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Empreinte carbone : comment limiter l’impact des trajets du quotidien hors des métropoles

Aurélien Bigo
Aurélien Bigo
chercheur associé de la Chaire Énergie et Prospérité à l'Institut Louis Bachelier
En bref
  • En France, le transport routier est le principal poste d’émissions de gaz à effet de serre.
  • Ce sont notamment les trajets des voyageurs qui sont à l’origine de 23,5% des émissions nationales de GES en 2023.
  • Un levier important pour l’action climatique réside dans la réflexion des déplacements quotidiens de moyenne distance, ceux compris entre 10 et jusqu’à 100 km autour du domicile.
  • 71 % des trajets concernent des déplacements dont la distance est inférieure à 10 km, parmi eux, au moins 53,7 % sont réalisés en voiture.
  • Réduire l’empreinte carbone du transport passe par l’électrification, mais aussi leur sobriété (réduction de la vitesse de circulation, écoconduite, etc.), la hausse des taux de remplissage, le report modal et la baisse de la demande de transport.

En France, le trans­port rou­tier est le prin­ci­pal poste d’émissions de gaz à effet de serre (GES)1. La cause prin­ci­pale pro­vient des tra­jets des voya­geurs qui sont à l’origine de 23,5 % des émis­sions natio­nales de GES en 20232. Entre 1960 et 2023, ces émis­sions ont été mul­ti­pliées par 4,5 en rai­son de la très forte hausse de la demande et de la place de la voi­ture et de l’avion dans ces déplacements.

Alors, face à l’urgence de dimi­nuer les rejets de gaz à effet de serre, quel levier action­ner ? La réponse est sans appel : tous. Chaque rejet de GES évi­té limite le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, mais trop sou­vent hors des radars média­tiques, les dépla­ce­ments quo­ti­diens de moyenne dis­tance, de 10 à 100 km, sont un levier par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant d’action cli­ma­tique (voir figure 1). « Ces tra­jets longs du quo­ti­dien sont très struc­tu­rants pour le sec­teur de la mobi­li­té, pré­cise Auré­lien Bigo, ils consti­tuent près de la moi­tié des émis­sions de GES liées aux dépla­ce­ments des Fran­çais. »

Figure 1 : Dis­tance en kilo­mètre de la mobi­li­té des usa­gers selon des para­mètres de dépla­ce­ment, temps, dis­tances et d’émissions, ain­si que la pré­ci­sion en pour­cen­tage du moyen de loco­mo­tion. Source : enquête de mobi­li­té des per­sonnes par SDES-Insee, 2018–20193

Ces dépla­ce­ments ne repré­sentent qu’une faible part des dépla­ce­ments des Fran­çais : 27,5 %. En com­pa­rai­son, 71 % des tra­jets concerne des dépla­ce­ments dont la dis­tance est infé­rieure à 10 km. Leur impact cli­ma­tique pré­pon­dé­rant s’explique par leur dis­tance et sur­tout le mode de trans­port : ils sont presque exclu­si­ve­ment réa­li­sés en voi­ture, un mode de trans­port très émet­teur de GES en par­ti­cu­lier pour les moto­ri­sa­tions thermiques. 

Ces tra­jets de moyenne dis­tance (10 à 100 km) pré­sentent une autre par­ti­cu­la­ri­té. D’après la der­nière enquête mobi­li­té des per­sonnes (2018–2019) de l’Insee4, ils sont majo­ri­tai­re­ment réa­li­sés par les habi​tant​.es des com­munes rurales et inter­mé­diaires. Résul­tat, ces résident.es sont à l’origine des ¾ des émis­sions de GES liées à la mobi­li­té des per­sonnes, alors qu’ils ne repré­sentent que 61 % de la population.

Figure 2 : Gra­phique des émis­sions des gaz à effet de serre (GES) en France par sec­teur et gra­phique des émis­sions des GES de la mobi­li­té locale5, 6, 7.

Si on observe depuis quelques années une dimi­nu­tion de la place de la voi­ture dans les grands centres urbains, la mobi­li­té des ter­ri­toires moins denses ne semble pas évo­luer. Com­ment expli­quer un tel déca­lage ? « Aujourd’hui, les poli­tiques de mobi­li­té se foca­lisent sur l’électrification des véhi­cules, constate Auré­lien Bigo. Or si l’électrification est indis­pen­sable, elle est loin d’être une solu­tion suf­fi­sante et cela s’observe sur le poids inégal des dépla­ce­ments des habi­tants des ter­ri­toires moins denses dans les émis­sions de GES. »  Auré­lien Bigo le mar­tèle : « La mobi­li­té doit être trans­for­mée au glo­bal pour répondre aux enjeux de tran­si­tion. » Réduire l’empreinte car­bone du trans­port passe par l’électrification des véhi­cules, mais aus­si leur sobrié­té (réduc­tion de la vitesse de cir­cu­la­tion, éco­con­duite, etc.), la hausse des taux de rem­plis­sage, le report modal et la baisse de la demande de trans­port. Des leviers trop peu action­nés dans les ter­ri­toires ruraux.

Ain­si, lorsque les flux de pas­sa­gers sont suf­fi­sants, les trans­ports en com­mun pré­sentent un inté­rêt éco­no­mique et envi­ron­ne­men­tal avé­ré. Pour des flux plus faibles, le déve­lop­pe­ment du covoi­tu­rage et des véhi­cules inter­mé­diaires – une famille de véhi­cules légers entre le vélo et la voi­ture : vélo-car­go, voi­tu­rette élec­trique, etc. – est par­ti­cu­liè­re­ment indi­qué pour ce seg­ment de mobi­li­té (voir figure 3).

Figure 3 : Repré­sen­ta­tion des solu­tions de trans­port selon les ter­ri­toires d’après Auré­lien Bigo.

« Mais sur­tout, c’est la dimi­nu­tion de la demande de trans­port qui rédui­rait le plus grand nombre d’impacts envi­ron­ne­men­taux de la mobi­li­té, alerte Auré­lien Bigo. Or, cela demande des trans­for­ma­tions pro­fondes. » En effet, si les rési­dents et rési­dentes de ces  ter­ri­toires peu denses pèsent plus lour­de­ment que les cita­dins dans les émis­sions de la mobi­li­té, c’est notam­ment en rai­son de l’aménagement du ter­ri­toire. « Les dis­tances à par­cou­rir pour se rendre au tra­vail, accé­der aux ser­vices ou encore aux com­merces y sont plus impor­tantes, et le recours aux trans­ports en com­mun et modes actifs (marche ou vélo) est moindre », com­mente Auré­lien Bigo.

De plus, les inéga­li­tés sociales creusent encore plus cet écart. Dans un article en ligne8, Caro­line Gal­lez, direc­trice de recherche au Labo­ra­toire ville mobi­li­té trans­port (LVMT), com­men­tait : « Face à la hausse du prix des loge­ments, de nom­breuses per­sonnes se résolvent à quit­ter les centres pour les péri­phé­ries, ce qui a comme consé­quence d’augmenter le nombre de per­sonnes dépen­dantes à la voi­ture. À cela s’ajoute un recul de l’offre de ser­vices publics dans les ter­ri­toires, qui ampli­fient encore le phé­no­mène. »

De plus, il a été obser­vé que démé­na­ger dans une ville moyenne ne dimi­nue pas l’usage de la voi­ture : près de 30 % des nou­veaux arri­vants conti­nuent à tra­vailler à l’extérieur à des dis­tances de plus de 55 km. Résul­tat, ces der­nières décen­nies, la dis­tance moyenne de la mobi­li­té a aug­men­té, en lien avec l’aménagement du ter­ri­toire et les modes de vie. « Les poli­tiques de mobi­li­té manquent for­te­ment d’ambition sur les leviers de sobrié­té – mobi­li­tés actives, trans­ports en com­mun, poids des véhi­cules, etc., conclut Auré­lien Bigo. Pour­tant, en plus d’agir contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, ces leviers répondent à des enjeux de san­té publique – liés au bruit, à la pol­lu­tion, à l’activité phy­sique, l’accidentalité – et de lutte contre les inéga­li­tés sociales qu’il est urgent d’adresser dans les ter­ri­toires peu denses. »

Anaïs Maréchal
1Rap­port Sec­ten 2026.↑
2https://​chair​-ener​gy​-pros​pe​ri​ty​.org/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​2​0​/​1​2​/​A​u​r​e​l​i​e​n​-​B​i​g​o​_​0​6​-​2​0​2​5​_​C​o​m​m​e​n​t​-​e​v​o​l​u​e​n​t​-​l​e​s​-​e​m​i​s​s​i​o​n​s​-​d​u​-​t​r​a​n​s​p​o​r​t​-​d​e​-​v​o​y​a​g​e​u​r​s​-​e​n​-​F​r​a​n​c​e​_​C​h​a​i​r​e​-​E​n​e​r​g​i​e​-​P​r​o​s​p​e​r​i​t​e​_​W​P.pdf↑
3https://​www​.sta​tis​tiques​.deve​lop​pe​ment​-durable​.gouv​.fr/​l​e​s​-​p​r​a​t​i​q​u​e​s​-​d​e​-​m​o​b​i​l​i​t​e​-​d​e​s​-​f​r​a​n​c​a​i​s​-​v​a​r​i​e​n​t​-​s​e​l​o​n​-​l​a​-​d​e​n​s​i​t​e​-​d​e​s​-​t​e​r​r​i​t​oires↑
4https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/enquete-sur-la-mobilite-des-personnes-2018–2019↑
5https://​www​.sta​tis​tiques​.deve​lop​pe​ment​-durable​.gouv​.fr/​l​e​-​q​u​a​r​t​-​d​e​s​-​m​e​n​a​g​e​s​-​l​e​s​-​p​l​u​s​-​a​i​s​e​s​-​l​o​r​i​g​i​n​e​-​d​e​-​3​5​-​d​e​s​-​e​m​i​s​s​i​o​n​s​-​d​e​-​g​a​z​-​e​f​f​e​t​-​d​e​-​s​e​r​r​e​-​d​e​s​?​r​u​b​r​i​q​u​e​=​&​d​o​s​s​i​e​r​=1345↑
6https://​chair​-ener​gy​-pros​pe​ri​ty​.org/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​2​0​/​1​2​/​A​u​r​e​l​i​e​n​-​B​i​g​o​_​0​6​-​2​0​2​5​_​C​o​m​m​e​n​t​-​e​v​o​l​u​e​n​t​-​l​e​s​-​e​m​i​s​s​i​o​n​s​-​d​u​-​t​r​a​n​s​p​o​r​t​-​d​e​-​v​o​y​a​g​e​u​r​s​-​e​n​-​F​r​a​n​c​e​_​C​h​a​i​r​e​-​E​n​e​r​g​i​e​-​P​r​o​s​p​e​r​i​t​e​_​W​P.pdf↑
7https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2026/07/RANC-2026–5_WEB.pdf↑
8https://​reflexs​cience​.univ​-gus​tave​-eif​fel​.fr/​l​i​r​e​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​m​o​b​i​l​i​t​e​-​d​o​u​c​e​-​e​t​-​d​u​r​a​b​l​e​-​q​u​e​l​-​m​o​d​e​l​e​-​p​o​u​r​-​l​e​s​-​z​o​n​e​s​-​r​u​rales↑

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