origine des inno­va­tions de rup­ture est pro­duite sur notre conti­nent. Le pro­blème réside plu­tôt dans la dif­fi­cul­té à trans­for­mer ces inno­va­tions en entre­prises mon­diales, capables de croître rapi­de­ment et de riva­li­ser avec les géants amé­ri­cains ou chi­nois. Il s’agit donc moins d’un pro­blème de créa­tion de star­tups que d’une dif­fi­cul­té à pas­ser à l’échelle.

Le décrochage européen

Depuis la fin des années 1980, l’Europe a pro­gres­si­ve­ment per­du du ter­rain par rap­port aux États-Unis en matière de PIB par habi­tant, de pro­duc­ti­vi­té et d’innovations de rup­ture. Après 1945, la crois­sance euro­péenne repo­sait lar­ge­ment sur un modèle de rat­tra­page. Un cycle de crois­sance s’était amor­cé avec la recons­truc­tion du capi­tal détruit par la guerre. Il s’était pour­sui­vi avec l’imitation des inno­va­tions amé­ri­caines asso­ciées à la deuxième révo­lu­tion indus­trielle – l’électricité et ses nom­breuses appli­ca­tions, le moteur à explo­sion – qui outre-Atlan­tique s’était déployée une géné­ra­tion plus tôt, dès les années 1920–1930.

Mais lorsque l’économie mon­diale est entrée dans une nou­velle phase de crois­sance, où le déter­mi­nant prin­ci­pal est l’innovation à la fron­tière tech­no­lo­gique, l’Europe n’a pas su chan­ger de modèle. Elle est res­tée forte dans cer­tains sec­teurs, comme l’aéronautique, le nucléaire, la phar­ma­cie, les infra­struc­tures, mais elle a man­qué le coche des tech­no­lo­gies de l’information puis des bio­tech­no­lo­gies. Et elle est sou­vent enfer­mée dans une inno­va­tion incré­men­tale de moyenne tech­no­lo­gie. En matière d’innovation de rup­ture, les États-Unis nous ont dis­tan­cés. Et, nou­veau­té, la Chine émerge, avec à la clé une ambi­tion scien­ti­fique et indus­trielle de très longue por­tée, qui pro­duit aujourd’hui des résul­tats spec­ta­cu­laires. Pour­tant, les articles de recherche qui sous-tendent ces inno­va­tions de rup­ture sont issus en bonne par­tie d’universités et d’instituts européens.

Des blocages structurels

Pour­quoi ce poten­tiel n’est-il pas exploi­té ? La pre­mière rai­son est l’absence d’un véri­table mar­ché euro­péen. Mal­gré l’existence offi­cielle du mar­ché unique, les régle­men­ta­tions natio­nales conti­nuent de frag­men­ter l’espace éco­no­mique. Pour une entre­prise inno­vante, cette frag­men­ta­tion limite la taille du mar­ché acces­sible dès le départ. Or, les inno­va­tions de rup­ture ont besoin d’un grand mar­ché domes­tique pour se déve­lop­per rapi­de­ment. À cela s’ajoute l’absence d’un mar­ché euro­péen des capi­taux réel­le­ment inté­gré, ce qui freine l’accès au finan­ce­ment, en par­ti­cu­lier au capital-risque.

Or, jus­te­ment, la fai­blesse du capi­tal-risque est la seconde rai­son de notre retard. Les États-Unis dis­posent d’un éco­sys­tème finan­cier très puis­sant, sou­te­nu par des inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels, des fonds de pen­sion et une forte culture du risque. En Europe, ces méca­nismes sont insuf­fi­sants. Les star­tups euro­péennes peuvent naître, mais elles peinent à croître, faute de finan­ce­ments adap­tés. Elles finissent sou­vent par être rache­tées ou par se déve­lop­per ailleurs, notam­ment aux États-Unis. La Suède est une excep­tion inté­res­sante, car elle a su déve­lop­per des fonds de pen­sion mal­gré un sys­tème de retraite qui n’est pas fon­dé sur la capitalisation.

Une troi­sième rai­son est la fai­blesse des finan­ce­ments de long terme pour la recherche. L’innovation de rup­ture sup­pose la pos­si­bi­li­té d’échouer, ain­si que des finan­ce­ments patients. Or, beau­coup de dis­po­si­tifs, comme en France l’Agence natio­nale de la recherche, financent des pro­jets sur trois à cinq ans, ce qui pousse les cher­cheurs à mul­ti­plier les dos­siers admi­nis­tra­tifs plu­tôt qu’à se concen­trer sur la recherche. Les LABEX, finan­cés sur neuf ou dix ans, sont pré­sen­tés comme une expé­rience posi­tive ayant sti­mu­lé l’innovation autour des labo­ra­toires concer­nés. L’ERC (Euro­pean Research Coun­cil), qui finance des pro­jets de recherche explo­ra­toire à risque sur des cri­tères d’excellence scien­ti­fique, sont un acquis sur lequel s’appuyer. Il fau­drait ren­for­cer ce type de finan­ce­ment, en réal­louant une par­tie des moyens aujourd’hui consa­crés à des dis­po­si­tifs moins effi­caces, comme cer­tains usages du cré­dit d’impôt recherche en France.

Repenser la puissance économique

L’Europe a aus­si, par rap­port à la Chine et aux États-Unis, un pro­blème de taille : elle ne s’est réso­lue que tar­di­ve­ment à faire de la poli­tique indus­trielle, et elle n’alloue que des moyens limi­tés. L’Union euro­péenne est sou­vent pré­sen­tée comme un géant régle­men­taire mais un nain bud­gé­taire. C’est encore plus net quand on consi­dère les dépenses d’investissements. Mais la dif­fi­cul­té à inves­tir va de pair avec une culture ins­ti­tu­tion­nelle dont l’étoile polaire reste la « concur­rence libre et non faus­sée ». Long­temps, l’UE a limi­té les aides sec­to­rielles et bri­dé la poli­tique indus­trielle des États qui en per­ce­vaient l’utilité. Au nom de la concur­rence, elle a empê­ché la consti­tu­tion de géants mon­diaux. Or, sans même par­ler de la Chine, qui en a fait la clé de son déve­lop­pe­ment, les États-Unis n’ont pas eu ces scru­pules. Ils dis­posent d’outils comme la DARPA ou BARDA, qui financent des pro­jets stra­té­giques en met­tant en concur­rence plu­sieurs équipes. Ce modèle com­bine orien­ta­tion publique, concur­rence, expé­ri­men­ta­tion et liber­té d’action, en com­bi­nant des prio­ri­tés bien défi­nies et des pro­grammes ouverts fai­sant la part du bot­tom up. Il a contri­bué à des inno­va­tions majeures comme Inter­net ou le GPS. L’Europe devrait créer des struc­tures com­pa­rables, notam­ment dans la défense, l’intelligence arti­fi­cielle, l’énergie verte et les biotechnologies.

La concur­rence est une bonne chose, mais elle doit être pen­sée de manière dyna­mique. L’épisode du refus de fusion entre Alstom et Sie­mens illustre une vision trop sta­tique de la concur­rence, cen­trée sur les parts de mar­ché immé­diates plu­tôt que sur la contes­ta­bi­li­té du mar­ché et la capa­ci­té d’innovation. Une entre­prise domi­nante n’est pas néces­sai­re­ment pro­blé­ma­tique si le mar­ché reste contes­table et si des concur­rents peuvent entrer – ici, les concur­rents existent, ce sont les TGV chi­nois. Il faut donc arti­cu­ler poli­tique indus­trielle et poli­tique de concur­rence, au lieu de les opposer.

Enfin, nous avons en Europe un sérieux pro­blème de régle­men­ta­tion. Là encore, il ne s’agit pas de tout déré­gu­ler. Mais nous régle­men­tons trop, ce qui crée des bar­rières à l’entrée au pro­fit des acteurs ins­tal­lés. Or, les talents sont mobiles, et les petites struc­tures peuvent s’expatrier. Une star­tup ambi­tieuse qui ne peut pas pous­ser son avan­tage en Europe démé­na­ge­ra à Bos­ton ou à Aus­tin, où elle trou­ve­ra à la fois un vaste mar­ché et une régle­men­ta­tion moins contrai­gnante. Elle y trou­ve­ra aus­si des capi­taux. Les inves­tis­seurs amé­ri­cains le disent sans se cacher : il y a trop de red tape dans l’UE. Ceux qui inves­tissent dans nos star­tups pré­fèrent leur faire tra­ver­ser l’Atlantique, où ils auront de sur­croît moins de mal à faire un « exit » avantageux.

Le décro­chage éco­no­mique de l’Europe se joue ain­si dans sa capa­ci­té à créer la crois­sance de demain. Mais cette capa­ci­té est entra­vée. Le décro­chage est trop sou­vent nié, même si le rap­port Dra­ghi de sep­tembre 2024, sur la com­pé­ti­ti­vi­té et l’avenir de l’U­nion euro­péenne, a sus­ci­té un débat salu­taire. Cette crois­sance man­quante est un pro­blème cru­cial pour notre capa­ci­té à finan­cer le modèle social qui fait notre fierté.

L’intelligence artificielle, une opportunité stratégique

L’Europe dis­pose tou­te­fois d’atouts impor­tants. Elle pos­sède d’excellents cher­cheurs, ingé­nieurs et uni­ver­si­tés. Elle conserve aus­si, il faut le sou­li­gner, un fort pou­voir d’attraction lié à ses valeurs : démo­cra­tie, liber­té aca­dé­mique, État de droit, modèle social, qua­li­té de vie. Dans un contexte où les États-Unis appa­raissent moins ouverts, notam­ment pour les cher­cheurs étran­gers, l’Europe peut rede­ve­nir attrac­tive. Ce soft power peut être un levier stra­té­gique, à condi­tion d’être accom­pa­gné par des finan­ce­ments, des infra­struc­tures et une régle­men­ta­tion adaptée.

L’intelligence arti­fi­cielle est à cet égard une oppor­tu­ni­té majeure. Certes, l’Europe ne dis­pose pas des mêmes moyens finan­ciers que les États-Unis, mais elle pos­sède des cher­cheurs de pre­mier plan, des don­nées de qua­li­té dans des sec­teurs comme la san­té et l’éducation, et une capa­ci­té à incar­ner une IA éthique et sociale. L’objectif n’est pas ici de copier le modèle amé­ri­cain, mais de déve­lop­per une IA ali­gnée avec les valeurs euro­péennes. Cela sup­pose tou­te­fois d’éviter une régle­men­ta­tion exces­sive, qui pour­rait décou­ra­ger les nou­veaux entrants et favo­ri­ser les grands acteurs déjà installés.

Pour évi­ter que seules les grandes pla­te­formes puissent inno­ver, l’Europe doit amé­lio­rer l’accès aux don­nées, sou­te­nir l’open source et créer des centres de cal­cul acces­sibles aux jeunes entre­prises. La poli­tique indus­trielle peut ici ren­for­cer la concur­rence, en don­nant aux nou­veaux acteurs les moyens d’entrer sur le mar­ché. C’est ici qu’une arti­cu­la­tion bien pen­sée entre concur­rence et poli­tique indus­trielle peut faire la dif­fé­rence. Car, pour réus­sir dans l’IA, il faut du CAPEX : face à des acteurs amé­ri­cains sou­te­nus par de puis­sants inves­tis­seurs finan­ciers, l’Europe doit trou­ver des moyens pour inves­tir dans la puis­sance de cal­cul. Il peut s’agir de fonds publics, d’autant que la mobi­li­sa­tion de fonds pri­vés est une bonne poli­tique quand l’argent public se fait rare. L’Europe doit donc déve­lop­per le capi­tal-risque et per­mettre à l’épargne des ménages – éven­tuel­le­ment à tra­vers les inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels qui en sont les prin­ci­paux dépo­si­taires – de se diri­ger vers les gise­ments de crois­sance future. Mario Dra­ghi lui-même recom­mande de déve­lop­per des méca­nismes de titri­sa­tion, et on se rap­pelle qu’il avait dû gérer les consé­quences de la crise finan­cière de 2008, due à un excès de titri­sa­tion. Là encore, une régle­men­ta­tion est néces­saire mais trop de régle­men­ta­tion tue la croissance.

Investir dans les talents et les transitions

L’IA requiert enfin des talents. Les États euro­péens doivent ici faci­li­ter les car­rières hybrides entre uni­ver­si­tés et entre­prises, sans quoi les meilleurs délais­se­ront l’enseignement, car com­ment résis­ter à des rému­né­ra­tions stra­to­sphé­riques et au fris­son de par­ti­ci­per à de spec­ta­cu­laires aven­tures entrepreneuriales ?

L’IA détrui­ra cer­tains emplois, mais elle en crée­ra aus­si, notam­ment parce qu’elle aug­mente la pro­duc­ti­vi­té, la com­pé­ti­ti­vi­té des entre­prises et la capa­ci­té à pro­duire de nou­velles idées. Le solde net est incer­tain, nous avons d’ailleurs eu des débats avec mon col­lègue Daron Ace­mo­glu à ce sujet, mais à ce jour les don­nées dis­po­nibles ne montrent pas encore de des­truc­tion mas­sive d’emplois. Le véri­table enjeu sera d’organiser les tran­si­tions. Or, ici notre modèle social peut deve­nir un atout, notam­ment s’il prend la forme de la flexi­sé­cu­ri­té pra­ti­quée au Dane­mark et dont les autres pays euro­péens ont com­men­cé à s’inspirer : indem­ni­sa­tion éle­vée pen­dant une période limi­tée, for­ma­tion, accom­pa­gne­ment vers un nou­vel emploi. Acti­ver la recom­po­si­tion du mar­ché du tra­vail est une bien meilleure poli­tique que la freiner.

L’IA détrui­ra cer­tains emplois, mais elle en crée­ra aus­si, notam­ment parce qu’elle aug­mente la pro­duc­ti­vi­té, la com­pé­ti­ti­vi­té des entre­prises et la capa­ci­té à pro­duire de nou­velles idées.

L’éducation devient alors cen­trale, car un bon sys­tème de for­ma­tion conti­nue sup­pose un socle sco­laire solide. L’école sera l’un des piliers de la réponse euro­péenne. Dans une éco­no­mie trans­for­mée par l’IA, tous les enfants doivent maî­tri­ser les savoirs fon­da­men­taux : lec­ture, écri­ture, cal­cul, rai­son­ne­ment, concen­tra­tion. La tran­si­tion démo­gra­phique est une oppor­tu­ni­té pour mieux faire et, même si c’est une ten­ta­tion pour de nom­breux gou­ver­ne­ments, il faut résis­ter à la ten­ta­tion de dimi­nuer les bud­gets de l’éducation. On peut, au contraire, viser des classes de 15 élèves dans le pri­maire, un ren­for­ce­ment de l’apprentissage, des pas­se­relles entre for­ma­tions pro­fes­sion­nelles et géné­rales, ain­si qu’une valo­ri­sa­tion des soft skills : auto­no­mie, ini­tia­tive, coopé­ra­tion, capa­ci­té d’adaptation.

Réorienter l’investissement public vers l’innovation

La ques­tion bud­gé­taire mérite ici d’être revi­si­tée. Per­sonne par­mi les éco­no­mistes ne nie sérieu­se­ment la néces­si­té de sérieux bud­gé­taire mais, rap­pe­lons-nous Mario Dra­ghi quand il était Pre­mier ministre en Ita­lie, sur cette base de sérieux on peut dis­tin­guer les dépenses de fonc­tion­ne­ment des dépenses d’investissement. L’Europe doit pou­voir emprun­ter pour finan­cer des inves­tis­se­ments de crois­sance, comme elle l’a fait pen­dant la crise du Covid. En contre­par­tie, les États doivent mon­trer leur sérieux en maî­tri­sant les dépenses cou­rantes. En France, où la ques­tion se pose avec une acui­té par­ti­cu­lière ces der­nières années, plu­sieurs sources d’économies sont pos­sibles : niches fis­cales abu­sives, dis­po­si­tifs mal éva­lués, dépenses publiques peu effi­caces, cré­dit d’impôt recherche uti­li­sé par des entre­prises qui n’en ont pas réel­le­ment besoin.

La réforme doit repo­ser sur une culture de l’évaluation. Il ne s’agit pas de pro­cé­der par coupes franches, en sup­pri­mant aveu­glé­ment les dis­po­si­tifs exis­tants, mais d’identifier ceux qui fonc­tionnent et ceux qui ne fonc­tionnent pas. Les finan­ce­ments devraient être réorien­tés vers les ins­tru­ments les plus effi­caces pour l’innovation, comme la recherche de long terme, les uni­ver­si­tés, les LABEX, les infra­struc­tures tech­no­lo­giques et les dis­po­si­tifs favo­ri­sant le pas­sage à l’échelle. Un fine tuning est pos­sible et néces­saire. En tout état de cause, il est plus cru­cial que jamais d’investir dans la recherche. Les gou­ver­ne­ments ont ten­dance à en faire une variable d’ajustement bud­gé­taire, mais c’est une erreur dramatique.

L’Europe peut se rele­ver, mais cela sup­pose une volon­té col­lec­tive com­pa­rable à celle des grandes périodes de recons­truc­tion ou d’investissement stra­té­gique. Avec la guerre en Ukraine, la menace russe, l’incertitude amé­ri­caine et la mon­tée des popu­lismes, nous sommes à un moment cru­cial de notre his­toire col­lec­tive. Si l’Europe ne se donne pas les moyens d’agir, l’agenda de relance indus­trielle et tech­no­lo­gique risque d’échouer. Mais si cer­tains pays moteurs décident d’avancer ensemble, des ini­tia­tives ambi­tieuses res­tent pos­sibles, notam­ment un domaine comme celui de la défense. Cela peut d’ailleurs inclure le Royaume-Uni, qui se rap­proche de l’Union euro­péenne, mais aus­si le Cana­da de Mark Car­ney, dont on se rap­pelle le vibrant dis­cours de Davos.

L’Europe décroche aujourd’hui dans les tech­no­lo­gies de rup­ture, mais elle n’est pas condam­née. Elle dis­pose d’un capi­tal scien­ti­fique, humain, social et ins­ti­tu­tion­nel consi­dé­rable. Pour rede­ve­nir une puis­sance d’innovation, elle doit ache­ver son mar­ché unique, déve­lop­per le capi­tal-risque, finan­cer la recherche longue, bâtir une vraie poli­tique indus­trielle, inves­tir dans l’IA, ren­for­cer l’éducation et orga­ni­ser socia­le­ment les tran­si­tions. Le défi n’est pas seule­ment éco­no­mique : il s’agit aus­si de pré­ser­ver un modèle euro­péen fon­dé sur la démo­cra­tie, l’État de droit, la pro­tec­tion sociale et la liberté. 

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