sienceEtDefiance_generique
Accueil / Dossiers / Science et technologies / Que signifie « avoir confiance en la science » ?
π Science et technologies π Société

Que signifie « avoir confiance en la science » ?

6 épisodes
  • 1
    Pourquoi la science se moque de votre opinion sur la vérité
  • 2
    La défiance de la science n’est qu’une traduction du malaise démocratique
  • 3
    Peut-on apprendre à être plus rationnel ?
  • 4
    « La science pâtit d’un manque de reproductibilité des résultats de recherche »
  • 5
    Comment trier le bon du mauvais doute
  • 6
    « La cacophonie des experts de plateau a fait beaucoup de mal »
Épisode 1/6
Yves Laszlo, Directeur de l’enseignement et de la recherche de l'Institut Polytechnique de Paris et éditeur scientifique en chef de Polytechnique Insights
Le 23 juin 2021
6 mins de lecture
Yves Lazlo
Yves Laszlo
Directeur de l’enseignement et de la recherche de l'Institut Polytechnique de Paris et éditeur scientifique en chef de Polytechnique Insights

En bref

  • La montée récente d’une certaine méfiance envers la science décrédibilise les faits scientifiques, et va à l’encontre de son progrès.
  • Elle tend à accorder plus d’importance aux opinions individuelles – par définition subjectives – plutôt qu’aux faits, pourtant objectifs.
  • L’universalité des faits, et par conséquent la reproductibilité des résultats expérimentaux, devraient contribuer à réduire le scepticisme autour de la science.
  • Contrairement à la méfiance, le doute au sein de la communauté scientifique est bénéfique pour la science car il permet de préciser notre savoir à mesure que l’on remet en question la démarche scientifique, les méthodes, les hypothèses, etc.
Épisode 2/6
Agnès Vernet, journaliste scientifique
Le 23 juin 2021
4 mins de lecture
Luc Rouban
Luc Rouban
directeur de recherche CNRS au Cevipof

En bref

  • 81 % des Français font confiance à la science, selon le Baromètre de la confiance politique publié en mai 2021.
  • Ce chiffre chute cependant à 68 % lorsqu’il s’agit des experts scientifiques conseillant le gouvernement, et à 42 % pour le gouvernement seul.
  • Selon Luc Rouban (Sciences Po), la défiance à l’égard de la science serait ainsi principalement due à la méfiance des citoyens envers les institutions politiques.
  • Cette défiance serait d’ailleurs particulièrement prégnante chez les électeurs des partis populistes. 66 % des électeurs du Rassemblement National interrogés estiment ainsi que « le bon sens est souvent plus utile que les connaissances scientifiques ».
Épisode 3/6
El Mahdi El Mhamdi, professeur adjoint à l'École polytechnique et chercheur chez Google
Le 23 juin 2021
6 mins de lecture
El Mahdi El Mhamdi
El Mahdi El Mhamdi
professeur adjoint à l'École polytechnique et chercheur chez Google

En bref

  • On distingue deux types de raisonnements logiques : la déduction et l’induction. La déduction a ses limites, ce qui pousse les chercheurs à développer notre capacité à employer le raisonnement par induction.
  • Par le passé, la déduction a joué un rôle essentiel pour la société, comme dans la formation de la démocratie, qui repose sur la capacité des citoyens à prendre des décisions informées et réfléchies.
  • Aujourd’hui, la puissance de l’automatisation de la déduction dans nos vies quotidiennes constitue une menace pour cette capacité, par la dissémination des « fake news », par exemple.
  • Le développement récent de l’automatisation de l’induction pourrait représenter un danger pour la méthode scientifique et l’autonomie de notre raisonnement. Éduquer les générations futures à la logique est donc devenu un impératif.
Épisode 4/6
Valentin Weber, doctorant en sciences cognitives à l'ENS-PSL
Le 23 juin 2021
5 mins de lecture
Valentin Weber
Valentin Weber
doctorant en sciences cognitives à l'ENS-PSL

En bref

  • Les sciences sociales, mais également la recherche biomédicale et d’autres disciplines scientifiques connaissent actuellement une « crise de la reproductibilité ».
  • 1/3 des résultats des études en sciences sociales seraient ainsi impossibles à reproduire – et donc potentiellement erronés, la reproductibilité étant un déterminant essentiel de la scientificité des travaux.
  • Cette crise serait notamment due au besoin de fournir des résultats novateurs et significatifs pour être publié dans les revues scientifiques prestigieuses.
  • La solution pourrait ainsi être incarnée par les « rapports enregistrés », qui garantissent la publication de l’étude sur la seule base de ses hypothèses de départ, avant même que ses résultats finaux ne soient connus.
Épisode 5/6
Agnès Vernet, journaliste scientifique
Le 23 juin 2021
4 mins de lecture
Jean-Gabriel Ganascia
Jean-Gabriel Ganascia
professeur d’informatique à la faculté des sciences de Sorbonne Université et philosophe

En bref

  • Le doute est un élément essentiel de la science, et dans la communauté scientifique, l’absence de consensus est la norme.
  • Mais face à cette défiance inhérente au scientifique, la société est actuellement traversée par une autre forme de doute : un scepticisme général remettant en cause les résultats de la science. Pour être fructueux, le doute doit cependant s’inscrire dans la démarche scientifique.
  • Pour Jean-Gabriel Ganascia, il est donc indispensable de redonner à l’enseignement des sciences, et particulièrement à la méthode scientifique, une place centrale dans l’éducation.
Épisode 6/6
Clément Boulle, Directeur exécutif de Polytechnique Insights
Le 23 juin 2021
6 mins de lecture
mathias girel
Mathias Girel
philosophe, maître de conférences de l’ENS-PSL et directeur du Centre d’archives en philosophie, histoire et édition des sciences (CAPHES)

En bref

  • La défiance actuelle à l'égard de la science serait attisée par les différentes représentations que l’on s’en fait.
  • Ainsi, le rôle des recommandations scientifiques dans la mise en place de mesures contre le coronavirus exacerbe les critiques accusant la science d’être politique.
  • On constate par ailleurs une confusion dans les médias, dans lesquels des experts « en science » donnent leur avis sur des questions qui ne relèvent pas forcément de leur domaine d’expertise. Pour Mathias Girel (ENS-PSL), cela décrédibilise la communauté scientifique et dégrade son image.

Auteurs

Yves Lazlo

Yves Laszlo

Directeur de l’enseignement et de la recherche de l'Institut Polytechnique de Paris et éditeur scientifique en chef de Polytechnique Insights

Titulaire d’un doctorat en mathématiques de l’Université Paris-Sud, Yves Laszlo est un spécialiste mondialement reconnu de la géométrie algébrique. Après une carrière au CNRS puis à l’UPMC, il devient en 2004 professeur associé à l’École polytechnique, au sein du Centre de mathématiques Laurent Schwartz (CMLS, une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique) dont il prend la direction de 2006 à 2010. Il devient ensuite professeur à l’Université Paris-Sud et crée puis dirige la Fondation mathématique Jacques Hadamard et son LabEx LMH dont la vocation est de rassembler les mathématiciens du plateau de Saclay. Entre 2012 et 2019, il est nommé Directeur adjoint pour les sciences de l’École normale supérieure de Paris. Depuis novembre 2019, Yves Laszlo est responsable du Comité d’enseignement et de recherche de l’Institut Polytechnique de Paris.

Agnès Vernet

Agnès Vernet

journaliste scientifique

Après une formation initiale en biologie moléculaire, Agnès Vernet s’est formée au journalisme scientifique à l’ESJ-Lille. Depuis 14 ans, elle écrit dans différents supports, magazines scientifiques, titres professionnels et médias généralistes, en France et en Suisse. Depuis le 1er février 2021, elle a été élue présidente de l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI).

El Mahdi El Mhamdi

El Mahdi El Mhamdi

professeur adjoint à l'École polytechnique et chercheur chez Google

Les recherches d’El Mahdi El Mhamdi sont motivées par la compréhension du traitement robuste de l'information dans la nature, les machines et la société, avec un axe de recherche sur les mathématiques du traitement collectif de l'information et de l'apprentissage distribué. Il est le co-auteur du livre à paraître "The Fabulous Endeavor : Robustly Beneficial Information" sur les défis scientifiques et sociaux du traitement de l'information à grande échelle, déjà disponible en français sous le titre "Le Fabuleux Chantier" (EDP Sciences, novembre 2019).

Valentin Weber

Valentin Weber

doctorant en sciences cognitives à l'ENS-PSL

Titulaire d'une licence en psychologie, Valentin Weber prépare actuellement son doctorat en sciences cognitives à l'ENS (PSL). Ses intérêts de recherche se situent entre la philosophie, les neurosciences et la psychologie et ses travaux actuels portent sur la mémoire iconique et d'autres questions de philosophie des sciences cognitives. Auparavant, il a étudié les méthodes psychologiques et a travaillé sur des modèles psychométriques.

Clément Boulle

Clément Boulle

Directeur exécutif de Polytechnique Insights

Clément Boulle a une double expérience de journaliste et d'entrepreneur. Il a démarré sa carrière comme journaliste puis rédacteur en chef dans le groupe de la Dépêche du Midi notamment en pilotant le développement éditorial d'un titre de presse locale à Sète. Il a ensuite créé puis revendu la start-up de marketing digital Local Media à destination des annonceurs locaux. Il a également travaillé pour la Croix-Rouge française en tant que consultant afin de concevoir un incubateur d’innovations sociales. Clément est diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ) et titulaire d'un executive MBA de l'INSEAD.